Booba, roi du clash

Christophe Bourdon a suivi le match Luz/Booba
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Christophe Bourdon a suivi le match Luz/Booba - © RTBF

Le rappeur Booba a fait couler beaucoup d'encre suite à son clash avec Luz, le dessinateur de Charlie Hebdo. L'artiste n'en est pas à son coup d'essai en matière d'attaque virulente. Et nous avons découvert qu'il avait eu maille à partir avec deux personnalités bien de chez nous. Révélation...

C'est l'affaire du moment. Dans une interview au Parisien, Booba déclare que l'équipe de Charlie Hebdo a cherché les problèmes en s'attaquant à l'Islam, et il conclut d'un cinglant " Quand on joue avec le feu, on se brûle ". Le dessinateur Luz lui répond alors en le caricaturant en adepte de la gonflette doté d'un micro-pénis.

Booba réplique par une autre caricature de lui-même, et se dessine avec un sexe énorme plongé dans la bouche d'un homme.

Puis Luz en remet une couche, en caricaturant à nouveau le rappeur.

Au train où vont les choses, nous aurons donc prochainement droit à un nouveau dessin fait par Booba, où il se représentera nu dans un char, en train de foncer sur Luz, avec son sexe en forme de canon tirant des obus. Puis Luz répliquera par un nouveau dessin de Booba. Puis Booba fera un nouveau dessin de Booba. Puis Luz fera un nouveau dessin de Booba. Puis Booba fera un nouveau dessin de Booba. Et tout se terminera par un album cartonné vendu dans toutes les FNAC.

Mais que faut-il retenir de toute cette affaire ? Deux leçons importantes.

 

Première leçon : Booba dessine comme un enfant de six ans. Ce qui est plutôt à son avantage, puisque cela prouve qu'il sait ce qu'est un crayon. Même s'il n'a visiblement pas encore appris à le tenir correctement. Par contre, c'est un peu la honte de découvrir qu'en 2015, il utilise des feuilles de papier lignées. Du papier, quoi ! En 2015 ! Oh le ringard...


Deuxième leçon : Booba aime enfoncer son sexe dans la bouche d'un homme, tout en soulevant un haltère et en encourageant par son tatouage la pratique des rapports sexuels avec une maman (" Nik ta mère ", du verbe Niker : faire l'amour avec des baskets hors de prix). On peut donc en déduire que Booba est un homme à la personnalité riche et complexe, à la fois attiré par les hommes et par leurs mamans. On notera également que Booba signe son oeuvre picturale d'un " B2O ", soit la formule chimique du Biodiesel, qui permet de transformer le gras (huile végétale ou animale) en biocarburant. Il faut évidemment y voir un lien direct avec sa pratique de la musculation, mais aussi un plaidoyer subtil pour les énergies renouvelables.

Bref, on peut le dire sans se tromper : Booba est un homosexuel écologiste œdipien.

 

BOOBA VS. LUC ET JEAN-PIERRE DARDENNE

 

Cela dit, l'artiste n'en est pas à son premier conflit.

 

Booba est un grand cinéphile, qui aime truffer les paroles de ses chansons de références cinématographiques pointues. Ainsi, dans " LVMH ", extraite de son dernier album " D.U.C ", il chante notamment " Je suis sous ton balcon comme Val Kilmer ". Un bel hommage à l'inoubliable acteur du film " The Doors " d'Oliver Stone. Même si on ne peut s'empêcher de penser (ce que lui arrive très bien à faire) que Booba devait être dans le même état qu'Oliver au moment d'écrire ces paroles, puisqu'on ne sait toujours pas le rapport qu'il y a entre Val Kilmer et être sous un balcon.

 

Toujours dans " LVHM ", un autre hommage, tout aussi poignant, mais un peu plus surprenant, est également rendu à une actrice française... Mimie Mathy ! Booba lui déclare en effet sa flamme en lui chantant " J'te la mets jusqu'à la ge-gor comme si j'baisais Mimie Mathy "

Gageons que la comédienne appréciera à sa juste valeur cet élan du cœur d'un rappeur finalement plus romantique qu'il ne le laisse paraître.

 

Toujours est-il que dans les références moins connues du rappeur, on trouve... les Frères Dardenne ! Eh oui, Booba est un fan absolu de leur cinéma, n'hésitant pas à surnommer le duo de " Spike et Lee du cinéma belge ". Et il les a contactés pour qu'ils réalisent le clip de sa chanson " Billets violets ", extraite de son dernier album.

 

De leur côté, Luc et Jean-Pierre étaient plus que partants. Les deux réalisateurs sont également des grands admirateurs du rappeur, dont ils possèdent tous les albums. Ils diffusent régulièrement des morceaux à fond la caisse sur leurs plateaux de tournage, pour mettre leurs acteurs en condition, en leur criant " Ça, c'est de la bombe, bébé ! Who is the house ? Booba ! Yeah, nigga ! ".

 

Bref, tous les éléments étaient réunis pour donner naissance à une belle collaboration. Mais il n'en sera rien...

Flashback. Nous sommes en janvier. Les réalisateurs et le rappeur se rencontrent à Seraing, au café " Le cockerill ". C'est là que le fameux clash va avoir lieu.

 

A peine assis, Luc et Jean-Pierre disent à Booba : " Bon. On te met une pression ? "

Le rappeur bondit de sa chaise et crie, en pointant un doigt rageur vers les Frères : " Personne me met la pression, tu m'entends, gros ? Je suis Booba ! Je nik ta mère, Luc ! Et la tienne aussi, Jean-Pierre ! ".
Il sort furieux du café. Les Dardenne recevront quelques jours plus tard un dessin fait par Booba, où il s'est représenté en train de faire de la musculation avec une Palme d'Or à la place de l'haltère, et avec deux longs pénis qui descendent entre ses jambes pour finir dans la bouche des deux auteurs de Rosetta.

 

Une fois de plus, l'artiste a réussi à exprimer avec nuance et intelligence sa colère et sa déception.

 

Quant au clip de " Billet violets ", Booba opte finalement pour une autre mise en scène qui, n'ayons pas peur des mots, est au clip vidéo ce que Citizen Kane est au cinéma. On y voit en effet le rappeur à contre-jour sur une plage avec un coucher de soleil au loin. Une idée révolutionnaire, jamais vue jusque là. Et le clip touche au génie absolu quand, vers la fin, on voit dans la silhouette de Booba des images d'une cascade d'eau, de palmiers et de dauphins.

On regrette malgré tout que l'alliance Dardenne-Booba ne se soit pas concrétisée, tant on aurait aimé voir les Frères mettre en images ces paroles délicates et édifiantes du poète urbain : " J'ai petit selfie de la chatte à ta soeur. J'ai sombre selfie de ta grand mère aussi. Ne deviens pas mafieux qui mange cannelloni ".

 

Qui sait ? Ils seraient peut-être même parvenus à lui faire rajouter les articles définis et indéfinis manquants.

Un beau gâchis, assurément...



Christophe Bourdon

 

(Ndr Il va de soi que Christophe Bourdon a de nouveau fait preuve d'une imagination sans bornes quand il imagine un dialogue artistico-non-constructif entre une star du rap, et des réalisateurs couronnés de la Palme d'or. Et il est d'autant plus clair que les propos qu'il tient sur la dite star du rap n'engagent que lui..)