Jeanne Cherhal et son piano nous enchantent ! Entretien très féminin

Jeanne Cherhal
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Jeanne Cherhal - © copyright : Frank Loriou

"Histoire de J.", son quatrième album, est sorti cette semaine : avec espièglerie et sincérité, elle viendra nous la conter ce samedi 15 mars au Théâtre 140, à Bruxelles.

Voilà un retour qui fait plaisir ! Parce que Jeanne Cherhal est une artiste précieuse, toujours à la recherche de nouvelles expérimentations. Et parce que ce quatrième album est une authentique réussite qui va à l’essentiel ! En quarante petites minutes, elle nous offre douze chansons percutantes. Pour les construire, elle a retrouvé son fidèle piano avant de les habiller d’une orchestration discrète et élégante. Tout cela, à Bruxelles, au studio ICP et sur bandes analogiques s’il vous plaît !

Un disque rempli de multiples charmes. Un disque qui a du corps. Celui de l’amoureuse, celui des amants, mais aussi et surtout celui des femmes, omniprésentes sur un album qui mêle harmonieusement délicatesse, passion et engagement.

Discussion en mode plaisir avec celle qui réussit cette prouesse :

Vous revenez à votre piano, après l’avoir laissé un peu de côté sur l’album précédent. Une façon de vous rassurer après cette prise de risque ?

Jeanne Cherhal : En effet, j’avais un peu abandonné le piano lors de la tournée précédente, à part pour grimper dessus en spectacle ! L’album "Charade" était plus rock, une aventure qui mettait d’autres instruments et une autre énergie en avant. Ce n’était pas une prise de risque, juste une envie de proposer autre chose. Je fonctionne très fort par chapitre, par projet. Mon envie du moment tourne autour du piano. J’ai envie d’ambiances plus feutrées. J’ai même fait ajouter des chaises dans un des premiers endroits où on a joué. Je voulais que les gens soient bien installés.

L’envie sur ce nouvel album m’est venue du disque "Amoureuse" de Véronique Sanson, pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur. Et je me suis mis dans la tête de le réinterpréter complètement sur scène, en 2012, à l’occasion des 40 ans de sa sortie. Ce fut une soirée exceptionnelle mais cela m’a demandé six mois de travail. J’ai dû maîtriser toutes la complexité technique présente sur ces morceaux, les arpèges, etc. J’ai passé beaucoup de temps derrière mon piano, c’était donc tout naturel de le remettre au centre de ce nouveau disque.

La chanson "Noxolo" nous intrigue d’entrée. Quelle est l’histoire de ce texte ?

Jeanne Cherhal : Il est parti d’un fait divers trouvé dans la presse. J’y raconte l’histoire d’une jeune fille sud-africaine qui a été crapuleusement assassinée, simplement parce qu’elle était homosexuelle. Je ne comprendrai décidément jamais l’homophobie ! Comment peut-on en vouloir à quelqu’un qui ne fait que vivre sa liberté d’aimer qui il veut sans rien retirer au champ de liberté des autres ?

"Quand c’est non, c’est non", la chanson suivante, parle aussi de liberté en matière de sexualité…

Jeanne Cherhal : Oui, c’est important de réaffirmer le droit de chaque femme de disposer de son propre corps. Je voulais un chœur de femmes pour appuyer cette idée et faire un clin d’œil. L’occasion était donc rêvée de réunir "Les Françoises" (1) pour 3 minutes, ce groupe éphémère avec lequel nous n’avons donné qu’un concert. J’aime cette bande de filles, cette solidarité artistique même si nous sommes très différentes. J’ai toujours adoré les aventures collectives.

"Cheval de feu" met également en scène le désir féminin, avec une tournure explicite qui peut surprendre. Un exercice de style ?

Jeanne Cherhal : Oui, j’ai pris un immense plaisir à écrire ce texte qui veut gentiment venir titiller nos sens. C’est un plaisir de gourmet de jouer avec les expressions, les allusions et les métaphores autour du désir charnel et de l’acte sexuel. C’est vraiment un texte jubilatoire, que je chante toujours le sourire aux lèvres.

Aviez-vous une personne spécifique en tête au moment d’écrire "Femme debout", qui clôture très joliment votre album ?

Jeanne Cherhal : Oui, c’est une femme de mon entourage que je trouve admirable vu les tempêtes qu’elle affronte dans sa vie. Mais chacun peut s’approprier ce texte pour le dédier à quelqu’un qu’il côtoie. Cette chanson, c’est une pensée pour toutes ces femmes anonymes qui déploient un courage, une rage de vivre incroyable malgré l’adversité, les coups du sort dont nous ne savons rien.

Vu leur place centrale sur ce disque, est-ce un hasard si il sort au lendemain de la journée internationale des femmes ?

Jeanne Cherhal : Un hasard complet, croyez-moi ! Il est sorti parce qu’il était prêt. Il n’y a aucun calcul la-dessous. D’ailleurs, si je suis évidemment une féministe déclarée, j’ai toujours eu un peu de mal avec ce concept de journée des femmes. 364 journées des hommes, en contrepoids, cela fait un peu beaucoup, non ?! J’ai des doutes sur la réelle efficacité d’une telle journée.

 

Entretien: François Colinet

 

(1) Jeanne Cherhal, Camille, Rosemary Standley (chanteuse de Moriarty), Olivia Ruiz, La grande Sophie et Emily Loizeau

Jeanne Cherhal "Histoire de J." (Universal)

Dès les premières notes de "J’ai faim", on est happé par un sentiment d’urgence grâce à la beauté des cavalcades pianistiques qui rappellent immédiatement "Sheller en solitaire". La voix de Jeanne transperce une ambiance à la fois nostalgique des seventies et étonnamment moderne. C’est le célèbre réalisateur Erwin Autrique qui réussit cette alchimie de haute voltige. Ce disque, suite artistique et humaine au concert hommage à Véronique Sanson, est une aventure de femme ardente entourée de musiciens fidèles. Son ami JP Nataf est même venu lui filer un coup de main sur "Bingo", le morceau le plus léger d’un album qui confirme tout son talent. FC