Interview de Cascadeur « J'aime la part fragile des héros »

3 images
- © rtbf

Ne cherchez pas, vous ne verrez pas son visage. Vous ne connaissez pas non plus son nom? Cela risque de changer, tellement Cascadeur s'affirme comme le nom à retenir de ce printemps. Avec sa voix haut perchée et ses ambiances atmosphériques, c'est la sensation du moment.



Son 1er album The human Octopus est un petit bijou qui fait beaucoup parler de lui bien au-delà des milieux branchés. Conversation avec un timide qui se soigne par une musique enveloppante  qui fait tant de bien...

François Colinet : Cet album est présenté comme votre premier mais il y a déjà un fameux bagage derrière...

Cascadeur: Mon parcours musical est assez diversifié. De la musique classique d'abord, pendant 8 ans. Puis beaucoup de jazz, avant de me tourner vers des influences plus pop. Ces influences diverses se retrouvent sur le disque, enfin j'espère. J'ai déjà réalisé 3 albums auto produits avant de sortir celui-ci. Cet album est un peu une compilation des meilleurs morceaux présents sur les précédents, mais il y a eu tout un travail de réarrangements, de réappropriation des morceaux à l'humeur du moment.

En écoutant attentivement l'album, on a parfois l'impression qu'il a été construit par couches successives qui se superposent...

Cascadeur: Je dirais que ce sont des nappes temporelles. Je revisite pas mal des morceaux passés, je m'intéresse beaucoup à l'enfant...On pourrait dire que ce sont des couches de temps. J'ai l'impression que je construis mes morceaux comme ça.

On retrouve un coté très atmosphérique dans votre univers. Certains morceaux font fort penser à de la musique de film. C'est une de vos envies dans le futur?

Cascadeur: Il m'est déjà arrivé de collaborer à la musique de plusieurs moyens et de deux long métrages. Quand j'étais adolescent, composer de la musique de film m'intéressait plus que de faire des disques et des concerts. Maintenant, cela a un peu évolué. Mais cela reste une envie certainement, un projet même. Très concrètement, je devrais travailler bientôt sur ma première bande originale. J'en saurai plus dans les prochains jours.

Ce personnage, c'est un super héros ou un super timide?

Cascadeur: J'ai plutôt voulu imaginer une sorte de « super enfant » qui conjugue à la fois la timidité naturelle et en même temps une sorte de super pouvoir qu'il aime à cultiver en ce mettant une chaussette sur la tête. C'est souvent un peu fragile, les pouvoirs enfantins. C'est pour ça que ma panoplie n'est pas très héroique. L'aspect fragile me plaît beaucoup.

Du coup, comment Cascadeur appréhende-t-il la scène, un endroit où normalement on est obligé de tomber le masque?..

Cascadeur: En écoutant ma musique, on pourrait penser que mes morceaux sont doux et amidonnés, mais en fait, je pense faire une musique assez physique même si cela ne s'entend pas forcément sur le disque. J'aime bien froisser un peu mes vêtements, froisser un peu ma musique. J'aime beaucoup la pulsation d'être sur scène, j'ai l'impression de devenir un autre moi-même. La scène a un côté très excitant, même pour les timides.

Dans plusieurs de vos chansons il est question de dissimulation, d'ombre, d'invisible. Je pense a Meaning, un des plus beaux titres de l'album?

Cascadeur: Cette thématique accompagne ma création, mais aussi ma vie tout simplement. Ce qui me faisait peur dans l'idée de faire de la musique, c'est tout cet aspect d'exposition. Cette peur de se faire brûler en quelques sortes. J'ai un peu tardé à faire exister mon projet sur scène. Et ce n'est pas pour rien si j'ai décidé d'être masqué. Voilà une des grandes clés de mon parcours pour l'instant.

Vos avez travaillé avec David Bartholomé dit Sharko. Comment est arrivée cette rencontre?

Cascadeur: Ça fait très longtemps qu'on se connait, au moins une dizaine d'années. C'est très simple avec lui. On est passionné. On s'écrit, on se parle, on part parfois dans des dialogues assez surréalistes. C'est quelqu'un de très important qui m'a beaucoup encouragé dès le début. On est très proche.

Vous avez eu aussi la chance de croiser la route du groupe américain Midlake. On retrouve d'ailleurs un peu de leur mélancolie dans vos morceaux...

Cascadeur: J'ai eu en effet la chance de faire la première partie de leur tournée française. J'étais très ému de les voir présents dans la salle pendant que je jouais. Et puis sur scène, ils sont très émouvants. Une très belle relation s'est construite et j'en suis naturellement venu à leur demander de participer à cet album. Tout s'est fait très simplement. C'est un groupe extra, ils mettent la barre très haut. Si je peux à certains moments arriver à leur hauteur...

Le succès est unanime, tant critique que public. Comment vivez-vous cet engouement?

Cascadeur: J'ai l'habitude de parler d'un petit miracle. C'est évidemment très agréable. Mais je ne le vis pas comme une revanche parce que j'ai toujours pu vivre de ma musique. C'est aussi super pour tous les gens avec qui je travaille et qui y croient depuis longtemps. Ceci dit, on connaît la fragilité de tout ça. Mon souci c'est que j'ai beaucoup de mal à couper. Quand Batman enlève son costume, il change de vie. Moi, dans mes moments de calme, je pense à Cascadeur. Le succès fait plaisir mais la sérénité n'est pas toujours facile à trouver.

Entretien: François Colinet

Cascadeur en concert:Le 14/12 à l'Orangerie du Botanique

Réservez vos places


Cascadeur « The Human Octopus »  (Casablanca Records – Mercury / Universal)