Entretien avec un Bénabar en pleine forme !

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Bénabar nous revient en cette fin d'année avec « Le bénéfice du doute », un sixième album énergique qu'il défendra sur scène à Forest National le 20 mars prochain. Nous avons discuté avec lui de ce nouveau disque mais aussi de son parcours et de son regard sur ce métier hors norme.



Un entretien plein de bonne humeur avec un homme très attachant !


François Colinet : Vous sortez votre sixième album « Le bénéfice du doute » Connaissez-vous l'angoisse avant de trouver l'énergie pour construire un nouveau projet ?

Bénabar : Après la tournée, il y a toujours un grand vide parce que, en fait, tu n'es chanteur que quand tu chantes.. Quand tu retournes chez toi, tu n'es qu'un « branleur » comme les autres mais avec une vie un peu particulière. Être chanteur, c'est pas un métier comme un boulanger qui sait faire du pain, par exemple.

Pour ce disque-ci, j'étais plutôt serein mais c'est vrai que cette angoisse fait partie du processus, de cette envie de faire quelque chose de nouveau. Il ne suffit pas d'enfiler 12 chansons à la suite, de s'enfermer une semaine et de trouver des trucs qui riment. Ça doit aussi venir de l'intérieur. Il y a un peu de notre inconscient qui doit nourrir les chansons. J'ai donc besoin d'une période assez longue pour pouvoir varier les thèmes qui m'inspirent.

La manière de composer vos morceaux varie-t-elle avec le temps ?

Bénabar : Oui, sur ce disque musicalement, ça a vraiment changé. C'est composé différemment. Je pense que cela s'entend clairement. Cette fois-ci je n'ai pas tout écrit et composé moi-même puisque le groupe Archimède m'a écrit une chanson. C'est vraiment un super groupe. Je fais très attention, je crois, au risque de lassitude. De mon côté comme du côté du public, d'ailleurs. On ne peut pas toujours utiliser les mêmes recettes pour faire un album. Même mes plus grands fans en auraient marre au bout d'un temps. Comme tout le monde, j'ai besoin de nouveaux défis pour avancer.

Comment gérez-vous le côté un peu « déstructuré » de la vie d’artiste ?

Benabar : C'est une vie confortable et privilégiée mais il y a un danger de se déconnecter des choses parce que la plupart des gens travaillent de 9 a 18h. Le risque c'est de rester entre « gens du métier ». qui vivent décalés comme toi. Mais je côtoie aussi plein de gens qui ne sont pas dans ce métier donc je garde une vie assez « classique ». Quand on a une vie de famille et des enfants c'est obligatoire et de toute façon c'est préférable d'avoir des repères concrets au quotidien.

En parlant de cette vie atypique, comment choisissez-vous les personnes qui vous accompagnent sur la route ?

Bénabar :Le noyau dur de l'équipe change peu, que ce soit les musiciens mais aussi les techniciens de tournée. Pour le reste, c'est le bouche-à-oreille qui marche. On connaît les gens parce qu'on les a croisés sur la route. C'est un réseau. C'est important pour les musiciens d'arriver dans ce réseau, souvent sur un coup de chance, une coïncidence, un plateau télé ou une première partie par exemple. Du coup, c'est d'autant plus difficile pour ceux qui ne sont pas dedans.

Vu de l'extérieur, on a l'impression que le succès est arrivé rapidement, dès votre deuxième album...

Bénabar :Pour moi, ça a marché relativement vite mais je chantais déjà depuis 2 ans dans les bars et sur des petites scènes. j'avais déjà 30 ans quand le succès est arrivé. Je n''ai jamais souffert ni galéré , je connaissais certaines ficelles du métier avant d'avoir du succès. Je travaillais comme scénariste pour la série « H » ce qui me permettait de faire de la musique en parallèle. Je n'ai jamais vraiment fait de petits boulots, mais j'ai été régisseur de cinéma, donc je sais ce que c'est d'apporter les cafés et d'être une petite main.

Vous serez à Forest National le 20 mars prochain. Directement, une très grande salle, un choix ?

Bénabar :Forest National c'est un choix audacieux mais avec ce nouveau disque, je crois qu'on peut le risquer. L'album est très entraînant, plus direct, plus brut, sans cordes, sans cuivres. Il est plus rentre-dedans. Mais c'est difficile à dire parce que finalement, ce qui fonctionne, c'est avant tout les bonnes chansons, quelque soit la taille de la salle. Et aujourd'hui, il est trop tôt pour connaître la réaction du public.

Ceci dit, tout le monde sait que j'ai une relation très particulière avec Bruxelles. J'ai vécu à Saint-Josse, j'ai tourné le film « Incognito » ici, j'ai enregistré l'album au studio ICP, bref tout me ramène à Bruxelles. Donc, on va passer une « sacrée soirée » à Forest National !

Vous sortez un nouveau CD alors que la vente de disque s'écroule et que les modes de consommation musicale évoluent très vite...

Bénabar: Par loyauté pour un milieu qui souffre, dans lequel des gens se font virer et dans lequel j'ai de nombreuses amitiés professionnelles, je n'adhèrerai jamais au discours de certains de mes confrères qui défendent le téléchargement illégal. Mais je trouve que les disques sont trop chers. Du coup, c'est normal que ceux qui ont déjà du mal à payer leur loyer ou leurs factures téléchargent sur internet. C'est tellement simple et à portée de clic ! Pour enrayer ça, il faut une offre musicale crédible et bon marché.

Je suis à fond pour des politiques d'accès à la culture pour tous, des tarifs réduits pour chômeurs, étudiants, etc. Mais je pense en revanche que le fantasme de la gratuité, il faut s'en méfier. Malgré tout, je suis assez optimiste, c'est une période de transition, de flottement. Il va falloir être créatif C'est vrai, moi, j'ai eu la chance de vendre des disques mais je crois surtout que le problème est mal posé. Il y a trop de démagogie autour de tout ça.

Votre nouveau single « Politiquement correct » a marqué les esprits. Pourquoi sortir ce coup de gueule ?

Bénabar : On assiste à l'émergence de personnalités médiatiques qui, sous couvert de lutter contre le politiquement correct, défendent des idées dégueulasses. Ces gens laissent, par exemple, penser que être antiraciste c'est un peu con, que lutter contre les personnes misogynes ou antisémites c'est un peu démodé. Moi qui suis très antiraciste et très politiquement correct, cela me fait bondir et j'ai eu besoin de l'exprimer dans une chanson. J'enseigne à mes enfants que on ne peut pas être « un peu raciste » ou « un peu antisémite », qu'on ne peut pas transiger avec ces valeurs-là et qu'il ne faut jamais croire que ces batailles sont gagnées.

Entretien : François Colinet




Bénabar sera à Forest National le 20 mars 2012

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Bénabar "Les bénéfices du doute" (Jive / Sony)