Entretien avec Catherine Ringer, qui présentera le tango moderne de Plaza Francia le 26 mai au Cirque Royal

Plaza Francia
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Plaza Francia - © copyright Renaud Corlouer

Offrir au tango de nouvelles dimensions avec une chanteuse pop, voilà le pari entièrement réussi par Plaza Francia et l’album  "A New Tango Song Book" qui nous fera danser le 26 mai au Cirque Royal et le 1er août au festival Esperanzah!  

Eduardo Makaroff et Christophe Müller avaient réussi un coup de maître avec la création du "Gotan Project", qui, en trois albums, a réussi à rapprocher cette danse argentine si particulière des sonorités électroniques. Voilà qu’ils remettent le couvert !

 

L’envie de base, pour Plaza Francia était de réunir plusieurs voix féminines non hispaniques pour interpréter ces nouveaux morceaux. Mais, dès que l’on penche une oreille sur le disque, on comprend pourquoi le choix de Catherine Ringer s’est imposé. Sa voix, son style, son phrasé, l’entièreté de sa personnalité se fondent à merveille dans cet interstice entre pop et tango.

Entretien enthousiaste et enjoué à quelques jours de leur concert bruxellois :

 

Quelle a été votre motivation principale pour ce nouveau défi?

 

Catherine Ringer : Je me sentais assez proche de la tonalité des morceaux. J'aime la chanson réaliste, des choses assez dramatiques, en fait cela collait très bien. Et puis, il y a ce défi d’insuffler des sonorités pop dans un univers tango qui par définition est plutôt lascif et mélancolique. Avec ce disque, on essaie de le rendre plus joyeux, plus léger sans dénaturer ses racines.

 

Au départ, ils avaient imaginé proposer à plusieurs chanteuses de se partager les chansons de l’album. Savez-vous pourquoi finalement ils ont décidé de tout faire avec vous ?

 

Catherine Ringer : Je crois que c’est surtout par ce qu’ils voulaient partir en tournée et forcément, ne prendre qu'une chanteuse, cela solutionnait le problème! De mon côté, j'étais dans les débuts d'un nouvel album, j'ai pu l'interrompre parce que cette aventure-là valait le coup. C'est une facette de ce que je savais faire que j’avais envie de montrer.

 

Vous aviez déjà l’expérience du travail avec un metteur en scène argentin…

 

Catherine Ringer : oui, j’avais travaillé sur une comédie musicale, il y a 10 ans mais "Conchita Bonita", c’était sur de la musique italienne. Même si les langues sont latines, c’est quand même très différent ! Mon attrait pour les sonorités argentines est plus ancien. Je l’ai beaucoup entendu parler et j'ai connu des argentins à Paris. C’est un son qui me plaît, cette opportunité était donc parfaite ! Cela me donne envie d'aller chanter là-bas !

 

 

Est-ce compliqué de s’immerger dans des textes écrits dans une langue que l’on ne maîtrise pas ?

 

Catherine Ringer : Non. C’est vrai que je ne parle pas espagnol. Mais, quand je travaille une chanson, j’étudie dans le détail ce que je chante. je traduis tous les mots et la je bosse la prononciation. C’est comme si je parlais la langue le temps d'une chanson. J’ai chanté en français bien sûr mais aussi en anglais, en italien… J'aime changer de langage !

 

On dirait que Mullër et Makaroff vous ont dessiné une robe sur-mesure et que vous n’aviez plus qu’à l’enfiler et à vous sentir à l’aise dedans…

 

Catherine Ringer : Oui, ici, j’ai complètement changé de trip, je ne suis qu'interprète c'est une belle dynamique de troupe. Ce sont eux qui composent, qui font les arrangements et qui choisissent les musiciens. Le projet aurait pu tout à fait fonctionner sans moi. Il se trouve qu’ils m’ont choisie. Tant mieux parce que j'aime beaucoup faire l'interprète. J'ai été charmée par le fait de ne pas devoir décider, cela me change des albums solos que j’avais sortis depuis la disparition de Fred (Chichin, son compagnon et partenaire des Rita Mitsouko décédé en 2007 NDLR)

 

Travaille-t-on sa voix différemment pour un projet comme celui-là ?

 

Catherine Ringer : Je ne suis pas une chanteuse de tango. Je ne viens pas de ce monde-là. Mais c’est justement ce qu’ils cherchaient : ancrer le tango dans un univers pop, comme ils ont pu le faire avant avec la musique électronique. Les chansons sont dans une tonalité assez grave. J'ai donc dû travailler ma voix d'une autre manière. On a beaucoup répété puis on a tout enregistré en 3 jours. C'était assez sportif, cela a demandé de l'entraînement mais sans difficultés insurmontables. il fallait surtout avoir du temps et de l'énergie.

 

Vous voilà donc partis sur les routes. Comment s’envisage le spectacle ?

 

Catherine Ringer : On est 5 sur scène, ils ont donc dû refaire des arrangements plus épurés, vu que ceux de l’album sont assez complexes. On part avec un bandonéon, une guitare, une contrebasse, des claviers et quelques surprises. Franchement, les gars ont bien travaillé, les premières dates se sont très bien passées !

 

Les critiques en France sont excellentes, le public semble au rendez-vous de la tournée, on vous attend de pied ferme à Bruxelles. Ce succès est-il une surprise pour vous ?

 

Catherine Ringer : Oui, vraiment ! Je ne m'attendais pas à cet engouement et je m’en réjouis évidemment. Je pense que l’on est arrivé dans une sorte de mode du tango. Plein de gens s’intéressent à cette musique, à cette danse particulière. Tant mieux pour nous ! Les orchestrations, les mélodies sont jolies, même si on ne comprend pas un mot d'espagnol, je pense que l’on peut facilement s’attacher aux chansons. Je suis heureuse de cette musicalité. Et j’ai hâte de revoir le Jardin Botanique de Bruxelles.. !

 

Entretien : François Colinet

 

 

En concert le 26 mai aux Nuits Botanique (Cirque Royal, Bruxelles), le 1er aout au festival Esperanzah! (Abbaye de Floreffe)

Plaza Francia “A New Tango Song Book” (Because / Warner)

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