Dour d'oreille : Roméo Elvis, bête de scène et scène bestiale

Roméo Elvis
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Roméo Elvis - © Emmanuelle Huyhn

Dimanche, avant de défaire les piquets de tente et ramener avec soi toute la poussière accumulée pendant ces quelques jours de festival, Dour nous propose encore quelques beaux concerts. Chronique de la mi-journée.

 

Le jour se lève sur la Plaine de la Machine à Feu et le site du festival ressemble à un décor de film post-apocalyptique. La veille, les vibrations sonores ont encore fait trembler toutes les tentes et ont porté les derniers fêtards jusqu’au petit matin. Des planches des chapiteaux émanent un parfum de vieux houblon et d’humidité, de quoi accueillir Nicolas Michaux et ses musiciens, qui ouvrent la scène de la Petite Maison dans la Prairie avec décalage et légèreté. Le Belge, qui était le chanteur d’Eté 67 s’est lancé en solo en 2013. Nicolas Michaux s’inspire de ses vagabondages pour offrir une pop très française, tantôt tirant du côté folk, tantôt côté rock. Le groupe propose une performance empruntée mais avec une belle énergie reposant sur les cordes, sensible et délicat comme un après-midi bucolique, ça tombe bien nous sommes dans la Petite Maison dans la Prairie.

 

Chassol est un compositeur français d’origine martiniquaise et c’est d’ailleurs sur l’île de ses ancêtres que l’homme nous donne rendez-vous avec “Big Sun”. Il harmonise les sons des extraits sonores et visuels recueillis à la Martinique et les retravaille avec son piano pour les pousser toujours plus loin, dans un concept qu’il a nommé ultrascore. Accompagné de son batteur, les images défilant derrière lui, cela ressemble aux performances musicales du début du siècle durant lesquelles des pianistes jouaient sur des films muets. Sauf qu’ici Chassol utilise les bruits des bandes vidéo pour en faire des mélodies : des cris d’oiseaux, des paroles en créole, des conversations, tout est habilement assemblé. Petit succès d’audience pour Chassol à Dour, où le public est venu relativement nombreux pour découvrir un show original, mais peut-être un peu trop sage.

 

Il fallait arriver tôt pour pour prétendre à apercevoir Roméo Elvis, le rappeur phénomène venu de Bruxelles accompagné du DJ Le Motel. Les deux ont débuté leur collaboration il y a un an et demi, durant lesquels ils ont enfanté deux EP : Morale et Morale 2. Ceux-ci ont littéralement propulsé Roméo sur le devant de la scène si bien qu’aujourd’hui, le jeune ucclois remplit une scène de Dour sans soucis et délivre par la même occasion une des plus chaudes performances du festival. Accompagné de son pote Swing de L’Or du Commun, Roméo Elvis s’échauffe gentiment en jouant avec le public et fait monter les collègues sur scène : Caballero, JeanJass, Lompal et compagnie. Il fait monter la température graduellement mais sûrement jusqu’à la canicule des vingt dernières minutes. Elvis est en transe et ruisselle littéralement, assénant ses rimes assassines, jusqu’à se jeter dans la foule avec son crocodile en plastique gonflable, sa mascotte qu’il n’oublie jamais. Roméo Elvis est une bête de scène.