Disquaire Day: "Le vinyle, c'est comme un bon vin"

Autrefois oublié dans un grenier poussiéreux ou cédé à vil prix, le vinyle est redevenu un objet tendance, recherché et... cher comme un "bon vin": les amateurs de raretés musicales ont rendez-vous chez leur disquaire samedi pour le 6e Disquaire Day.

Un bon Vin

En bon Bordelais, Frédéric Bousquet, disquaire itinérant ("Superlove Disc") installé cette semaine au Printemps de Bourges use de l'image viticole: "Un vinyle, c'est comme un bon vin, une belle bouteille, avec une belle étiquette. C'est une plaisir d'intérieur, un rituel..."

A l'ère de la dématérialisation et du streaming, beaucoup redécouvrent le plaisir de sortir un disque d'une pochette pour le poser sur une platine.

Même s'il reste marginal par rapport aux cd, le vinyle a progressé l'an dernier pour la "quatrième année consécutive", selon le Snep, principal syndicat des producteurs: avec 750.000 exemplaires vendus, ce format donné pour mort il y a dix ans représente aujourd'hui 2,3% du marché physique en volume.

Cette part est même plus importante, estime David Godevais, cheville ouvrière du "Disquaire Day", car ces chiffres n'intègrent pas les disquaires indépendants, chez qui le vinyle est roi. Les ventes seraient plutôt de l'ordre de "1,5 à 2 millions" d'unités par an, selon lui.

Un jeune public

Le vinyle séduit paradoxalement la génération ayant grandi à l'ère d'internet et du téléchargement illégal.

Entre 70 et 80% des acheteurs ont en effet entre 18 et 35 ans, selon David Godevais. "Ils n'étaient pas prêts à payer 1 euro pour un fichier mp3 mais sont prêts à dépenser 20 euros pour un disque car c'est quelque chose qui, à l'inverse d'un fichier, a une valeur, peut se transmettre", remarque-t-il.

De fait, dans la boutique éphémère de "Fred" à Bourges, les jeunes sont majoritaires devant les bacs. "Ils achètent beaucoup de musiques vintage, des années 70", remarque le disquaire. 

Cher vinyle

Face à cette demande forte, le prix des vinyles a nettement augmenté ces dernières années: il en coûte désormais souvent entre 20 et 25 euros pour un disque neuf, contre 15 euros il y a quelques années.

Le prix de fabrication d'un vinyle est "cinq fois plus cher" qu'un cd, justifie David Godevais. Une raison notamment: un processus de fabrication fait sur de vielles presses, sans automatisation, et sur des séries souvent courtes qui ne permettent pas de baisser les prix en jouant sur des volumes importants.

Un air de Noël

En attirant dans les boutiques un public plus large et moins spécialisé, le Disquaire Day est "une journée fondamentale" pour les professionnels: "C'est la plus grosse journée de l'année. En un jour, ils font pratiquement le chiffre d'affaires de la période des fêtes", relève David Godevais, qui dirige une structure regroupant et aidant les disquaires, le Calif (Club Action des labels indépendants).

Le "Disquaire Day" est, depuis 2011, la version française de l'opération "Record Store Day" née en 2008 aux Etats-Unis et aujourd'hui déclinée dans de nombreux pays.

En France, 230 disquaires indépendants participent cette année à l'opération. 

Metallica au Bataclan

Metallica est le parrain de l'édition 2016. En hommage aux victimes des attentats de Paris du 13 novembre, le groupe de heavy metal américain publie un album live enregistré en 2003 dans la salle de concert du Bataclan, dont les recettes seront versées à la Fondation de France.

Seulement un millier d'exemplaires de ce disque (uniquement disponible en cd paradoxalement) seront mis en vente chez les disquaires samedi.

Quelque 300 vinyles spéciaux ont par ailleurs été fabriqués pour cette journée, avec des rééditions ou des pièces rares signées David Bowie, Les Doors, Johnny Cash, Johnny Hallyday et bien d'autres.