Daran : " Je refuse d'aller chercher les applaudissements ! "

Daran : « Je refuse d’aller chercher les applaudissements ! »
Daran : « Je refuse d’aller chercher les applaudissements ! » - © Droits réservés

Découvert en 1994 avec son énorme tube "Dormir dehors", Daran a sorti l’an dernier "Endorphine", un magnifique album sans pause, énergique et concerné. Après Spa cet été, il le présentera le 3 décembre à la Maroquinerie de Paris dans le cadre du festival "Aurore Montréal".

Alors que la cinquième édition du festival "FrancoFaune" bat son plein pour l’instant,  on reste marqué par le spectacle "Le monde perdu" que Daran y a donné il y a deux ans. Un concert guitare/voix totalement dépouillé où ses chanson étaient illustrées par de superbes dessins en temps réel comme nous l'écrivions à l'époque.

Cet enchantement était une formidable parenthèse dans la discographie d’un amoureux du rock qui le fait rimer sous toutes ses coutures, comme sur "Endorphine", son dernier album. Neuf chansons qui s’enchainent d’une traite et qui dépeignent le cynisme de notre monde avec une ironie habillée d’une tendresse folle. Un disque essentiel dont il nous a parlé à Spa, juste avant de reprendre l’avion.

La force musicale et ironique de le de la chanson "Tout tout seul" nous a percuté dès la première écoute. Vous y décrivez un homme cynique qui a érigé l’égoïsme en valeur cardinale…

Daran : Le vecteur de l’ironie est parfois plus approprié pour faire passer un message. Certains peuvent hurler les choses à la face des gens de façon très efficace. Moi, j’ai besoin d'un peu de décalage. Chacun ses armes. Dans la vie, moi j’ai besoin de ça. On pense souvent que c’est une référence au nouveau leader de l’Amérique mais Pierre-Yves Lebert l’a écrite avant l’avènement de Donald Trump. J’adore son écriture, son approche. C’est l’homme qui m’a fait arrêter d’écrire. Il faut savoir s’incliner devant le génie ! D’ailleurs, grâce à lui, j’ai inversé mon processus. Maintenant, je pars de ses textes. Je les trouve inspirant pour y ajouter ma musique. Dans cet album, il y aussi deux textes de Erwan Le Berre du groupe belge Atomique DeLuxe.

Avec "Elle dit", la place de la religion dans notre quotidien est également questionnée…

Oui, parce que là c’est bon ! Ils nous font chier avec la religion, on est en régression complète !  Des fous de Dieu, il y en a toujours eu mais c’est vraiment trop ! J’espérais un retour aux lumières aux 21è siècle et c’est tout l’inverse. Trouvons un Dieu qui fout la paix aux gens. Merci de nous foutre la paix !

Pourquoi avoir décidé d’enchainer toutes les chansons de ce nouvel album sans temps mort ?

Je vois ce disque comme un album laboratoire un peu comme "Le petit peuple du bitume". Il est né d’un constat : un jour, sur scène, un morceau fonctionnait moins bien. On a donc travaillé une fin et le lendemain, le même morceau a marché du feu de Dieu ! En rentrant à l’hôtel, je me suis dit que c’était horrible de pouvoir, avec des ficelles, créer artificiellement l’ambiance.

J’ai paniqué ! Et depuis, je n’ai plus du tout envie d’aller chercher l’applaudissement. Il ne sera plus de mon fait. Les gens applaudissent quand ils veulent. Je perds peut être du public mais celui que j’ai est merveilleux car je lui sers d’abord la totalité de mes nouveaux morceaux. Ils sont obligés de faire un effort, un pas vers moi, ce qui amène une relation de scène très intéressante. Avec l’équipe aussi. Les musiciens et moi, on se connaît très bien depuis des années. J’ai du mal à faire autrement. Quand le cerveau n’intervient plus, que les gens voient tes failles grandes ouvertes, c’est là que cela devient bien.

Créez-vous en équipe ou en solo ?

Le labo, c’est mon studio où je fais tout, tout seul, enfermé. L’alternance entre la solitude complète du studio, puis la vie et le travail d’équipe sur scène me va très bien. En studio, je ne veux pas de regard extérieur. Cela m’est insupportable. Je ne peux pas montrer un truc qui n’est pas abouti parce que je peux tout changer jusqu’au dernier moment. Je suis un orfèvre, un psychopathe ! Par contre en mode tournée, je me nourri des autres avec grand plaisir. Passer du rapport humain zéro où je m’entends très bien avec les goélands et je suis un vrai ours, puis le retour à la scène, à la communion avec le public.

Le public attentif rentre dans votre nouvel album au complet mais attend aussi de jubiler sur "Dormir dehors" et quelques autres vieilleries. Quel regard portez-vous sur ces chansons anciennes ?

Un regard à la fois amusé et tendre. Je les aime et les assume sans souci parce que si les choses sont faites sincèrement elles vieillissent bien. À l’époque j’étais à fond, donc je les aime toujours et prends beaucoup de plaisir à les réarranger pour le public qui, visiblement ne s’en lasse pas !

Entretien : François Colinet

En concert : le 3 décembre à la Maroquinerie de Paris. Dans le cadre du festival " Aurore Montréal ".

Daran "Endorphine"

 

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