Ibeyi: "La gémellité est notre connexion, notre moyen de communication!"

Ibeyi: "La gémellité est notre connexion, notre moyen de communication!"
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Ibeyi: "La gémellité est notre connexion, notre moyen de communication!" - © Ambre Mahoney

Avec "Ash", leur deuxième album sous le bras, les sœurs Diaz ont enflammé une Ancienne Belgique bourrée à craquer pour recevoir leur incroyable énergie.  Rencontre lumineuse…

Elles baladent leurs voix et leurs pulsations avec grâce et énergie depuis trois ans déjà. Lisa et Naomi Diaz, filles jumelles d’une mère franco-vénézuélienne et du percussionniste cubain Anga Diaz, ancien membre du Buena Vista Social Club, rencontrent un succès considérable, traçant une ligne singulière entre tradition et modernité. Rencontre en échos.

Entre l’aventure du premier album et celui-ci, qu’est ce qui a changé?

Lisa : La tournée a tout changé! Rencontrer les gens, voir à quels moments ils réagissaient... Tourner longtemps et dans des endroits très différents permet de mieux sentir quelles énergies on voulait pour le deuxième album. En l’écrivant, on entendait les gens chanter, on voyait nos déplacements, les choses devenaient plus concrètes.

Organiques ou passées à la moulinette électronique, les voix semblent encore plus présentes sur ce disque…

Lisa : En effet, on essaie toujours de trouver la balance entre électronique et organique. Par exemple, on a mis nos voix dans le synthé pour pouvoir ensuite jouer avec la texture sonore. C’est génial, l’"auto-tune", la distorsion, le "vocodeur", ça permet de jouer avec les mots!

Naomi : Tout Ibeyi, c’est cette balance entre les chœurs et les percussions, et si vous y ajoutez la danse, la musique Yoruba, ce n’est que ça!

Lisa : Sur deux chansons, on a fait appel à un chœur. J’ai toujours adoré ça. Ils chantent tous les dimanches ensemble, au point de ne former plus qu’une seule voix. C’était mon rêve de trouver un super chœur gospel. Je n’ai jamais trouvé, sauf au Conservatoire, mais c’est autre chose.

Naomi : On vient de faire le "Stephen Colbert show", où on a chanté avec le " Harlem Choir ". C’était incroyable! Pour moi, le chant est venu avec le premier album. Petite, il parait que je chantais faux,  ma mère me disait d’arrêter! D’ailleurs, sur le premier album, je n’étais pas sûre de ma voix. L’assurance est venue petit à petit. Et, sur le deuxième album, j’ai demandé à Lisa de m’écrire des chansons!

Dans "No man is big enough for my arms", vous samplez un discours de Michèle Obama, qui dit que l’on mesure l’avancement d’une société à la façon dont elle traite ses femmes et ses filles…

Lisa : L’histoire de cette chanson part d’un livre, "Widow Basquiat", l’histoire de Suzanne, la veuve de Jean-Michel Basquiat, qui m’a très fort marquée. Notamment un passage où un homme l’accoste à l’âge de sept ans et lui dit qu’un jour, il reviendra et qu’il se mariera avec elle. Du haut de ses sept ans, elle lui répond: "Aucun homme n’est assez grand pour mes bras!".

Et pourtant, elle va tout donner à un homme, jusqu'à s’oublier totalement, avant de reprendre les rênes de son destin. C’est dingue et tellement important d’avoir cette conviction que, si vivre un amour est fantastique, cela ne doit pas être une raison de vivre, qu’on se suffit à soi-même en tant que femme. Mais, elle va pourtant tout lui donner… Le discours de Michèle Obama est arrivé juste après l’insupportable phrase du candidat Trump: "Grab them by the Pussy". Ce message, en guise de réponse, nous parle beaucoup.

Naomi : C’était un message humaniste, qui dépasse la prise de position politique. C’est une femme avant d’être une politique.

La politique, c’est difficile, on risque très vite cataloguée. C’est juste notre vision, on ne prêche pas, on n’a pas les réponses. Cela aurait pu être un autre discours d’une autre figure inspirante, Christiane Taubira par exemple.

Vous mentionnez l’ancienne Ministre de la Justice française. Vos origines sont multiples, votre carrière de plus en plus internationale.  Quel rapport entretenez-vous avec la France?

Lisa : Un rapport très particulier, très touchant! Pour les Français, on n’est pas françaises. C’est dingue mais la majorité des gens en France nous parlent en anglais! Pourtant, on est françaises, c’est notre socle, nos profs de musique sont français, on écoute énormément de musiques francophones. Et la France est un des endroits où on a vendu le plus de disques.

Naomi : On a beaucoup de chance parce qu’on ajoute à ça nos origines à la fois hispaniques et yorubas. Elles nous accompagnent tous les jours, c’est un puits de savoir et de culture. On a tellement à apprendre de nos ancêtres.

Au final, vous semblez terriblement complémentaires. Que vous apporte la gémellité?

Lisa : Une force énorme, surtout dans notre musique. C’est notre connexion, notre lien, notre moyen de communication. Si on pouvait communiquer autrement, on n’aurait sans doute pas fait de la musique!

 

Entretien : François Colinet

En concert : le 29 juin à Couleur Café (Bruxelles) et le 6 juillet aux Ardentes (Liège)

Ibeyi, "Ash" (XL Recordings)