Boubacar Traoré donne de nouvelles couleurs à son blues malien

"Mbalimaou", de Boubacar Traoré
"Mbalimaou", de Boubacar Traoré - © ©All Rights Reserved

Le chanteur-guitariste malien Boubacar Traoré publie à 72 ans "Mbalimaou" ("Mes Frères"), un nouveau disque où ses chansons, toujours pleines de mélancolie, prennent de nouvelles couleurs avec des instruments inhabituels pour lui.

Boubacar Traoré, qui sera en concert au Théâtre de la Ville à Paris vendredi, puis du 10 au 12 février au Havre, a enregistré cet album à Bamako, où il mène une existence humble et paisible.

L'harmoniciste Vincent Bucher, qui a assimilé les idiomes ouest-africains en accompagnant déjà Lobi Traoré, Henri Dikongué ou Tao Ravao, y glisse une nouvelle fois les notes joyeuses de son instrument, qui viennent égayer le blues en bambara de Boubacar Traoré.

L'utilisation de nouveaux instruments comme la kora, le n'goni, le sokou (violon monocorde), et les rythmes distillés par le batteur-percussionniste guyanais Fabrice Thompson, donnent de nouvelles couleurs à ses chansons.

Cette mélancolie qui accompagne "Kar Kar", son surnom, est née des épreuves qu'il a traversées.

Elevé au rang de vedette dans les années 60, où il devient une sorte de porte-parole du régime socialiste, incitant à travers des chansons comme "Mali Twist" ou "Kayeba" le peuple malien à reconstruire le pays, il sera taxé de propagandiste à la chute du régime de Modibo Keita en 1968.

Il tombe dans l'oubli, exerce divers métiers (tailleur, commerçant...) à Kayes, sa ville d'origine.

Alors que semble s'amorcer un retour en grâce, lorsqu'en 1987 il est invité en direct à la télévision malienne, le destin le frappe à nouveau: sa femme Pierrette décède en couches en 1989. Il s'exile en France, travaille dans le bâtiment. Dans cette période sombre, il joue néanmoins le week-end dans les foyers de travailleurs maliens.

Grâce à la ténacité d'un producteur anglais qui le remarque, son tout premier album, "Mariama", sort enfin en 1990, en Angleterre.

Ce musicien au visage buriné surmonté d'une éternelle casquette d'ouvrier en a publié sept depuis, et n'a plus jamais disparu, même s'il vit discrètement son succès.

 

AFP Relax News