Chance : Au petit bonheur

Chance
2 images
Chance - © Tous droits réservés

Révélé en 2014 avec un premier album qui mariait son amour de la pop à une variété française de qualité, Antoine Chance n’a écouté que son instinct pour envisager une suite radicalement différente. Libéré des formats, le garçon efface son prénom et découvre un nouveau terrain de jeu musical rétrofuturiste où il est libre d’assouvir tous ses fantasmes. Lancé par Si Vivante, un premier single à l’électro minimaliste, son nouvel album attendu pour la rentrée s’annonce bluffant. Lucky guy...

Succès radio avec le single Fou, tournée à rallonge, "Artiste de l’année" aux Octaves de La Musique... Comment êtes-vous ressorti des aventures qui ont accompagné la sortie de votre premier album en 2014?

Antoine Chance: Pour un coup d’essai, je me dis que c’était plutôt réussi. Moi qui manquais de confiance en moi, j’ai eu, pardonnez le mot, la " chance " d’être bien entouré. Ce premier album a été réalisé à Paris avec Renaud Letang (producteur pour Feist, Souchon, Raphael, Manu Chao- ndlr), garant d’une certaine éthique en chanson française. Sur scène, ce fut assez euphorique également. Alors que je suis de nature casanière, je me suis complètement libéré au contact du public et des musiciens qui m’ont accompagné.
 

Vous avez décidé de quitter Universal Music alors que vous aviez un contrat pour trois albums. Pour quelle raison?

Les choses se sont faites de manière très naturelle. Sur un deuxième album, on a forcément envie de s’assumer davantage. Je voulais être plus impliqué dans l’écriture des textes et privilégier les premières impulsions sans forcément susciter les avis de cinquante personnes autour de moi au risque de me perdre. En novembre 2016, il y a un déclic alors que je termine la tournée au Québec. Dans le quartier Saint-Denis à Montréal, je découvre un magasin qui vend plein de claviers. Une vraie caverne d’Ali Baba ! J’ai bricolé quelques chansons avec ces machines et j’ai mixé quatre titres dans les studios de Remy Lebbos à Bruxelles. Le résultat était très brut mais il me plaisait. J’ai envoyé les maquettes à mon label. La réponse s’est fait attendre, ce qui n’est jamais bon signe. Puis elle est tombée : C’est super, mais ce n’est pas pour nous, tu seras plus heureux chez les indépendants. On s’est dit au revoir en copains. Je n’étais pas pour autant découragé. Je sentais que je tenais un truc et j’avais envie d’aller plus loin.
 

Quelles règles vous êtes-vous fixées pour ce deuxième album?

Au moment où je quitte Universal, je rencontre Carl Roosens (de Carl et Les hommes- boîtes - ndlr) et Noza. Ils aiment mes nouvelles chansons et je me rends compte que nous parlons le même langage. Carl et Noza sont tous les deux dans une démarche artisanale qui m’a séduite. Pour mon nouvel album, j’ai réduit les outils de travail et les collaborations extérieures. Pour les textes, chantés en français, j’ai donné des thèmes très précis aux auteurs et je me suis davantage investi dans l’écriture. Avec Noza, nous avons privilégié les boucles électro et le piano, qui est le premier instrument sur lequel j’ai commencé à faire de la musique à l’âge de cinq ans. Il n’y a pratiquement pas de guitare. J’avais envie d’un disque dynamique qui soit à la fois futuriste mais qui s’appuie aussi sur des mélodies et des éléments vintage.


Entre Fou qui est sorti en 2014 et 2018, la manière de créer de la musique et de l’écouter a complètement changé. Comment voyez-vous cette évolution?

Elle me plaît. Je trouve qu’on revient à la liberté des années 60 où les artistes ne se souciaient pas des formats. Les Beatles et les Beach Boys étaient capables de composer des superbes chansons pop mais ils expérimentaient aussi beaucoup sans le moindre calcul. Le studio était leur laboratoire. Ils faisaient ce qu’ils voulaient. Personnellement, je ne me suis jamais senti aussi libre qu’aujourd’hui. La grosse différence avec mon premier disque, c’est que je ne suis plus à l’affut de la perfection ou de ce qui va plaire.


Les Beatles avaient Abbey Road. Et vous, il est où votre laboratoire?

C’est l’Automne, un bâtiment situé rue de l’Automne dans la commune d’Ixelles, à Bruxelles. J’occupe une petite pièce. J’y ai mis un piano désaccordé qui m’a été donné par un prof de gym, un canapé, des claviers. Beaucoup de mes nouvelles chansons sont nées là. À côté, Dan des Vismets travaille sur un nouveau projet. Girls In Hawaii est venu bosser sur un clip. Il y a des dessinateurs, des vidéastes et des réalisateurs qui ont leur atelier. Il y a une chanson sur mon nouvel album que j’ai écrite sur la base d’images et de dessins que m’a montrées l’illustrateur Adrien Derez qui bosse aussi à l’Automne. Nous avons un projet de court métrage ensemble sur une musique coécrite avec Craig Walker du groupe Archive. Ce lieu est hyper stimulant pour la création et l’échange. L’Automne m’a permis de trouver une nouvelle identité.


Vous avez l’impression de repartir de zéro?

Oui et non. Je reste très fier de tout ce qu’il m’a été permis de réaliser avec mon premier album Fou. Sans cette expérience, je ne serais pas là aujourd’hui. Mais ce deuxième disque est un nouveau départ car je montre ma vraie facette : visuellement, musicalement et dans l’écriture avec des textes pour lesquels j’ai collaboré avec Carl mais aussi Veence Hanao. Mon identité est plus affirmée. On n’est pas obligé d’avoir aimé Fou pour prendre du plaisir à écouter ce nouvel album. Mais ça me plairait bien sûr que le public m’ayant découvert avec Fou me suive encore aujourd’hui. Avez-vous déjà testé vos nouvelles chansons en live? Au hasard d’une rencontre, je me suis retrouvé à l’affiche du Off au dernier Festival d’Avignon qui s’est tenu en juillet dernier. J’ai donné vingt concerts dans une salle d’une capacité de 50 places. Parfois je jouais devant dix personnes, parfois c’était plein. J’avais construit un meuble qui cachait mes machines. Je proposais essentiellement des nouveaux titres. J’ai éprouvé une satisfaction énorme. Tous les derniers doutes que j’avais se sont dissipés. Dans la foulée de mon nouveau single Si Vivante, j’ai prévu des concerts même si l’album viendra plus tard, probablement à la rentrée. Antoine Chance est devenu Chance. Pourquoi ? À l’image de mon nouvel album, je veux montrer que je vais à l’essentiel. J’ai gardé le nom Chance. Je n’ai plus de manager, plus de firme de disques (une signature avec le label PIAS était en discussion au moment de réaliser cette interview le 1er février dernier - ndlr), j’ai la boule à zéro, j’ai arrêté l’alcool et je ne mange plus de viande. Je deviens presque comme Sting...

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n°27 de Larsen est en ligne ou dans divers dépôts.