Christophe Willem met le feu, sans artifice!

Christophe Willem
5 images
Christophe Willem - © photo: Leny Guetta

Son concert de novembre dernier fut un des meilleurs moments de notre vie musicale en 2012, séance de rattrapage chaudement recommandée le 18 mars à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Christophe Willem, avec ses sons electro complètement assumés, a transformé l'AB en une énorme boîte de nuit.

En toute simplicité : "Je suis avec trois musiciens sur scène, nous confie-t-il avec un énorme sourire collé sur le visage. Un batteur percussionniste, un guitariste qui passe aussi à la basse et une charmante claviériste qui s'occupe de toutes les machines. Contrairement à la tournée précédente, je n'ai pas voulu faire de grand show. On a tout misé sur la proximité et sur le son pop electro. Quand le son est bon, on n'a pas besoin d'artifices. J'ai voulu enlever les barrières entre le public et moi."
Pari gagné au-delà de toute espérance. On n'a jamais vu cette salle dans cet état de transe. Au point que personne n'a voulu bouger quand les lumières se sont allumées, criant à gorges déployées et espérant le retour du maître de cérémonie.

Faire évoluer la "variété"

On a du mal à croire qu'on assiste à un concert de variété française et pourtant : "C'est important de ne pas faire de concessions, insiste Christophe, On me dit souvent que je veux sonner anglais. Ce n'est pas vrai ! Je tiens à chanter en français sinon je ne passerais pas autant de temps sur les textes. Mais le terme de "variété" est très réducteur, on peut très bien chanter en français et mettre le paquet sur l'orchestration, les arrangements. On peut avoir plus que deux instruments ! Il y a juste "Falling" qui était en anglais. C'est un long morceau à part. On n'a pas besoin de comprendre les paroles pour être touché par l'émotion. Parfois le texte en français nous éloigne de la magie de la musique. Par ailleurs, tout l'album existe en version anglaise pour les régions non francophones. C'est un autre challenge de recréer ces chansons avec d'autres textes."

Christophe Willem a toujours assumé ses influences anglo-saxonnes et son envie de faire des disques avec un son très sophistiqué. Une expérience qu'il a poussée à l'extrême sur son deuxième album : "Caféine" était très décousu parce que j'avais été très loin dans la production. J'avoue que j'étais tiraillé entre l'envie de faire un disque très electro et la peur que, du coup il ne soit pas assez accessible. Je crois que celui-ci est plus abordable pour le grand public."

Un grand public qui avait surtout été marqué par le single "Berlin" et son côté hypnotique. "On a d'abord composé la musique et je trouvais dans le son quelque chose de décadent qui me faisait penser aux cabarets, aux bordels de l'après guerre. "Berlin m'appelle", c'est une référence à toutes ses tentations charnelles auxquelles cette ville permettait de succomber. J'adore chanter ce morceau sur scène, les gens sont vraiment à fond dedans !"

Amitié puissance Z

On se souvient que son premier album avait été réalisé avec la complicité de Zazie, dont il reparle toujours volontiers : "Zazie est humainement incroyable et a une écriture sublime. Je pense que l'on retravaillera ensemble un jour mais on doit être disponibles plusieurs mois tous les deux, ce qui n'est pas facile vu nos agendas de tournée etc."

En attendant, il a trouvé en Zaho une autre complice qui lui a écrit plusieurs textes sur ce troisième disque, ce qui n'est pas chose aisée. "Je dois être un minimum ami avec les gens, avoue-t- il, ils doivent savoir ce qui se passe dans ma vie pour pouvoir m'écrire des chansons. Savoir s'imaginer ce que je pense, ce que je ressens. C'est donc assez rare mais c'est le cas avec Zaho qui a une écriture très fine avec en plus le côté gimmick, ce qui n'est vraiment pas simple à faire. Il y a toujours deux lectures. Un" première qui peut paraître "easy listening" mais en fait, il y a toujours du fond. Il faut vraiment que tout le monde soit unanime sur un texte pour que je le garde !"

Unanime sur le spectacle, le public de l'AB l'était assurément. Au point de le faire revenir dans la même salle, le 18 mars prochain. Si vous avez envie de danser entre amis et de vous laisser aller à crier dans une ambiance bon enfant, vous savez ce qui vous reste à faire !
 

 

François Colinet
 

Christophe Willem : Si mes larmes tombent

Christophe Willem - "Prismophonic" (Columbia / Sony)

Impossible de ne pas se trémousser dès les premiers morceaux ("Starlight" et "Cool") tellement les nappes de synthés et les boîtes à rythmes sont efficaces. La démonstration est faite que la langue française n'est pas incompatible avec l'électro, au contraire ! Tout l'album ne garde pas la même intensité (on est nettement moins friand de son côté "chanteur à fleur de peau" sur le single "Si mes larmes tombent" ou du rap binaire sur "indélébile") mais l'ensemble est vraiment chouette, et la fin sur "Falling", en contraste, réussi. De quoi (re)découvrir Willem avec enthousiasme ! FC

Et aussi