Esperanzah Jour 1

La fanfare belge Va Fan Fahre lance les festivités sur la grande scène Côté Cour dans la bonne humeur et un peps rare, bien accueilli par les premiers festivaliers. Emel Mathlouthi nous fait ensuite vibrer avec sa voix cristalline de chanteuse orientale, mêlée à une guitare, des percussions et un violon dont il est parfois difficile de cerner l’apport. Malgré ce manque d’affirmation instrumental, la chanteuse et son groupe réussissent le pari de faire bouger le public belge sur les thèmes du printemps arabe. Une magnifique version de Hallelujah l’ancre définitivement devant la scène.

 

Un peu plus tard, c’est au tour de Winston McAnuff de chauffer la foule en produisant avec son Bazbaz Orchestra une atmosphère tantôt reggae tantôt soul, se risquant même à y mélanger quelques accents Jazz. Soutenu par un claviériste plus que convaincant, surfant sur son jazz organ, le Jamaicain conquit rapidement les fêtards à petites doses de Rastafari!. Cocorosie change le ton en début de soirée. Accompagnées pour leur tournée du Rajahastan Roots et du beatboxer Taz, les soeurs Casady poussent la fusion encore plus loin que d’habitude tout en s’adaptant à leur public. Pas d’univers trop intimiste, pas de baisse d’énergie possible. Au programme, rythmes marqués, accents pop et percussions chaudes sans oublier la magie de la harpe, de quoi faire frémir Esperanzah.

Balkan Beat Box ouvre la nuit qui promet d’être longue, malgré le vent froid annonçant la pluie. Six ans après leur première venue à Esperanzah, près d’une année après leur présence à Bruxelles lors du Festival des Libertés, les Israéliens remettent le couvert auprès du public belge. La lassitude est pourtant loin de s’installer. Certes, la recette des BBB marche, le groupe le sait, et n’innove pas particulièrement. Mais l’énergie qu’ils mettent dans leurs prestations pardonne tout. Les festivaliers veulent s’éclater, et le groupe leurs donne tout ce dont ils ont besoin.

Côté Jardin, vers 22h, Xavier Rudd gonfle une bulle acoustique autour de sa scène surélevée sur laquelle trônent tous ses instruments aborigènes et faits maison. L’australien fait voyager le public dans sa galaxie entre couples guitare-voix, percussions-didgeridoo, et harmonica-grosse caisse. En dehors des fans de longue date, pas évident de convaincre les gens d’un tel univers, surtout pas entre les BBB et le groupe rock/funk anglais The Heavy qui suivra. Mais Rudd semble arrêter la pluie, et le public, toujours chaud, accepte de se laisser prendre la main par le mystérieux bonhomme barbu. Alternant morceaux doux et survoltés, d’une extrême proximité avec les festivaliers, l’artiste a capté l’attention et charmé la foule. The Heavy semble malheureusement avoir fait un peu moins d’effet. Le son est mal géré, le chanteur inaudible et les instruments n’émergent pas au bon moment. Du côté du groupe aussi, peu de promesses sont tenues, au niveau du punch comme de la maîtrise du genre Rock/Soul/Funk. Malgré tout, les plus motivés suivent jusqu’au bout, en attendant DJ Vadim et son art du turntablism. Accompagné de la MC britannique Yarah Bravo, il promet de transformer la Cour en laboratoire sonore géant. Beaucoup de déçus, c’est vrai — en cause, la voix parfois irritante de Yarah ou les beats par moments un peu trop flats de Vadim — mais le noyau dur d’Esperanzah poursuit la nuit jusqu’à sa fin officielle, avant de continuer la danse sur airs de banjo et d’accordéon au camping bord de Sambre.

Malgré les quelques petits bémols observés lors de cette première journée d’Esperanzah, le festival commence bien et s’annonce excellent. Dans l’ambiance générale, il est tout à fait palpable que l’organisation a vu moins grand que l’an passé sans toutefois sacrifier la qualité. Pour l’instant, le choix semble se tenir.

 

Bastien Ranschaert

Belgian Music Festivals