Jarvis Cocker et Chilly Gonzales chassent les fantômes du Château Marmont

Jarvis Cocker
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Jarvis Cocker - © FRED TANNEAU - AFP

"Room 29", dans les bacs vendredi, résulte d'une rencontre entre le chanteur anglais Jarvis Cocker et le pianiste canadien Chilly Gonzales, pour un album consacré au Château Marmont, cet hôtel de Los Angeles où, assurent-ils, "Hollywood entretient une partie de son mythe entre fantasme et réalité".

Assis côte à côte, deux dandys que tout oppose ou presque: Jarvis Cocker, flegmatique quinquagénaire, star de la brit-pop des années 1990 avec son groupe Pulp; Chilly Gonzales, excentrique quadragénaire, virtuose du piano, capable de tout jouer sauf de la brit-pop, "qui ne (l)'intéresse pas". 

Ce qui les rapproche? Une propension étonnante à se transformer en bêtes de scène: Cocker, dans ses shows endiablés, Gonzales en battant en mai 2009 le record du monde du concert le plus long: 27 h 03 min 44 sec! Également une passion immodérée pour le cinéma de l'âge d'or hollywoodien. Et désormais cet opus commun: "Room 29".

"J'ai eu l'idée de ce projet en 2012", explique Jarvis Cocker. "Je logeais au Château Marmont, dans la chambre 29, où trône un piano demi-queue, et ça a fait +tilt+. Ce piano est là depuis le début, il pourrait raconter tant de choses. Il est donc devenu mon +MacGuffin+, comme dirait Alfred Hitchcock, à la fois le prétexte et l'élément moteur des histoires."

Cette chambre, Chilly Gonzales ne la connaissait pas, "mais je connaissais cette impression de voyager dans le temps qu'on peut ressentir quand on va dans cet hôtel". 

'Métaphore du fantasme'

Raconter le Château Marmont du point de vue des coursives, caché derrière les rideaux, chasser les fantômes qui y ont vécu, saisir l'atmosphère de ce lieu unique, telle est l'ambition du duo, qui a voulu éviter les clichés et a laissé de côté les anecdotes qui ont fait la légende de ce refuge de stars où tout est permis.

"Il n'y a pas le décès par overdose de l'acteur John Belushi, par exemple. Car ce n'est pas une histoire suffisamment touchante pour nous. Et la raconter serait prévisible", explique Gonzales. La chute presque mortelle de Jim Morrison, les orgies de Dennis Hopper, l'escalade par la fenêtre de James Dean, entre autres moments qui ont fait la réputation des lieux, ne sont pas non plus mentionnés.

Si tout au long de l'album, le mystère demeure entre fiction et réalité, quelques personnalités sont bien présentes comme l'actrice Jean Harlow, dont la nuit de noces avec son deuxième mari est décrite comme un désastre. 

"C'est une métaphore du fantasme, avec Harlow, ce sex symbol intouchable que cet homme est parvenu à séduire comme on tombe amoureux d'une illusion", dit Chilly Gonzales. "Et quand il se rend compte que tout cela est bien réel, le soir du mariage, il n'arrive pas à assumer", complète Jarvis Cocker. 

La chambre sur scène

Chargé d'écrire les histoires, Jarvis Cocker s'est longuement documenté. Mais dans l'ordre de création, c'est pourtant bien "la musique qui est venue avant les textes", affirme Gonzales.

"Chilly m'envoyait d'abord des mélodies, pour voir lesquelles me feraient réagir. Je commençais alors à assembler mes notes pour voir quelle histoire je pouvais raconter dessus. Avec une règle: faire en sorte que quoi que j'écrive, ça colle directement à la musique", poursuit Cocker.

Le résultat donne un opus particulièrement beau et élégant, sur lequel la verve parolière de Cocker se juxtapose parfaitement à la musique de Gonzales, parfois amplifiée par un ensemble de cordes.

Sur scène, le 7 avril à la Gaîté Lyrique à Paris, les deux artistes ne seront pas seuls. "Il y aura des musiciens avec nous. Le spectacle sera l'occasion de saisir tous les éléments de l'album. Il y aura des clips, des extraits de films. On sera dans la chambre 29", détaille l'Anglais.

"On fera appel aux musiciens par le biais du service de chambre. +Je voudrais un quartet!+ Et il apparaîtra", sourit le Canadien.


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