Keren Ann signe un retour lumineux et enveloppant!

Keren Ann signe un retour lumineux et enveloppant!
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Keren Ann signe un retour lumineux et enveloppant! - © Amit Israeli

Avec "You're gonna get love", Keren Ann signe un brillant retour. Au Théâtre 140 ce 10 décembre et le 25 mars à l’Eden de Charleroi, elle présentera ce qui ressemble bien à notre disque de l’année! Entretien charmant…

Chaleureux, enveloppant, entêtant même, les qualificatifs ne manquent pas pour vous parler de ce disque, qui accompagne notre quotidien depuis six mois. Un album qui remet en avant tout le charme et le talent d’une artiste découverte au tournant des années 2000, lorsqu’elle travailla sur le "Chambre avec vue" d’Henri Salvador, en duo avec Benjamin Biolay. Ce septième album met fin à cinq ans de discrétion mais pas d’inactivité:

"Je ne me suis pas arrêtée pendant 5 ans, précise-t-elle d’emblée. J’ai mené différents projets de composition pour d’autres. J’ai dû aussi m’adapter à ce nouveau chapitre de ma vie avec la naissance de ma fille. Cela demande de l’organisation. Le songwriting est l’exercice le plus complet, mais aussi le plus satisfaisant car on en porte l’ensemble. C’est clairement celui que je préfère, celui qui me fait le plus vibrer mais j’ai souvent l’impression de ne jamais avoir assez de temps pour m’y consacrer entièrement."

Soleil intérieur

Ce disque étonne par le sentiment de chaleur qu’il dégage, en raison notamment des boucles de répétitions qu’il impose avec une grande délicatesse. En croisant ses sensations avec celles de l’arrangeur Renaud Letang:

"Oui j’aime les structures répétitives, les moments courts, mais ce n’est pas tellement réfléchi. J’ai voulu une cohérence dans la manière d’habiller chaque titre. Il me fallait un regard extérieur, mais ce n’est pas toujours évident à accepter quand on est soi-même arrangeuse. Renaud Letang travaillait au studio à coté. On prenait des cafés ensemble. C’est comme ça que tout a démarré. L’idée était d’enregistrer le maximum de choses en live, à trois. Comme on n’a que peu de temps, on doit trouver ce qui nous rassemble, aller à l’essentiel. Il a su tirer l’essentiel de ce processus vivant."

Le vivant est, en effet, au centre de ses nouvelles chansons. Depuis la naissance de son enfant, jusqu’au décès de son père, avec, sur le chemin, une multitude de versions de l’amour partagé. On lui rappelle alors que dans une autre interview, elle disait: "J’aime apprendre les relations humaines, à les accepter, les sublimer". "Ce disque présente différents types d’amour et de relations. L’amour paternel et maternel, celui de la mère qui voit ses trois garçons partir à la guerre, l’attirance éphémère, mais aussi l’amour au long cours qui ne s’éteint jamais et dont on retrouve l’essence, même après des années d’absence. On apprend toujours quand quelqu’un traverse notre vie. On est toujours débutant dans une nouvelle relation. Je suis de celles qui aiment une fois puis aiment à vie."

Au-delà de l’instinct

La pochette très lumineuse rassemble des éléments pouvant paraitre antinomiques, comme la douceur des papillons et le côté plus irritant des fourmis.

"Cette pochette fait appel aux instincts humains, à des choses organiques, la lumière, les couleurs chaudes, mais aussi à des éléments qui mettent plus de temps à être apprivoisés. La sensation d’une fourmi sur la peau peut être très désagréable au début mais, si on lui laisse le temps de s’installer, la perception peut totalement se modifier. Pour le son, c’est pareil. Il y a ceux qui d’emblée sont doux à l’oreille, et ceux qui s’apprécient avec le temps."

Il en va de même avec ce disque envoûtant, qui se déguste davantage encore après plusieurs écoutes. 11 chansons intenses et délicates, fidèles à une bien jolie carrière, et qui seront au centre du joli rendez-vous qu’elle nous fixe au Théâtre 140 ce samedi, puis le 25 mars à l’Eden de Charleroi.  On a hâte!

 

François Colinet

Keren Ann, "You're gonna get love" (Polydor/Universal)