Festival Berlioz: un Te Deum "babylonien" pour un compositeur hors normes

"Nous allons monter ce Te Deum comme Berlioz le voulait: colossal, babylonien, ninivite !", lance l'organisateur Bruno Messina, en référence aux 120 instrumentistes, 200 choristes et 600 petits chanteurs qui prendront place sur scène.

"Berlioz a écrit des oeuvres tellement folles qu'il n'a souvent pas pu les voir de son vivant", souligne M. Messina, qui dirige le festival depuis 2009, avec pour volonté de sortir sa musique de son petit cercle d'initiés.

Prenez sa "Symphonie fantastique": c'est "la première description musicale d'un +trip+ (à l'opium), écrite quelque 130 ans avant les Beatles", relève-t-il en reprenant la formule du chef américain Leonard Bernstein. Pour son "Requiem", le compositeur encadre le public de quatre fanfares et invente la quadriphonie. Il écrit des pièces pour 1.000 musiciens... Il n'ira pas toutefois jusqu'au bout d'une symphonie qui aurait mobilisé tous les musiciens de Paris.

"Il veut prendre aux tripes, asséner des coups de poing", relève M. Messina en soulignant que cette démarche le rapprochait d'un musicien rock.

Bruno Messina n'en est pas à son coup d'essai: cet ethnomusicologue de formation avait réuni l'an dernier près de 1.000 musiciens et choristes dans une ancienne usine textile pour redonner le "concert monstre" dirigé par Berlioz en 1844.

Berlioz, fait-il valoir, a "bouleversé les codes de l'orchestration et de la composition. C'était aussi un des premiers entrepreneurs de la musique et c'est à lui que l'on doit la notion de festival: Berlioz précède Wagner et Bayreuth".

"Il est le premier à imposer la notion de festival monothématique et sera beaucoup moqué à l'époque pour cela." A ce titre, le festival Berlioz, avec de premières manifestations de son vivant, est "le plus vieux de France même si, comme souvent avec ce compositeur, il a connu péripéties, interruptions et de multiples renaissances", relève M. Messina.

Polyphonies corses

A l'exception de quelques événements d'exception comme le Te Deum, le festival est organisé pour l'essentiel dans la ville natale du compositeur, à la Côte Saint-André, bourg de 5.000 habitants à égale distance de Lyon, Chambéry, Grenoble et Valence. Il se tiendra cette année du 20 au 30 août.

Au cours des cinq dernières années, le festival est passé de 15.000 à 25.000 spectateurs et a plus que doublé sa billetterie. "Le public local s'est fortement réapproprié le festival et côtoie désormais la crème des spécialistes comme la Berlioz Society de Londres", se réjouit M. Messina.

Chaque édition aborde un thème pour "reconstituer une pièce du puzzle" Berlioz: cette année, c'est son rapport avec Napoléon, 200 ans après le retour de l'empereur de l'île d'Elbe qui l'a amené à traverser la région.

Pour son Te Deum, Berlioz reprend ainsi les bribes d'une symphonie inachevée consacrée à Napoléon. Avec l'espoir (déçu) de le faire jouer pour le sacre de son neveu Napoléon III, puis pour son mariage (encore raté).

Le festival accueillera d'autres moments forts, comme le concert de l'orchestre de référence pour les Berlioziens, les Britanniques de l'Orchestre révolutionnaire et romantique dirigé par John Eliot Gardiner. Mais aussi la création de Nabulio, un oratorio consacré au jeune Napoléon, interprété par les polyphonies corses d'A Filetta et orchestré par Bruno Coulais (auteur de la musique des Choristes).

Toutes les infos sur le site du Festival Berlioz: www.festivalberlioz.com