Clichés racistes et images d'archives dans le nouveau clip de JAY-Z

Quelques jours après avoir dévoilé son nouvel album, le rappeur JAY-Z a mis en ligne le clip "The Story of O.J.". Il s’agit de l’un des morceaux les plus engagés de son disque, dont le titre fait référence au footballeur noir américain O.J. Simpson, courtisé par les médias puis accusé de meurtre dans les années 1990.

Après quatre années d’absence, "4:44", le treizième album de JAY-Z bat son plein. À peine sorti, il s’est vendu à un million d’exemplaires et le rappeur New-Yorkais s’est vu récompensé d’un disque de platine.

Dans un clip animé en noir et blanc, JAY-Z prend les traits de Jaybo, un alter égo morose qui déambule dans les rues de Brooklyn. Au fil de la vidéo, des images s’entremêlent et nous plongent dans une multitude de références faites au passé sombre des Etats-Unis.

L’esthétique utilisée reprend de façon évidente les cartoons américains des années 1930 et 1940. Le graphisme se rapproche des univers de Disney, d'Universal et de Warner Bros, des studios d’animation qui ont longtemps mis en scène des personnages noirs totalement stéréotypés.

 

À ces figures fictionnelles se mêlent des réinterprétations d’archives historiques, mémoires de la traite des noirs aux Etats-Unis : des Africains dans des champs de coton, une vente d’esclaves ainsi que des membres du Klux Klux Klan.

On y aperçoit également des icônes de la lutte contre la ségrégation : Nina Simone, chanteuse et militante pour les droits civiques aux Etats-Unis, dont le morceau "Four Women" a été samplé pour le titre. Dans un autre plan, on peut y reconnaître les sportifs Tommie Smith et John Carlos le poing levé, une référence à la photographie prise lors des Jeux Olympiques de Mexico en 1968.

 

Le clip opère donc un mélange de cultures iconographiques américaines, oscillant entre des images puisées dans la fiction raciste et des traces d’une réalité, transformées en animation.

Ce mix entre l’innocence d’une forme cinématographique initialement destinée aux enfants et la cruauté de certaines scènes formule un discours porté vers un combat contre le racisme, dans un pays où les tensions raciales sont encore très présentes aujourd’hui.

JAY-Z remet en cause la tendance qu’a la suprématie blanche à placer les noirs dans des catégories, tel qu’il est chanté dans le refrain "rich nigga, poor nigga, house nigga" ("un noir riche, un noir pauvre, un esclave noir"), une tripartition archétypale autour de la figure noire. Il pointe également du doigt la quête incessante de l’argent, symbole de réussite dans ce monde capitaliste.

Un message engagé, que son épouse Beyoncé avait aussi mis en scène dans les clips de son dernier album, "Lemonade". Dans la vidéo de "Formation" notamment, elle rendait de nombreux hommages à l’activisme noir et revendiquait clairement son identité afro-américaine.

 

 

L’auteur du clip, Mark Romanek, avait déjà collaboré avec Jay-Z dans la réalisation des vidéos qui accompagnaient les titres "99 Problems" et "Picasso Baby".

Pour promouvoir ce nouvel album, JAY-Z, Sprint et TIDAL ont sorti un documentaire autour de la vie des afro-américains. Dans ce court-film, plusieurs personnalités sont interviewées comme Michael B. Jordan, Kendrick Lamar ou Will Smith.