Chez Témé Tan, l'interview indiscrète

Témé Tan
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Témé Tan - © MIKOMIKOSTUDIO-144

Son premier album est sorti en octobre dernier mais Témé Tan, Tanguy Haesevoets de son vrai nom, se faisait entendre depuis un petit moment déjà. Ou "essayait", comme dit ce garçon qui n’aime rien tant que sortir de sa zone de confort. Et qui clôturait l’année avec un EP sur lequel figurent un inédit (Bara, enregistré à Conakry) et trois remixes de Ça va pas la tête ? (par son pote Noza, Marc Mélia et le collectif panafricain Batuk). Ce même titre est sélectionné dans la shortlist du jeu Fifa 18 ! Cerise sur le gâteau : Tanguy, déjà remarqué par Gilles Peterson, Elton John et la critique française, s'est offert quatre nominations aux D6bels Awards. Le verdict, rendu le 26 janvier, l'a sacré meilleur musicien selon les votes du secteur. Une bonne raison pour aller farfouiller dans ses objets précieux...

Un dictaphone

Chanter en français est important pour moi parce que je veux vraiment raconter des histoires, faire passer des messages et des images. J’ai souvent envie de parler des expériences et des rencontres que j’ai eu la chance de vivre. C’est important que les gens me comprennent. Au-delà de ça, je trouve que c’est plus sincère et direct de parler dans la langue dans laquelle je m’exprime 80 % du temps. Et puis, vu que l’argot et le français évoluent tout le temps, c’est aussi une manière de rester le plus en phase possible, de pouvoir refléter l’époque dans laquelle je vis, d’être le plus présent possible.

Dès lors, ce dictaphone est vraiment mon carnet de notes. Et en même temps, c’est un instrument, parce que j’utilise souvent des sons que j’ai enregistrés en voyage, en déplacement, pour habiller mes productions, les arrangements des morceaux. Là où quelqu’un va peut-être mettre une piste de guitare, je vais peut-être ajouter une piste de chants d’enfants que j’ai captés pendant un voyage.

Auparavant, j’avais sorti un long EP, sur un label avec lequel ça s’est assez mal passé : je n’ai eu aucun retour. En 2015, j’ai sorti ce 45T aidé par Xavier Daive de l’Atelier 210 et ce morceau a vraiment trouvé sa place, auprès du public, d’une première radio – Radio Nova –, et c’est un peu là que ça a commencé…

Le 45t d'Amethys

Améthys, c’est aussi un hommage à ma mère. Outre le fait que j’y suis né, que j’y ai grandi et que ma famille est à la fois belge et congolaise, mon lien direct avec le Congo, c’était ma grand-mère et ma mère. Elle m’a légué beaucoup, par rapport à cette culture, à mon pays d’origine. Le lien, c’est aussi l’esprit débrouille. Le système K, comme on dit, le système Kinshasa. C’est vrai que je fais tout avec des bouts de ficelle : mes clips, les enregistrements, … Je tiens ça peut-être de ces nouveaux artistes de la scène congolaise qu’on retrouve sur les compilations Congotronics : Konono N°1, Staff Benda Bilili… Des gens qui font une musique puissante avec des objets de récup.

Un vieux sampleur et une loop station

Le Dr Sample de Boss est assez compact et me permet par exemple d’utiliser des sons que j’ai captés dans mon dictaphone, de les modifier, les mettre en boucle éventuellement, changer leur tonalité, les utiliser pour créer des rythmiques. Je me frappe le torse, et ça peut devenir une grosse caisse !

Avec la loop station, à laquelle je connecte mon micro ou une guitare, je crée des boucles, comme son nom l’indique, ou même des polyphonies.

Je peux construire une chorale rien qu’à partir de ma voix. C’est aussi une économie. Sur scène, j’enregistre une piste de guitare, elle continue à tourner, et par-dessus, je peux chanter, m’occuper d’autre chose. Ça permet d’être seul sur scène, et d’accepter beaucoup plus facilement des concerts à l’improviste de manière spontanée, je n’ai pas à voir avec l’agenda d’un groupe.

J’accorde vraiment autant d’importance aux sons qu’aux mots. Même s’il y a beaucoup de gens qui doivent considérer que certains de mes textes sont hyper minimalistes, et hyper naïfs.

Prochains concerts

Témé Tan sera en concert le 15 février à Lille, le 29 avril au Botanique à Bruxelles et le 9 mai à l'Eden à Charleroi.

Plus d'infos sur sa page Facebook.

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