Haïti salue la mémoire de Manno Charlemagne, chanteur engagé contre les dictatures

Le chanteur haïtien Manno Charlemagne, décédé d'un cancer à l'âge de 69 ans le 10 décembre en Floride, a reçu vendredi des funérailles nationales à Port-au-Prince, en hommage à son engagement contre les régimes d'oppression.

"Manno représente cette conscience haïtienne qui veut sortir du joug colonialiste et il a fait tous ces efforts pour dire aux enfants du pays qu'ils doivent se tenir debout contre cette ingérence qui sévit dans nos têtes et sur nos territoires", a témoigné Marco Jeanty, musicien avec lequel l'artiste a enregistré son premier album en 1978.

Dès son adolescence, Joseph Emmanuel Charlemagne, de son vrai nom, a subi les exactions des "tontons macoutes", le bras armé du régime duvaliériste. Ouvertement opposé à Jean-Claude Duvalier, Manno Charlemagne est contraint à l'exil en 1980.

De retour en Haïti à la chute du régime en 1986, le chanteur est forcé de quitter une nouvelle fois son pays, après le coup d'Etat militaire de 1991.

Autorités et dignitaires religieux participant vendredi aux funérailles nationales ont unanimement salué la volonté qu'était la sienne à dénoncer, sans restriction aucune, les inégalités nées des régimes d'oppression.

"Faire ce choix était impératif car quelqu'un de conscient ne peut se permettre de rester indifférent face à la misère, face à nos enfants qui dorment dans la rue", a assuré Marco Jeanty.

Plus que sa brève carrière politique (il a effectué un mandat de maire de Port-au-Prince à son retour d'exil en 1995), Manno Charlemagne aura marqué les esprits par son militantisme et aussi sa défense de la culture nationale.

"Manno Charlemagne représente une certaine liberté, un artiste qui a pris beaucoup d'engagements pour Haïti, qui a sublimé le créole", se souvient Erol Josué. "Il avait cette facilité de prendre les chants traditionnels du vaudou et les utiliser dans le contexte politique pour pouvoir défendre Haïti et sa jeunesse", témoigne le chanteur, danseur et prêtre vaudou.

Décédé dans un hôpital de Miami le 10 décembre, la dépouille de Manno Charlemagne a été rapatriée en Haïti cette semaine pour être enterrée, selon la volonté de l'artiste, dans la ville de Verrettes, à 60 km au nord de la capitale.