Eddy de Pretto : "J'ai toujours été en mode conquête !"

Eddy de Pretto : « J’ai toujours été en mode conquête ! »
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Eddy de Pretto : « J’ai toujours été en mode conquête ! » - © V. Ducard

Popularisé par son single "Fête de trop", Eddy De Pretto porte haut et fort les sons et les sujets de son époque. Son album "Cure" bouscule et cartonne. A voir absolument à Liège le 5 juillet, à Namur le 25 aout et à l’AB le 30 janvier 2019.

Il y a un an à peine, il ouvrait pour Tim Dup devant une salle clairsemée. Cette année, Les Nuits Botanique lui ont ouvert grand les portes d’un Chapiteau plein à craquer. L’histoire d’Eddy de Pretto est stratosphérique ! Le public adore sa dégaine improbable, son flow percutant. Mais adhère surtout à la pertinence de son propos, qui questionne avec brio les normes et les constructions identitaires de notre temps. Rencontre posée et souriante avec un homme qui crée dans la tension…

Quel regard portez-vous sur votre fulgurante ascension ?

Je ressens beaucoup de satisfaction, je suis ravi que ça ce soit passé aussi rapidement. On en rêve ! Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours eu envie de faire l’intéressant. Mais on ne s’attend jamais à ça évidemment ! Il y a eu quelques moments clés comme le passage dans l’émission "Quotidien" en France à la sortie de l’EP, puis les Victoires de la musique. Mais pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Je pense que c’est une question de propos qui font mouche à un moment donné. Il y a du travail, bien sûr mais il y a aussi une part de magie !

Vous enchaînez les concerts, passant par exemple de 40 à 1600 spectateurs au Botanique en un an seulement. Comment vous sentez-vous sur scène ?

J’adore l’interprétation, le côté orateur, le contact direct ! J’ai d’ailleurs commencé en faisant beaucoup de théâtre. On ne sait jamais si la synergie va prendre, si le coup de foudre va se passer. Chaque soir, il faut tout remettre un jeu, comme un rendez-vous, il faut être le plus beau, le meilleur, tenter d’attraper le public et essayer de rentrer avec eux le soir dans le lit !

Plus que le single "Fête de trop" qui vous a propulsé sur les ondes, c’est vos interrogations sur la virilité dans "Kid" qui nous ont personnellement percuté…

Dans ce texte, j’avais envie de parler de toute cette éducation que j’ai reçue, de ces figures viriles, des gars qui tenaient les murs de mon quartier. En bas de chez moi, il y avait peu de femmes. Il a fallu attendre jusqu’au Collège pour qu’il y ait des filles dans mon quotidien.

Il fallait être vaillant, compétent, sportif, à la recherche du résultat. Cette injonction à la virilité n’était  pas une souffrance mais une interrogation. Evidemment, je voulais me conformer, être dans la "vibe", mais tout le monde sentait que j’avais une sensibilité particulière. Je jour ou tu prends conscience de tout ça, tu dis "fuck" et tu écris des chansons…

Un sujet présent sur un autre morceau, "Quartier des lunes", aussi puissant qu’énigmatique…

En fait, je voulais mélanger des champs lexicaux paradoxaux mais souvent liés, celui de la colonisation, de la guerre et celui du corps de la femme, colonisé par l’homme de manière très frontale et très archaïque. La femme peut sortir de ça, mais en prenant des risques. Cette domination masculine était très présente dans les relations de mes parents. L’homme devait assumer son rôle protecteur mais en corollaire, était forcément dominateur.

L’exercice d’écriture est-il fluide ou compliqué pour vous ?

L’écriture est toujours lente, torturée, laborieuse. Je veux être le plus juste et le plus vrai dans ce que j’ai à raconter. J’aime le total, l’excès, creuser jusqu’au bout, je ne me suis pas préservé. Après, les gens peuvent y trouver un sens qui leur est propre.

L’album nous donne une impression de force et de tension, comme une énergie brute qui doit absolument sortir…

Travailler dans la tension, dans l’urgence je pense que cela m’est naturel. J’ai toujours été en mode conquête, à la recherche du résultat. Je garde des restes de mon éducation : "je n’ai pas mal, je n’ai pas peur", il fallait être brave. Cela m’aide. Même si je pense que je serai plus apaisé pour la suite…

Entretien : François Colinet

En concert : le 5 juillet aux Ardentes à Liège, le 25 aout aux Solidarités à Namur et le 31 janvier à l’Ancienne Belgique à Bruxelles.

Eddy de Pretto "Cure" (Initial/Universal)