Il y a 40 ans s'éteignait le pianiste Bill Evans

Le 15 septembre 1980, il y a 40 ans, le monde du jazz perdait une figure majeure : le pianiste Bill Evans. Introspectif, délicat, Bill Evans a influencé de nombreux musiciens et pianistes. Il meurt à 51 ans, d'une hémorragie interne.

"Bill Evans, universel et controversé" titrait Alain Gerber pour son étude consacrée au pianiste américain dans le N° 173 de la revue "Jazz Magazine". Tantôt reconnu, tantôt critiqué, Bill Evans est devenu un des musiciens les plus influents, véritable repaire et référence pour des pianistes tels que Chick Corea ou Keith Jarrett

Né le 16 août 1929 dans le New Jersey, Bill Evans rentre à l’armée après de classiques études musicales. Quelques années qui laisseront des traces dans la vie du pianiste : "Dans ma vie, c'est l'armée qui m'a le plus marqué, j'étais si malheureux".

1958, sa rencontre avec Miles Davis

En 1956, il entre dans la formation de Tony Scott et enregistre la même année avec le contrebassiste Teddy Kotick et le batteur Paul Motian son tout premier album "New Jazz Conceptions". Après avoir joué avec Charles Mingus, c’est le groupe de Miles Davis qu’il rejoint pour remplacer Red Garland au sein de son Sextet. Il y côtoie John Coltrane, Cannonball Adderley et fait partie de l’aventure "Kind Of Blue", album clef de Miles Davis.

Jouer avec de tels musiciens constitue une grande expérience ; leurs opinions et attitudes sont tellement mûres qu’ils m’aident à me retrouver. Sans ce passage chez Miles, je serais allé dans toutes les directions à la fois.

Evans quitte Miles pour développer son jeu en solo et forme finalement un Trio composé de Paul Motian et du contrebassiste Scott LaFaro qui, une dizaine de jours après les mythiques sessions du Village Vanguard, se tue en voiture sur la route de Geneva (New York) en 1961. Evans varia donc les formules : en solitaire (l’album "Conversations With Myself" en est un beau témoignage), en Trio (avec Chuck Israels, Gary Peacock, Eddie Gomez, Marc Johnson, Larry Bunker, Philly Joe Jones, Jack DeJohnette, Marty Morell, Joe LaBarbera) ou en duo en compagnie de Jim Hall, Stan Getz ou le chanteur Tony Bennett, comme l’évoquait Marc Danval dans son émission "La Troisième Oreille".

Ses influenceurs

Au fil des années et de ses rencontres, Bill Evans a construit son jeu si particulier, influencé par Nat King Cole (pour le rythme et l’économie), Dave Brubeck et George Shearing (pour le "voicing"), Oscar Peterson (pour le swing), Earl Hines (pour la structuration) et surtout Bud Powell.

Bud Powell a été ma plus grande influence, parce qu’il possède le sens de la forme. 

Mais ses influences étaient aussi classiques, nourri des œuvres de Bach, Brahms, Debussy, Beethoven, Stravinsky, Bartók… "En quelques secondes je suis capable de passer de Mozart au jazz, il s’agit de changer de manœuvre, comme dans une voiture". C’est d’ailleurs une valse qu’avait retenu Marc Moulin pour évoquer Bill Evans aux côtés de Jean-Pierre Hautier sur La Première.

Ses destructeurs lui reprochaient son individualisme, son côté désuet, son narcissisme, son stylisme ou encore son manque de sincérité. Une chose est certaine, Bill Evans était introverti jusque dans son attitude physique, vivant en vase clos, accro aux drogues pour soigner sa timidité. Bill Evans utilisait son piano non plus comme un simple instrument, mais le transformait en un objet transmetteur d'émotions et dans son cas, de sensualité. Dans le documentaire "The Universal Mind Of Bill Evans" tourné en 1966 pour l'émission du pianiste et critique Steve Allen, le pianiste explique son approche du piano jazz et de la musique en général à son frère aîné Harry.

Bill Evans en quelques albums

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Bill Evans : "New Jazz Conceptions" (1956) © Riverside
Bill Evans, Bob Brookmeyer : "The Ivory Hunters Double Barrelled Piano" (1959) © UA
Bill Evans Trio : "Portrait In Jazz" (1960) © Riverside
Bill Evans Trio : "Sunday At The Village Vanguard" (1961) © Riverside
Bill Evans Trio : "Waltz For Debby" (1961) © Riverside
Bill Evans : "Interplay" (1962) © Riverside
Bill Evans : "Conversations With Myself" (1963) © Verve
Bill Evans : "Trio 64" (1964) © Verve
Bill Evans : "The Paris Concert Edition One" (1979) © Blue Note
Bill Evans : "We Will Meet Again" (1979) © Warner

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