Julien Doré se confie, en mode aigre-doux!

Julien Doré se confie, en mode aigre-doux!
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Julien Doré se confie, en mode aigre-doux! - © © Yann Orhan

Son troisième album "Løve", surprend mais séduit dès les premières notes avec une atmosphère à la fois planante et torturée qu'il présentera chez nous le 19 février à Bruxelles et le 29 mars à Liège, on a hâte !

Son disque est une des très belles surprises de l'année, comme l'avait été notre première rencontre il y a presque deux ans.

Julien Doré fait partie de ces artistes qui bonifie à chaque album et qui ne savent parler qu'avec leurs tripes, toujours avec élégance. Prendre le temps de s'attabler avec lui pour évoquer son travail, son inspiration, sa vision du monde etc. est à chaque fois un privilège et un petit bonheur précieux.

 

Dans quel état d'esprit étiez-vous avant de démarrer l'écriture de ce nouvel album ?

 

Julien Doré : Je n’étais pas serein, assez agité. Je ne savais pas comment j'allais faire. Mais une fois qu'on s'est retrouvé avec mes potes musiciens, j'ai trouvé une grande sérénité ! Ce sont des belles personnes, les meilleures personnes pour m'entourer. Ce sont mes musiciens de scène, la continuité était logique.

Quand on se retrouve au calme pour enregistrer un disque, la situation est très différente mais je ne voulais pas de jugement extérieur. On ne se pose pas la question du temps, il s'agissait de sortir la substance la plus belle. Tous s'impliquer dans le choix des sons, mélange de douleur, de souffrance, de légèreté, une ambiance de fin d'été... On est impatient de les présenter ensemble sur scène !

 

Le son plus "lounge" de cet album risque de donner lieu à un spectacle très différent...

 

Julien Doré : L'énergie sera là malgré tout ! Je cherche un mélange de magie, de poésie, de rythmes et de sentiments. Il faut que je réussisse à reconstruire une histoire. Je suis occupé à choisir les morceaux que je ne vais plus jouer. Tout cela vient progressivement. C'est cruel, parfois difficile je demande souvent une vision extérieure. Dans quoi on plonge ? Qu'est ce qu'on voit comme spectateur ? Quelle histoire raconte mon concert ?

 

D'où vous est venu cette idée de titre en danois qui évoque l'amour et le lion ?

 

Julien Doré : Les villes sont comme des monstres avec un cœur, des êtres vivants. "Viborg", premier morceau du disque, évoque un nom de super héros, ça me plaisait beaucoup. Je ne pensais pas parler d'animaux mais l'animalité est présente en chacun de nous et je me suis dit que « Løve » avec le "O" barré correspondait parfaitement à ce que j'essayais d'exprimer. Cet amour fort et à la fois fracturé. On ne pouvait pas trouver meilleure symbolique !

Il y a sur votre disque quelques titres énigmatiques comme "Chou Wasabi" ou "Porc grillé"...

 

Julien Doré : Oui, les titres peuvent être énigmatiques mais on s’en fout, ce n'est pas calculé ! Les choses vous viennent d'instinct comme "Chou Wasabi " : on groove, on danse, on s'éclate mais en même temps, mon amour tu m'emmerdes, tu es une sauce piquante, mais je t'aime ! Pour "Porc grillé", c'est une image qui date de l’époque où je mangeais encore de la viande, un bon porc grillé au miel au resto. Parfois les choses les plus anecdotiques vous marquent, un plat, une odeur, qui font un souvenir...

 

La viande vous manque-t-elle ?

 

Julien Doré : Non, la viande ne me manque pas, c'est un choix éthique. La défense des animaux ne doit pas être quelque chose d'hystérique pour sauver les phoques ! La question, c'est : qu'est ce que l'alimentation ? Comment les produits arrivent dans nos assiettes ? En sachant que nous sommes une espèce animale parmi d'autres, cela m'interroge. Je me suis documenté et j'ai appris que la plupart des animaux avaient des capacités sensorielles et cognitives très poussées : la douleur, la mémoire, la conscience de l'autre, font partie de leur expérience. Le problème n'est pas de tuer l'animal pour se nourrir mais bien d'industrialiser la mort animale. A l’heure où les ressources de la Terre ne font que se raréfier, cette question de nos modes de consommation alimentaire va vite nous rattraper. Et un jour, il faudra qu'on parle des poissons d'élevage que l'on gave d'antibiotiques.. !

 

A la fin du disque vous osez une chanson entièrement en anglais et il est difficile de deviner que c'est vous qui chantez. Une voie, ou une voix à suivre ?

 

Julien Doré : "Balto", c'est un hommage à un chien que j’avais connu dans un endroit du Sud de la France où j'allais souvent. Et qui un jour n’était plus là ! J'aime beaucoup chanter un anglais, mon vocabulaire est plus simple évidemment mais ce n'est pas gênant. J'aime que les gens ne me reconnaissent pas à la première note. Beaucoup ont eu du mal à me reconnaître sur le single "Paris - Seychelles". Le but n'est pas de dérouter le public mais de chercher, de continuer à explorer... Un album complètement en anglais ? Un jour, pourquoi pas ?

 

Entretien : François Colinet

 

En concert le 19 février au Cirque Royal, Bruxelles et le 29 mars au Forum, Liège

Julien Doré - "Løve" (Sony Music)

Si ce disque vous atteint, il ne vous lâchera plus ! On en veut encore de ces ambiances relax, de ces notes délicates et de cette voix caressante qui dévoile des couleurs insoupçonnées (sur la ritournelle love footballistique Platini ou sur Balto, superbe chanson en anglais). Julien réussit à installer une énergie prenante sans passer par la case rock. Brigitte et Micky Green apportent avec bonheur la touche féminine indispensable à un album aussi sensuel. Une bien douce surprise qui fait éclater son talent, là où on ne l'attendait pas. Bravo ! FC