Jouez la carte mapping

Romain Tardy
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Romain Tardy - © retoDuriet

L’évolution technologique crée de nouvelles opportunités, de nouveaux modes d’expression. Dans un monde où l’informatique imprime son rythme frénétique à la société, la musique vit une révolution visuelle. En vogue hier, le VJing est désormais obsolète. Désormais, l’époque appartient au mapping. Ou l’art de combiner images, sons et lumières à travers des projections cartographiées au millimètre près. Portishead, Flying lotus ou Stromae connaissent déjà le filon. Bienvenue dans la troisième dimension.

Bien ancrée en Belgique, la culture mapping est en passe de devenir une spécialité locale. À Liège, l’équipe de B71 projette ses animations sur des structures en relief. Active dans l’événementiel, le cinéma (Anima, FiFF Namur) et les grands rendez-vous commerciaux (Hitachi, Land Rover), la boîte est une référence en la matière. Du côté de Charleroi, le collectif Dirty Monitor se positionne en vedette du marché international. Du Festival du Film de Beijing aux Plaisirs d’Hiver, du Futuroscope aux Pias Nites, la touche hennuyère monte en puissance.

Mais, au fond, c’est quoi le mapping ? Installé à Bruxelles depuis une dizaine d’années, le Français Romain Tardy fait figure de cheville ouvrière du mouvement. C’est un pionnier, un artisan dont le parcours illustre parfaitement l’avènement d’une technique à part entière : "C’est intéressant d’avoir connu les balbutiements, confie-t-il de bon matin, tasse de café au creux des mains. On sait ce qu’on gagne au contact de la technologie. Avant, je pouvais passer une nuit entière à dessiner un bâtiment. Maintenant, il existe des logiciels qui scannent directement la façade et modélisent l’espace. "

Né à Paris en 1984, Tardy grandit en banlieue. Après des études d’arts appliqués, il prend la direction du Mans et entre aux Beaux-Arts : "Pendant cette période, je menais un double cursus : le jour, je façonnais mes connaissances théoriques en arts plastiques. Le soir, je traînais sur les forums de VJing. Dès 2004, la demande VJ explose. J’étais souvent appelé en renfort pour offrir une plus-value à la programmation musicale des soirées électro. Mais projeter des images sur un écran placé derrière le DJ, sans réelle collaboration avec les musiciens, au bout d’un moment, c’est lassant… "

À partir de 2007, Tardy affine sa proposition artistique : "À l’époque, on ne parlait pas encore de mapping. Il n’y avait aucun logiciel dédié sur le marché. C’était juste une philosophie du détournement. Il fallait donc hacker des  applications conçues pour faire du dessin assisté par ordinateur. L’idée, c’était d’arriver à projeter des images sur des volumes qui n’étaient pas forcément circonscrits dans un rectangle. C’était artisanal et laborieux. Depuis 2009, le mot" mapping " est relié à l’expérimentation et aux nouvelles technologies. Comme la peinture, ça reste une technique. C’est juste le fait d’essayer d’ajouter une troisième dimension à l’image. Il s’agit dès lors de projeter des visuels sur des volumes et de les faire correspondre."

 

Œuvres in situ

Dans ce domaine, chaque projet est spécifiquement lié au lieu dans lequel il prend corps. C’est un processus épuisant puisqu’il faut repartir de zéro à chaque création. L’aspect éphémère fait partie du jeu. En mapping, un projet commence quand l’artiste prend la pleine mesure de l’espace. Aussi bien au niveau visuel que sonore. Ça nécessite un repérage pour le créateur du son et celui des images. Il faut comprendre l’endroit, se l’approprier. À partir de là, on établit un scénario. Derrière les projections, il y a un récit, une trame cinématographique. Même si on travaille avec des lignes blanches et des formes géométriques, on se crée des personnages. On parle en métaphores, on imagine une dynamique. Il est ainsi possible d’établir un parallèle entre cette pratique et le cinéma. Il m’arrive d’ailleurs de comparer mon boulot à celui d’un réalisateur, confie Tardy. Sans ses acteurs, son chef opérateur, son assistant, il ne peut rien faire… à part tourner en rond chez lui. Pour moi, c’est la même chose…

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