CMIREB 2009 / Finale / 1ère soirée / Vineta Sareika(Lettonie) / Choi Ye-Eun(Corée)

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Présentation des deux artistes selon leur CV et leur prestation en demi-finale; dès ce soir, entre minuit et une heure et demie (selon la longueur des prestations) mon commentaire sur la finale au bas de chaque présentation Vineta SAREIKA (23 ans) porte à la fois les couleurs de la Lettonie, sa patrie, mais aussi de la Chapelle  Musicale Reine Elisabeth où elle est  élève d'Augustin Dumay, membre du jury.

Présentation des deux artistes selon leur CV et leur prestation en demi-finale; dès ce soir, entre minuit et une heure et demie (selon la longueur des prestations) mon commentaire sur la finale au bas de chaque présentation

Vineta SAREIKA (23 ans) porte à la fois les couleurs de la Lettonie, sa patrie, mais aussi de la Chapelle  Musicale Reine Elisabeth où elle est  élève d'Augustin Dumay, membre du jury.

Comme beaucoup d’autres, dans ce concours, Vineta a commencé le violon à cinq ans.A huit ans, elle remportait déjà un 1er prix au concours "Jeunes Talents de Lettonie" à Riga. Elle est entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 2002, dans la classe de Gérard Poulet(autre membre du jury).Au palmarès des concours internationaux, elle se classe, 3ème, en 2003, à Markneukirchen (Allemagne), 1ère au "Vatelot- Rampal" à Paris, 1er Prix de chambre au Benedetto XIII, demi-finaliste du Concours Reine-Élisabeth en 2005. Elle a obtenu le diplôme du Conservatoire de Paris en 2006, terminant première, avec les félicitations du jury. Elle entre alors à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, dans la classe d’Augustin Dumay. Elle joue sur un violon de Mattio Gofriller (de 1690), prêté à la Fondation Reine Élisabeth.

Cette Lettone passée par l’Ecole française et vivant en Belgique porte un petit capital affectif supplémentaire, pour le public belge -comme la pianiste bulgare Plamena Mangova, autre élève de la Chapelle Musicale, qui termina à une brillante 2è place il y a 3 ans.

Appréciation en fonction des demi-finales.

Vineta Sareika a bluffé tout le monde, lors de la première après-midi des demi-finales, avec un récital époustouflant, commencé en fanfare par un inoubliable morceau imposé de Claude Ledoux. Se faire applaudir chaleureusement dans un morceau imposé, que le public redoute «austère»( et où chaque concurrent trouva à briller …ou pas), un premier bon point. Et une confirmation, tout au long du récital :une puissance, une perfection technique et un art de faire rebondir le divertimento de Stravinski, vibrer Ysaye ou briller, sans vulgarité, le rondo capriccioso de Saint Saens.

Un beau tempérament d’artiste, qui devrait briller aussi bien dans le concerto d’Elgar (qu’elle est seule à proposer) que dans le sonorité plus âpre d'une sonate de Janacek. Quant au concerto imposé (qu’elle aura le redoutable honneur de présenter en première mondiale), on a peu de craintes pour elle, au vu de la demi-finale.

(nb:voir aussi son interview téléchargeable sur l'onglet Reine Elisabeth du 17 mai)

COMMENTAIRE DE LA FINALE DE VINETA SAREIKA/

Vineta Sareika a confirmé dans sa finale en trois temps tout le bien qu'on pensait d'elle, en demi-finales  Ses qualités dominantes, maîtrise technique, clarté de la vision, capacité de la traduire musicalement et force psychique et physique au-dessus de la moyenne, l'ont bien aidée à proser un programme hors du commun, par la qualité et la quantité (1h45 sans faiblesse!)

