Bons beats d'Europe : la musique électro choque New York

Des dizaines de milliers de festivaliers sont descendus sur New York pour le festival Electric Zoo
Des dizaines de milliers de festivaliers sont descendus sur New York pour le festival Electric Zoo - © Onfokus/Istock.com

A cheval sur des poulets gonflables, en maillot de bain ou sous des perruques colorées, des dizaines de milliers de festivaliers sont descendus sur New York pour le festival Electric Zoo, signe que la musique électro, longtemps plus populaire en Europe, reprend du rythme dans son berceau américain.

De la techno à la house, la musique électronique est née aux Etats-Unis mais c'est en Europe qu'elle a pris du galon. Les temps semblent pourtant changer. A l'image des plus de 80.000 personnes venues danser pendant ce festival de trois jours sur l'île de Randall, à Manhattan, les DJ du monde entier sentent un nouvel appétit aux Etats-Unis pour une culture électro à l'européenne.

Mi-Star Wars, mi-éléphant, une immense structure dotée de deux défenses a dominé la scène principale de l'Electric Zoo, où se produisaient les têtes d'affiche comme le Français DJ Snake, le Canadien Deadmau5 et son electro-house ou les Britanniques Above & Beyond.

En vendant tous ses abonnements pour les trois jours et avec une soirée à guichets fermés le samedi, Electric Zoo a confirmé son succès pour sa neuvième édition. La clé de sa réussite? Etre allé chercher au-delà de la dance, vers des sphères plus pointues.

Grand nom de la trance, le Néerlandais Armin van Buuren perçoit des différences dans les goûts des deux côtés de l'Atlantique : les Américains sont ainsi plus adeptes que les Européens du trap, un dérivé du hip-hop.

Mais les contrastes s'estompent, estime le DJ, qui a rempli en mai à deux reprises le stade Amsterdam Arena et ses 54.000 places.

"Particulièrement avec internet aujourd'hui, tout devient de plus en plus mondialisé, Spotify servant finalement de service sans frontières", dit à l'AFP Armin van Buuren à propos de la grande plateforme d'écoute de musique en ligne.

Pour l'Allemand Paul Kalkbrenner, poids lourd de la techno — un genre né à Détroit, ville industrielle du nord des Etats-Unis et qui règne aujourd'hui en maître sur les clubs de l'Europe du Nord —, seules Montréal et New York partagent en Amérique du Nord le même goût pour la musique électronique underground.

"Ce sont deux villes qui ont tellement d'influences européennes et internationales que la foule l'apprécie presque autant qu'en Europe", explique-t-il à l'AFP.

'A la recherche d'expériences'

Préparant une tournée américaine pour présenter sa compilation "Back to the Future", qui explore les racines de la techno, Paul Kalkbrenner estime qu'ailleurs en Amérique du Nord, le rock, le rap ou la country dominent tellement qu'il est "beaucoup plus difficile" de voir émerger une véritable scène électro.

Et même à New York, où est elle bien vivante, une chose notable différencie la "ville qui ne dort jamais" de ses cousines européennes : les boîtes de nuit s'y font rares.

Frappés par des loyers exorbitants, menacés par des goûts changeants, il n'existe plus aujourd'hui qu'une poignée de clubs new-yorkais dévoués à la musique électronique.

L'optimisme reste toutefois de mise pour Michael Julian, qui supervise les ventes d'Electric Zoo en sa qualité de responsable marketing chez Made Event, promoteur du festival.

"Les jeunes d'aujourd'hui veulent trouver un endroit où il peuvent vivre une expérience : un festival ou un lieu en plein air où ils peuvent voir le coucher du soleil, ou un entrepôt industriel cool", poursuit-il. "Donc les goûts changent mais le public est toujours là."

Venus des Pays-bas pour Electric Zoo, les organisateurs d'Awakenings, promoteurs notamment d'un grand festival néerlandais de techno, détectent, eux, un changement radical dans les goûts américains. Si l'Amérique latine a toujours eu un penchant pour la techno, la poussée aux Etats-Unis est particulièrement frappante, selon Maarten van Beusekom, l'un de ses responsables.

"Les Etats-Unis ont suivi, mais ils ont suivi vraiment rapidement", explique-t-il. "Je ne dirais pas que c'est devenu grand public mais ça sort maintenant du milieu underground."

Tout n'est pourtant pas rose fluo au pays de la techno.

En témoigne l'énorme festival dance Electric Daisy Carnival, né à Las Vegas et qui avait décidé de s'étendre à New York depuis 2012. Peine perdue : la difficile entrée sur un marché encore timide a poussé ses organisateurs à jeter l'éponge et annuler l'édition new-yorkaise 2017.