"Closer" l'album culte de Joy Division fête ses 40 ans

Groupe mythique des années post-punk, Joy Division avait une relation particulière avec la Belgique. Musicale et sentimentale. En trois mois le groupe a donné deux concerts à La Raffinerie du Plan K, centre incontournable de la contre-culture des années 80. 

Le printemps 1980 est celui de tous les possibles pour Joy Division. Le groupe de Manchester, à la musique mélancolique et énervée, sort un premier album "Unknown pleasures" en juin 1979, encensé par la critique, suivi d'une tournée européenne de janvier à mai 80 et d'un deuxième album "Closer", enregistré en mars. Le groupe doit enchaîner avec une tournée américaine. L'histoire s'arrête le 18 mai 1980 avec le suicide de Ian Curtis. Le chanteur charismatique a 23 ans. Surmenage, maladie, nouvelle relation et combustion de son mariage auront eu raison de lui. 

 "une musique dansante aux accents gothiques"- le producteur Martin Hannett 

Aujourd'hui, la réédition de "Closer" permet de mesurer l'influence persistante de cette musique sombre et fantomatique dont les héritiers, revendiqués ou non, sont légion. D'Interpol aux jeunes Anglais de Working Men's Club, qui ne sortiront leur premier album qu'en octobre et traînent déjà cette encombrante comparaison.

4 images
Closer, le deuxième et dernier album de Joy Division, sorti il y a 40 ans. © Factory - Photo Bernard Pierre Wolff

C'est le second et dernier album du groupe de Manchester. Des morceaux à la beauté glacée et mélancolique due au rythme lent imposé par Martin Hannett pour le disque, mais qui gagnaient en puissance et en agressivité sur scène. Le design minimaliste des pochettes des deux albums, réalisé par Peter Saville, participe aussi au culte voué aujourd'hui au groupe. Avant sa mort, Ian Curtis et le groupe avaient choisi l'image de la pochette, une tombe d'un cimetière de Gènes. Le groupe et le label décideront de conserver cette image. 

"C'est le côté poignant de Closer, c'est le journal intime d'une dépression", décrypte Pierre-Frédéric Charpentier, auteur de "Joy Division, Sessions 1977-1981" (Editions Le Mot Et Le Reste).  Isolation, le titre le plus dansant, électro-pop, est un des textes les plus sombres qui soit. Et Love Will Tears Us Apart (L'amour nous mettra en pièces) est un texte déchirant sur l'impossibilité du choix amoureux".

A la sortie de "Closer", deux mois après la mort de Curtis, le NME, magazine musical britannique de référence, salue "le plus magnifique mémorial qu'un artiste populaire, post-Presley, puisse avoir".

Sous l'enveloppe cartonnée, le vinyle transparent proposé aujourd'hui pour marquer les 40 ans devrait ravir les collectionneurs. Les singles hors-album du groupe sont aussi réédités dont "Love Will Tear Us Apart", le classique indémodable de Joy Division sorti en juin 1980.

4 images
© Tous droits réservés
© Tous droits réservés

Bruxelles de mes amours

En octobre 1979 et en janvier 1980, Joy Division est en concert à La Raffinerie du Plan K, un nouveau centre de la contre-culture installé rue de Manchester (!) à Molenbeek et qui acquerra rapidement une renommée internationale. En octobre le jeune groupe partage l'affiche avec le pape de la contre-culture, William Burroughs. En janvier 80, Joy Division est en tête d'affiche, avec le groupe belge Digital Dance. C'est à Bruxelles aussi que Ian Curtis rencontrera la passion amoureuse. 

La "danse de la mouche morte" 

En live, la gestuelle de Ian Curtis est reconnaissable entre toutes. Comme s'il imitait une crise d'épilepsie. Ses bras "se mettaient à voler dans une courbe semi-circulaire et hypnotique" raconte le journaliste Jon Savage. L'épilepsie est précisément le mal qui le ronge et des crises surviennent également sur scène. 

Joy Division était sûrement voué à une longue carrière - les membres restant créeront New Order - mais la pression, indissociable de cette ascension fulgurante a eu raison du groupe. Joy Division n'a eu le temps que d'une seule apparition à la télé nationale, dans le Something Else Show de la BBC, en septembre 1979.