En attendant les Francofolies, interview découverte avec Jali





Rencontre avec un artiste auquel on prédit le plus bel avenir, qui sera à Spa le 21 juillet et au Botanique le 27 octobre.

François Colinet : Comment la musique est elle arrivée dans ta vie ?

Jali: La musique est venue assez tard, il y a 3 ou 4 ans. Sur un coup de tête un jour j'ai décidé de faire des chansons avec des textes que j'avais dans un tiroir. J'ai quelques amis musiciens dont un qui a appris la guitare en autodidacte. En discutant avec lui, il m'a convaincu que faire de la musique, c'était pas si difficile, qu'il fallait juste s'y mettre ! J'ai été sur un site qui permet d'apprendre la guitare. J'ai appris en jouant des reprises, notamment de Tracy Chapman et puis j'ai essayé avec mes textes. J'ai aussi joué dans un groupe de reggae, mes premières scènes !

Tu vis à Bruxelles mais tu bouges beaucoup. Tu as notamment fait la première partie de toute la tournée de Bernard Lavilliers. Plus globalement, le voyage semble avoir beaucoup d'importance dans tes textes...

Jali : Je suis né au Rwanda mais je suis arrivé en Belgique quand j'avais deux mois. Je n'y suis jamais retourné jusqu'en 2005. J'avais 17 ans, mon père devait aller y vivre un temps pour des raisons professionnelles. J'ai donc terminé mes secondaires la-bas pendant deux ans et j'ai vraiment adoré !

J'étais dans une école internationale, ce qui m'a permis d'ouvrir les yeux sur le monde, du coup dans mes chansons je parle effectivement beaucoup de voyage, parce c'est quelque chose qui fait partie de moi.

Le titre Espaniola, ton premier single, en est un bel exemple...

Jali : Parfois, on a tous envie de s'en aller et de changer de vie. Je parle d'un enfant qui a envie de partir voir ailleurs ce qui se passe. Mais ça va au-delà de la question des migrations. C'est aussi ce constat que l'envie de changer, de quitter la routine, de se donner de nouveaux horizons, c'est une envie universelle.

Dans la chanson Rien de neuf sous le soleil, on prend le contre-pied d'Espaniola puisque cette histoire c'est celle d'un mec qui se noie dans l'alcool parce qu'il ne peut plus supporter sa routine. Je pense que quand on a les moyens de réinventer sa vie, il faut saisir sa chance parce que c'est une des plus belles choses que l'on puisse faire !

Dans la chanson Des ailes, il est aussi question de s'en aller. Au-delà de la question de la routine, on peut aussi trouver dans certaines de tes chansons des thèmes plus sociaux ou politiques. Par exemple dans Rien de neuf sous le soleil justement. En tant que jeune chanteur, comment envisages-tu ton rôle à ce niveau-là ?

Jali : C'est dingue ! Je n'avais jamais fait tous ces rapprochements entre mes chansons ! C'est en discutant avec toi que je me rends compte que des thèmes reviennent de façon récurrente dans mes textes. En première partie de Lavilliers, j'ai eu l'immense chance de chanter chaque soir devant plusieurs milliers de personnes. Et du coup, tu as intérêt à avoir quelque chose à dire. Dans mes chansons, je donne mon opinion mais mon rôle s’arrête là. Je ne veux pas être démago. Je donne mon analyse du monde à travers des métaphores musicales. J'assume ce parti pris.

Le premier album va sortir. Grosse angoisse ?

Jali : Oui, évidemment, j'ai les boules ! En même temps, c'est vraiment fantastique ce qui m'arrive. Il y a un certain engouement autour de ce que je fais et je suis très heureux d'avoir signé chez Barclay. Ce qui m'angoisse ce n'est pas de savoir si ça va marcher parce ca on ne peut pas le prédire. (Nous on vous le dit, ça va cartonner ! NDLR) mais c'est surtout de savoir si je vais arriver à faire l'album qui traduit le mieux mes envies, un album dont je serais fier dans 20 ans. Je travaille avec Jean-Louis Pierrot qui a réalisé notamment des albums pour Renan Luce ou Tété, beau gage de qualité mais je dois être à la hauteur !

Tu as beau être soutenu pour un des plus beaux labels en chanson française, miser sur la vente de disques de nos jours ce n'est pas un pari un peu fou ?

Jali : En parlant avec des gens qui sont dans la musique depuis longtemps, j'ai vraiment l'impression d'arriver à la fête quand tout se termine. Tu sais quand les verres ne se remplissent plus, qu'on range les tables et qu'on balaye par terre après avoir festoyé pendant des décennies. Mais je pense que c'est une période de transition. Il faut trouver un nouveau modèle économique. Les concerts fonctionnent mieux que jamais, mais il faut veiller à ce que les prix ne flambent pas trop. Ça doit rester des réjouissances abordables. Je n'ai pas envie de jouer seulement devant des nantis.

Par contre pour le cd, je ne pense pas que brader les prix soit une bonne solution. Maintenant que je côtoie de près tous les gens qui travaillent comme des dingues sur la réalisation d'un album, cela me déprimerait de voir mon album coûter à peine plus cher qu'un paquet de clopes. Mais pour faire comprendre ça au public, il faut aller vers eux, faire preuve de pédagogie et surtout leur donner envie d'acheter le disque pour sa valeur ajoutée de création humaine.

Entretien : François Colinet

Jali sera dans l'émission D6BELS on stage Spéciale Maurane ce jeudi 17 novembre vers 22h45