Il y a messieurs Bach, Mozart, Beethoven… mais où sont les femmes ?

Si on peut tous et toutes citer le nom de grands compositeurs, on a bien plus de mal à énoncer le nom d’une compositrice… à part peut-être celui de Clara Schumann. D'où l’idée d’une plateforme numérique répertoriant les oeuvres de plus de 700 compositrices et logiquement baptisée… "Demandez à Clara".

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Camille Pepin aux Victoires de la Musique Classique 2020 © Tous droits réservés

De Francesca Caccini au 17e siècle à Camille Pépin au 21e, Demandez à Clara a répertorié pas moins de 4.662 oeuvres de 770 compositrices de 60 nationalités. Entre 1618 et 2020. La recherche se fait par nom, titre, instrument, pays, époque ou genre musical (musique vocale, musique de chambre, instrumental etc.) et des liens renvoient vers la bio des artistes. Parmi les plus anciennes compositrices répertoriées, les Italiennes Francesca Caccini - qui serait la première femme à avoir composé un opéra -, Isabella Leonarda et Barbara Strozzi, l'une des première compositrices professionnelles, ou encore la Française Elisabeth Jacquet de la Guerre. La plateforme compte en outre beaucoup de compositrices issues de pays anglo-saxons. 

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Francesca Caccini © Tous droits réservés

Demandez à Clara, base de données gratuite financée par la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), a été lancée en juin par une équipe dirigée par Claire Bodin, directrice du festival "Présences féminines" consacré aux compositrices du passé et du présent. "Depuis notre tendre enfance, on n'entend pas de musique de compositrices, ou si rarement qu'on n'en garde pas la mémoire", souligne Claire Bodin. 

À nous musiciens et musiciennes, aucun 'matrimoine' n'a été transmis ; on a été biberonné à l'idée du génie du grand compositeur, toujours un homme

Depuis une dizaine d'années, la claveciniste donne régulièrement des conférences sur le sujet et rares parmi le public sont ceux qui peuvent donner des noms au-delà du "top 5" des compositrices, comme Clara Schumann, Fanny Mendelssohn, Lili Boulanger ou les contemporaines Pauline Oliveros et Kaija Saariaho, toutes les deux jouées au festival Ars Musica.

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Clara Shuman sur le billet de 100 Deutsche Mark en 1996 © Tous droits réservés

Enrichir, face à des préjugés qui ont la dent dure 

Ce travail de recherche de longue haleine a commencé dès 2006. Cet l'automne, 4.000 oeuvres supplémentaires seront rajoutées, dont celles de Hildegarde de Bingen (1098-1179), l'une des premières compositrices connues. L'objectif est d'enrichir le répertoire et donner de la visibilité à ces oeuvres. La non programmation des compositrices reste un frein majeur à la diffusion de leurs oeuvres explique Claire Bodin. "Il faut que tout le monde se mette à programmer des compositrices car les artistes invités, s'ils ne sont pas assurés que d'autres salles le font, vont hésiter à jouer ces partitions".

Pour Claire Bodin, la valorisation des compositrices doit également être menée au niveau des conservatoires. En 2020, Camille Pépin, première compositrice primée aux "Victoires de la musique classique", avait indiqué qu'elle était la seule femme aux cours de composition au Conservatoire de Paris. "Il y a des présupposés qui ont la dent dure mais qui commencent à tomber", avait-elle conclu.