Francofolies de Spa : Loïc, "Dancing in the rain" et le triomphe de Faon Faon

Loïc Nottet
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Loïc Nottet - © Marie Coppin

Journée de très grande affluence malgré la pluie pour un festival qui affiche quelques 140.000 spectateurs sur quatre jours. Dernières impressions et bilan nuancé.

 

Un vent d’originalité souffle sur le troisième jour, avec le jeune Lou qui a remporté le concours des talents d’un des principaux sponsors du festival. Un moment rare pour lui, comme pour le public. Ce jeune homme aveugle, atteint du syndrome de Morsier, trouve dans la musique un moyen d’expression à la mesure de sa singularité. Sa maîtrise du piano impressionne, comme son talent d’imitation des voix de ses idoles. Sa reprise des "Yeux de ma mère" d’Arno est bluffante. Et son plaisir à partager la scène avec quelques amis, dont Konoba, fait franchement chaud au cœur.

Un set comme celui-là, devant une foule amusée et enthousiaste, fait bien plus avancer les mentalités sur le handicap que toutes les campagnes de sensibilisation.

 

Cap ensuite sur la performance buccale scotchante des français de Berywam. Ces quatre-là en ont assez dans la bouche et dans le larynx pour se présenter sans le moindre instrument et ré-interpréter des tubes comme "Shape of you", ou "No diggity". Insistant sur la musicalité de leur art, ils offrent aussi un coté ludique avec des bruitages à couper le souffle. Reste que sur la longueur, c’est un peu lassant. Mais chapeau pour la performance !

 

Quelques interviews plus tard (on vous prépare de belles choses !), on retrouve les BaliMurphy qui présentent leur nouvel album "Nos voiles", résolument rock. Un son plus brut et direct, influencé par un nouveau guitariste très efficace, n’empêche pas de retrouver l’atmosphère et les mélodies que l’on apprécie chez eux depuis plus de 10 ans. Avec ces cordes qui font toute la différence. Un très beau concert ponctué par le magnifique "Plus belle sans moi" qui stimule toujours autant nos glandes lacrymales. A revoir avec enthousiasme le 12 aout au BSF à Bruxelles.

 

Pendant que Cali mettait une nouvelle fois le Village sans dessus-dessous, on reprend notre souffle avant d’aller s’éclater sous les bons mots musicaux de Cédric Gervy qui fait joyeusement partie des meubles ici, trop heureux d’être de retour après plusieurs années.

 

Alors qu’on s’apprête à rejoindre la foule qui acclame le prodige Loïc Nottet, la pluie se transforme en rideau d’eau infranchissable. Triste de voir tous ces spectateurs, parfois très jeunes, qui renoncent, tout penauds sous leurs ponchos trempés. Toute cette eau a eu aussi raison de nos dernières forces. Mais comme on a vu le spectacle à l’AB au printemps, on sait que le show est à la fois beau et inventif…

 

Enthousiasmes et regrets

Notre escapade spadoise se termine ici. Avec d’abord une excellente nouvelle puisque le duo bruxellois Faon Faon a remporté le Franc’Off ! Point de surprise pour nous qui vous avions déjà présenté la douce folie de ces deux demoiselles il y a quelques mois. Un prix entièrement mérité pour un projet énergique, poétique et très inventif qui nous fait vibrer. Rendez-vous, entre autres, au BSF le 9 août sur le coup de minuit.

 

A l’heure du bilan, on pointe quelques déceptions et regrets :

- La prestation de Renaud vraiment indigne du label de qualité proposé si souvent par les Francofolies.

- Une programmation très "grand public" peu aventureuse qui oublie, trop à notre gout, la "nouvelle scène française". Comme l’écrivait fort justement un confrère, où sont les Paradis, et autres Juniore par exemple ?

- Le manque d’un endroit couvert qui permettent d’écouter des prestations intimistes dans de bonnes conditions. Cela empêche de programmer certains très beaux projets, on pense à Juliette Armanet ou Albin de la Simone qui font l’actualité. Et cela aurait permis d’apprécier le talent de Tim Dup dans toute sa nuance.

 

Mais aussi quelques réelles poussées d’enthousiasme :

- Une ambiance familiale, très attentive à l’accueil des personnes handicapées, avec de très belles découvertes (Gauvain Sers, Alexandre Desilet, Berywam etc.)

- Les "Québecofolies" qui nous donnent envie de retourner bien vite à Montréal

- La mise en avant des talents de chez nous. Le succès remporté par les concerts de Mustii, Konoba, Baloji, Noa Moon et Saule, entre autres, en sont la meilleure preuve.

 

Pour toutes ces raisons, on continue à aimer et soutenir ces Francofolies qui, à coté du formidable travail effectué, doivent pour l’édition prochaine, retrouver l’audace et le goût du risque pour leurs 25 ans !

 

François Colinet