Avec "Portraits In Jazz", le photographe Arnaud Ghys suspend le jazz en noir et blanc

Il est passionné de jazz, collectionneur de bons 33t et cd's, mais surtout photographe. Ses endroits de prédilections, les salles de concerts, les festivals, les studios d’enregistrements. Avec une activité à l’arrêt depuis quelques mois, c’était le moment idéal pour mettre la touche finale à son livre "Portraits In Jazz". 

Les premiers émois de Arnaud Ghys en jazz furent les morceaux "Moanin’" sur l’album "Blues & Roots" de Charlie Mingus et le titre "Everybody Wants To Be A Cat" dans le film "Les Aristochats". Depuis, sa collection de vinyles s’est agrandie et ses albums photos se sont remplis. Son premier appareil photo (un Agfa) venait du studio Ghisoland de Frameries. Après des études en sociologie, Arnaud Ghys fait ses armes professionnelles dans l’associatif puis, en 2010, il décide de tenter sa chance comme photographe et se professionnalise : "j’ai investi en formation, en lecture et dans du matériel de qualité. Je partage aujourd’hui mon temps entre des travaux de commande et des travaux personnels". Ses domaines de prédilections sont devenus le reportage et le portrait. Des portraits tirés dans des lieux dans lesquels le jazz résonne et qui l’inspire dans sa quête de fixation d’émotions.

Je cherche à révéler dans ces portraits ce qui anime ces musiciens, l’univers qui les habite. Je les surprends comme "en suspension". Comme eux, je dois être attentif au rythme, à la composition, aux équilibres: j’ai parfois l’impression d’être aussi un "sideman". Une sobriété volontaire, des cadrages serrés, une composition épurée servent l’émergence d’une présence sensible.

Une Belgique riche de jazz et de talents 

Arnaud Ghys a décidé de rassembler quelques-uns de ses clichés dans un livre qui vient de voir le jour grâce au crowdfunding qui, en seulement une petite semaine, a permis de réunir la somme  nécessaire pour finaliser le projet. Le résultat "Portraits In Jazz" est un livre de 48 pages en format 33 tours et qui contient une vingtaine de photos et de très beaux textes signés par Eddy Vannerom et Daniel Sotiaux, ce dernier étant le fondateur du label Igloo : 

"Arnaud Ghys s’inscrit dans la lignée des grands photographes du jazz, mais aussi des reporters photographes. On pense notamment aux doyens Herman Leonard, Bob Willoughby, Guy Le Querrec, William Claxton et pour les photos journalistes à Cartier-Bresson, à Sebastiao Salgado   ou encore à Edouard Boubat. En Belgique, vu la richesse de la scène jazz qui de génération en génération ne cesse de se renouveler et vu le grand nombre de scènes, clubs et festivals, nous avons la chance d’avoir de nombreux photographes passionnés du jazz et de l’envie de perpétuer cette tradition artistique" (Daniel Sotiaux).

 

Texte de Eddy Vannerom : 

Il y eut dans l’histoire de l’art photographique plusieurs voix pour défendre l’idée d’un rapport entre la pratique de la photo et celle du tir à l’arc, ainsi qu’Henri Cartier-Bresson se servant du livre "Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc" comme bréviaire, ou Gérard Macé affirmant que : "le photographe est plutôt un tireur à l’arc, et même un tireur zen quand il ajoute la vitesse au recueillement."  

Aussi en tirant le portrait de Chris Joris, manipulant non pas un arc de tir mais jouant de son arc musical, le photographe mettait en place un étrange effet miroir, où le différent s’accorde, créant cette  harmonie dont parlait Héraclite dans son fragment 51 : "une harmonie contre tendue, comme pour l’arc et la lyre".

Une main pour tenir la branche qui n’a nul besoin de plier — aucune flèche n’étant tirée.

L’autre, le geste en suspens, ayant déjà lâché prise, libéré la corde de ses doigts, tandis que les deux mains sont comme en résonance, en regard l’une de l’autre.

Ce qui pourrait pourtant se dessiner dans cette photographie est d’une tout autre nature que celles du bois et de la corde, ce serait la figure d’une asymptote formée, non plus de simples lignes courbes et droites se rapprochant indéfiniment sans jamais se toucher, mais de deux trajectoires qui feraient de même : celles de l’écoute et du regard. 

8 images
Phil Harris : "The Aristocats" (1970) © Disney
Charlie Mingus : "Blues & Roots" (1959) © Atlantic
Mal Waldron : "The Quest" (1962) © New Jazz
Archie Shepp : "Blasé" (1969) © Byg Actuel
Aontoine Pierre Urbec : "Sketches Of Nowhere" (2018) © Igloo

Voici la discographie amoureuse du photographe, collectionneur de vinyles jazz et DJ du même tonneau, Arnaud Ghys. Il évoque avec Vincent Dascotte et Bastien Paternotte, morceaux jazz à l’appui, certaines de ses plus belles histoires de disques > "La Grande Séduction d'Arnaud Ghys".

"Portraits In Jazz" ou comment voir le jazz pour mieux l’entendre, aux éditions ARPéditions. Arnaud Ghys exposera ses photos en septembre à l'espace culturel Le Delta à Namur.