Entretien avec la chanteuse Sandor: une petite pépite venue de Suisse

Sandor c’est l’artiste Suisse qui monte et qu’il faut tenir à l’œil. Elle vient de sortir son premier album éponyme et depuis, on l’écoute en boucle! Ecriture poétique et nostalgique sur fond de pop aux sonorités des années 80, Sandor n'a pas peur de faire de la chanson française autrement. Nous avons rencontré l’artiste qui est auteure, compositrice et interprète pour en savoir plus sur ses inspirations et son parcours.

Ce goût pour la musique, tu le tiens d’où ?

J'ai baigné dans un univers musical depuis ma plus tendre enfance. Mon père joue du saxophone et ma mère du piano. On a donc toujours eu beaucoup d’instruments avec lesquels s’amuser à la maison. Moi j’ai commencé la guitare assez jeune. Je devais avoir 4 ans quand je suis passée pour la première fois devant un magasin de guitare. Je les ai regardées et j’ai décidé que j’en voulais une. Sauf qu’à l’époque je dormais encore avec une petite poupée et le deal était d’arrêter de dormir avec la poupée en échange de la guitare. Du coup, j’ai attendu encore un peu (rires). Ma première guitare, c’était une classique. A l’adolescence, je suis passée à l’électrique et ensuite j’ai fait une formation professionnelle en musique. Je suis donc guitariste de formation. Pour le chant et l’écriture par contre, je suis autodidacte.

Tu as choisi le nom d’une comtesse Hongroise comme pseudonyme, pourquoi ?

Je voulais absolument un pseudonyme et je trouvais l’esthétique du prénom Sandor très belle. L’histoire de la comtesse de Sandor m’a aussi beaucoup touchée. J’avais lu sa biographie quand j’étais plus jeune et j’avais été très touchée par cette comtesse Hongroise qui vivait sous le titre de conte. Elle se travestissait, ce qui au final, lui a valu l’emprisonnement. Je pense qu’on a tous cette dualité et je suis heureuse de pouvoir montrer la mienne : même si je suis une femme et contente de l'être, il y a aussi beaucoup de masculinité en moi.

Dans la presse on qualifie beaucoup ta voix d’androgyne. Tu en penses quoi ?

Je trouve que c’est très flatteur. Je pense que c’est surtout dû au fait que je dédouble ma voix sur beaucoup de morceaux. Il y a à chaque fois une version grave et une version plus aiguë, ce qui donne cette impression d’homme-femme. C’est à nouveau ce principe de dualité qui revient.

La mélancolie et l’amour sont très présents dans tes textes… Pourquoi ce thème en particulier ?

C’est vrai, c’est le fil rouge de l’album. C’est un thème qui touche tout le monde. Les textes sont pour la plupart autobiographiques. Il m’arrive parfois de me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre mais je m’inspire toujours de mon vécu ou de celui de mes proches. C’est vrai que dans ma musique c’est la partie la plus "dark" de moi-même qui ressort. C’est sans doute une sorte d'exutoire pour moi. Je me suis appliquée sur le son pour donner quelque chose de chaud et d’englobant pour contrebalancer la froideur des textes.

Les paroles de "Tu disais" sont très crues et t’ont valu un "Parental Advisory". C’est justifié pour toi ?

J’avais très peur de sortir cette chanson parce que c’est vrai qu’elle est osée mais pour moi il n’y a rien d’obscène ni de vulgaire. Au-delà du côté sexuel des paroles, il y a aussi beaucoup de tendresse. Je ne l’ai pas écrite pour choquer. C’est vraiment une chanson d’amour et je pense que les gens le perçoivent. Après, c’est vrai que ça peut choquer car on n’est pas habitués à entendre une femme issue de la pop chanter ce genre de paroles. Cela choque moins quand ce sont des rappeurs par exemple. Mais si on y réfléchit, Gainsbourg et Birkin à l’époque le faisaient déjà, ou encore les Rita Mitsuko. J’ai l’impression qu’il y a une certaine censure qui s’est installée depuis.

Ce premier album c'est un aboutissement?

C'est un aboutissement et une consécration. C'est un rêve d'enfant que je réalise. La musique j’en fais depuis toujours mais à la base je la gardais pour moi. Ces titres sont très intimes et je ne pensais pas les sortir. C’est grâce à l’encouragement de mes amis que j’ai décidé de passer le pas. Ensuite, j’ai rencontré mon arrangeur et producteur Jérémy Duciel et l’aventure a commencé.

Quelles sont tes inspirations ? Quels groupes ont bercé ton enfance ?

Enfant, on écoutait énormément Gainsbourg à la maison, Véronique Sanson, Niagara. On m’a déjà comparée à Mylen Farmer pour son côté "dark" je pense et j’en suis assez heureuse. On écoutait beaucoup cette artiste quand j’étais petite et certains de ses morceaux m’impressionnaient, voire me faisaient carrément peur. Sinon, les derniers albums que j’ai achetés ce sont des artistes belges ! Angèle et Roméo Elvis, j’aime beaucoup.

Quelle est la place des artistes suisses sur la scène musicale francophone ?

C’est un peu comme en Belgique je pense. Pendant tout un temps, il a été difficile pour les artistes suisses de s’exporter. Stephan Eicher et Sophie Hunger ont réussi à dépasser les frontières et ont ouvert les portes. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance car j’ai directement été soutenue par les radios suisses, la presse et le public. Il y a des similitudes avec la Belgique aussi, par exemple, ce n’est pas facile de passer les frontières de son propre pays et de conquérir la Suisse Allemande par exemple. Maintenant que je commence à être connue en France et en Belgique, cela a également eu un impact sur mon succès en Suisse. Mais nul n’est prophète en son pays.

Sandor sur scène, ça donne quoi ?

C’est très différent de l’album, c’est beaucoup plus massif et beaucoup plus énergique. Je n’avais pas envie que les gens aient cette impression, quand ils viennent me voir, que je ne fais qu’appuyer sur "play". J’ai envie de créer quelque chose avec le public, j’ai envie qu’il soit surpris. J'ai hâte de venir jouer en Belgique en octobre. Il y a un vrai échange avec le public belge. Il y a une chaleur et un accueil particulier et ça fait très plaisir ! Le public belge, c’est l’un de mes plus beaux souvenirs.