Catherine Graindorge : Relation longue distance

Catherine Graindorge : Relation longue distance
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Catherine Graindorge : Relation longue distance - © Michel Masquelier

Violoniste du groupe Nox, Catherine Graindorge a joué dans Venus avec Marc A. Huyghens et participé au Détroit de Pascal Humbert et Bertrand Cantat. Aperçue sur scène en présence de John Parish, elle opère également en solitaire. Entre un premier album solo et quelques bandes originales pour l’industrie du cinéma, elle s’associe à Hugo Race pour esquisser les chansons de Long Distance Operators, effort collaboratif dont la beauté tient autant au timbre bouleversant de l’Australien qu’aux frottements d’un archet parfaitement maîtrisé.

Pour le moins atypique, la trajectoire musicale de Catherine Graindorge prend racine à Bruxelles où, dès le plus jeune âge, elle entame une formation classique. Entre solfège et cours de violon à l’académie, la musicienne se perfectionne au contact d’une prof polonaise qui pousse l’élève à entrer au conservatoire. Mais à dix-huit ans, la perspective de faire carrière dans la musique classique m’angoissait. S’en tenir religieusement aux partitions, ça ne me correspondait pas vraiment. J’ai donc coupé la poire en deux en optant pour musicologie à l’ULB. Mais ces études, c’est tout... sauf l’apprentissage de la vie ! J’ai alors bifurqué vers l’IAD section théâtre. En sortant de là, j’ai joué dans une pièce où on m’a demandé de jouer du violon. De fil en aiguille, l’envie de revenir à mon instrument de prédilection est revenue. J’avais besoin d’un incitant.

 

Impliquée dans les idées originales de Nox, trois lettres derrière lesquelles se cache un trio violon-basse-batterie, l’artiste s’échappe en solitaire dès 2010. Le déclencheur ? C’est Animal, une création collective mise en scène par Virginie Thirion autour de Pietro Pizzuti pour laquelle j’ai composé les morceaux qui allaient structurer les bases de mon premier album (The Secret of us All). Les morceaux du récent Long Distance Operators s’inscrivent eux dans le prolongement d’une relation amicale avec Hugo Race, artiste aperçu avec Nick Cave aux premières heures des Bad Seeds, mais aussi en solo, en groupe (DirtMusic) ou en compagnie de valeureux touaregs (Tamikrest). Je l’ai rencontré via Facebook. Un jour, je lui ai envoyé un lien vidéo d’une de mes compos. Il m’a répondu : Super. On devrait jouer ensemble ! J’ai sauté sur l’occasion !

Octobre 2011. De passage à Bruxelles, l’Australien enregistre deux morceaux avec la violoniste. Catherine et Hugo entament alors une partie de ping-pong à distance. Entre Bruxelles et Melbourne. Les échanges sont lointains, mais toujours soutenus. En moyenne, on se voyait deux fois par an. À l’été 2013, le duo se retrouve sous le ciel d’Italie où il met en boîte ce qui ressemble de plus en plus à un véritable album. En novembre 2015, Long Distance Operators est offciellement achevé. Pourquoi sort-il seulement aujourd’hui ? Parce qu’Hugo a beaucoup de projets sur le feu. Tous les gens qui connaissent Hugo Race disent que c’est très différent de ce qu’il fait habituellement. Sans doute parce qu’il est parti de mon univers pour écrire les textes. Pour moi, Long Distance Operators est un disque métaphysique. Il est porté vers les cieux, les mystères de l’existence. Il parle de l’immortalité, des liens de fraternité, de la perte, de l’amour : des thèmes qui me sont proches et qui résonnent aussi chez Hugo Race. Sombre, mélancolique, la voix de baryton de l’Australien s’élève par-dessus le violon pour libérer des émotions intenses, des chansons lourdes de sens. La grande classe.

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