Art Mengo: La musique est un grand moyen de transport en commun

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A la fois subtile et ensoleillée, c'est une des plus belles voix de la chanson française. Art Mengo cultive pourtant la discrétion, vivant ses plaisirs de chanteur à côté du système médiatique. Chanteur rare mais compositeur prolifique et ami fidèle, il vient d'offrir à Maurane son tout nouveau single « Fais moi une fleur » en prélude d'un album jazzy qui sortira en septembre.



Entretien intimiste avec un homme qui transpire la sincérité, dans la sacristie d'une église arlonaise...








François Colinet: Pour toi la musique et la famile sont liés...

Art Mengo: Bonne observation ! Ma première expérience de la musique vient en effet de mon enfance en Espagne. Je me souviens de grandes tablées avec les cousins, les oncles, les tantes et mon grand père qui jouait de l'accordéon. On chantait tous à la fin des repas.

J'aime l'idée de la musique en famille. Ici à Arlon, je suis rejoint sur scène par la chorale choeurs emportés composée d'enfants, de père, de mère de famille etc. J'aime l'échange, l'idée de chanter ensemble. La musique, c'est un grand moyen de transport en commun.

Et puis, j'ai une famille musicale. Depuis quelques années, je suis très fidèle aux auteurs avec qui je travaille. (Marc Esteve, Marie Nimier entre autres NDLR) Pour travailler avec un compositeur, il faut rentrer dans son intimité et ce n'est pas évident. Une fois que l'on s'est trouvé, on reste donc proche. Ils me connaissent bien, ce qui leur permet de mettre des mots sur des thèmes ou des ambiances qui me correspondent. Ils ont même réussi à me décomplexer. Du coup, il m'arrive d'écrire quelques textes. Mais ils le font bien mieux que moi. Je reste avant tout un homme de notes, un bricoleur de studio.

Pourquoi avoir disparu à la fin des années nonante? On a l'impression d'une carrière en deux parties...

Art Mengo : En 1999, j'ai eu envie d'arrêter de chanter et d'écrire pour d'autres. Je venais d'installer mon studio à la maison et j'avais reçu beaucoup de demandes. Je me suis dit qu'aller visiter les autres pourrait m'enrichir intérieurement. Je ne savais pas, à l'époque, que cela allait durer 6 ans ! Je suis revenu à la chanson mais je garderai toujours cette casquette de compositeur pour d'autres. J'ai d'ailleurs commencé par ça avant de me mettre à chanter. C'est quelque chose que j'aime. Et puis, quand on a la chance de composer pour des gens qui passent souvent à la radio, ça permet d'avoir les moyens financier pour être tout à fait libre de ma carrière de chanteur.

Le sublime album « La vie de château » a marqué ton retour...

Art Mengo : Un jour, France Inter m'a appellé pour faire une journée spéciale. J'ai joué plusieurs morceaux au piano et les auditeurs ont réagi en masse. J'y ai pris beaucoup de plaisir et j'ai fini par avoir envie de revenir. Polydor m'a fait confiance et le disque a été très bien accueilli. Une longue tournée a suivi, le public était très enthousiaste. Après 6 ans d'absence, j'ai pu mesurer que je venais combler un manque. Et puis, cela a sans doute permis à un public plus jeune de me découvrir.

Le titre de ton dernier album « Sujet libre » est tout un symbole...

Art Mengo : Après Entre mes guillemets en 2007, j'étais à nouveau libre de contrat et j'en avais un peu assez de la façon de fonctionner des grandes maisons de disque. Alors, j'ai décidé de pousser la porte du label Hamonia Mundi dont je voyais souvent les belles enseignes de magasins pendant les tournées. Ce sont des endroits où on a irrésistiblement envie de pousser la porte. C'est ce que j'ai fait et ça a marché. Je me suis toujours senti un peu à côté du système. Je suis quelqu'un de discret. Je passe pas beaucoup dans les médias. Je fais très peu de promo. L'inconvénient, c'est que je ne vend jamais des tonnes de disque. Mais cette démarche a l'air de plaire puisque les salles sont souvent pleines.

C'est pour ça que l'album s'apelle « sujet libre ». C'est un sentiment important. Aujourd'hui, je ne me lierais plus comme avant, pour 5 ou 6 ans dans une maison de disques. Je fonctionne par projet. Le vrai visage du métier, c'est de partager quelque chose avec les gens. Et pour ça, la scène est très importante.

Vous parlez de vos « succès d'estime » comme Les parfums de sa vie, Parlez d'amour ou La mer n'existe pas. Avez-vous toujours autant de plaisir à les chanter?

Art Mengo : Ce sont des tubes qui ne le sont pas vraiment mais le plaisir est de les jouer et de les réarranger à chaque fois. J'aime dire que ce sont des chansons sage femme parce qu'elles ont litéralement accouché de moi. J'existe par ces chansons-là. C'est un plaisir de les jouer. Certains me demandent si je ne les traîne pas comme des boulets mais c'est vraiment tout le contraire.

Entretien: François Colinet

Art Mengo a participé au nouvel album de Maurane qui sortira le 5 septembre prochain.



Il a écrit le premier single « Fais moi une fleur » disponible des à présent en téléchargement légal via le site offiicel de Maurane.