CHOI, Ye-Eun, (Corée) dans ce genre de concours a un grand avantage, à qualités égales: elle n’a que 21 ans. Elle est parmi les plus jeunes des 12 finalistes et a déjà remporté plusieurs deuxièmes places, à des concours pour jeunes, le Tchaïkowski à 14 ans, le Léopold Mozart à 15 puis à Montréal. Mais surtout, elle est depuis cinq ans l’élève d’ Ana Chumachenko à Munich et a été repérée par Anne-Sophie Mutter : une bourse dans sa fondation et l’honneur de jouer avec la grande dame. Elle a une bonne expérience et de chambriste (elle a notamment joué avec Plamena Mangova à la Folle Journée…de Tokyo !) et de soliste (notamment avec Kent Nagano). Elle a déjà de nombreux engagements cette année pour jouer le concerto de Mendelsohn alors qu’elle présente en finale celui de Shostakovitch.
CHOI Ye-Eun, sur base des demi-finales
En finale, comme en demi-finale, elle a le double inconvénient de passer le premier jour, juste après une concurrente au tempérament très extraverti, Vineta Sareika. Or le charme de Ye-Eun Choi est plus intérieur, moins expansif. Son imposé de Ledoux, elle l’a chanté en douceur, dégageant des contrastes plus en souplesse. La sonate d’Ysaye intériorisée risque parfois la monotonie. Dans la 3è sonate de Beethoven, un mouvement lent d’un romantisme intimiste mais un finale un peu relâché. Le sommet de sa performance : dans son «A Paganini» de Schnittke, pas de virtuosité tapageuse mais une intensité qui vibre en restant fluide .Nous n’avons pas vécu son Mozart où le commentateur de Musique 3 parle de « grâce incarnée ».
Son programme de finale est un beau défi : sa sonate de Fauré permettra à son intériorité de rayonner. Le premier concerto de Shostakovich, plein de lyrisme et de rythme trépidant devrait nous permettre de découvrir, peut-être, une autre facette de son talent : l’allégresse. Avec l’instrument dont elle dispose, un Joseph Guadagnini, elle a de quoi se défendre
COMMENTAIRE DE LA FINALE DE CHOI YE-EUN
Tout avait très bien commencé pour la concurrente coréenne par la sonate n°1 de Gabriel Fauré exécutée comme une élégie aux couleurs sonores variées  tant dans l'aigu que dans le grave: du rythme, une  élégance de style non dépourvue de force.
Son imposé, fort différent de celui de Vineta Sareika avait une structure plus fluide, plus sensuelle aussi, comme si la partition n'était pas qu'un rébus à organiser avec force et intelligence:cette oeuvre cacophonique, -si elle est mal comprise- recèle des trésors de sombres rêveries, mises en valeur par Ye-Eun CHOI.
Les deux premières mouvements du  Concerto de Chostakovich, Nocturne et Scherzo, permettent à la concurrente de développer, en douceur et  vigueur alternées, avec une belle sonorité ample, cette oeuvre romantique et sarcastique à la fois. Puis vint la terrible Passacaille, dont la fin s'étire interminablement laissant manifestement l'orchestre perplexe, peinant à suivre des intentions de la concurrente de plus en plus confuse. Ce petit passage à vide serait passé inaperçu (du  grand public, pas du  jury), si le dernier mouvement, burlesque, pris sur un tempo trop rapide n'avait provoqué une brusque panne de Choi, s'interrompant  pour demander à l'orchestre de reprendre le mouvement au début. Et l'adorable concurrente de 21 ans conclut vaillamment son concerto avec un désespoir qui n'éclata qu'à la fin. La réaction de la salle, en empathie avec cette concurrente brillante, trahie par ses nerfs, tourna à l'ovation lorsque le chef d'orchestre, Gilbert Varga essayant paternellement de la consoler. Mais en finale d'un grand concours, c'est dur de rater, si près du but. On l'admire beaucoup, Ye -Eun Choi d'avoir eu le courage de recommencer et de terminer brillamment. Le jury lui, a ses critères, qui ne sont pas sentimentaux, vraisemblablement.

Christian Jade