Un dernier regard des 6 sur la demi-finale du samedi 14 mai

Stéphanie Coerten annonce le prochain candidat
Stéphanie Coerten annonce le prochain candidat - © RTBF Musiq3

Pour changer, Kana Okada ouvre le bal de cette dernière soirée de finale par le concerto non grata n° 21 en ut majeur (on en a entendu 12…). Mais cette "mauvaise" nouvelle laisse vite place à l’émerveillement : l’interprétation est magnifique.  Le son riche qu’elle extrait du piano remplit la salle comme une chanteuse à la voie généreuse. Souple comme un félin, ses doigts caressent les touches. La maîtrise de l’instrument est époustouflante : pas de surprise pour moi quand j’ai lu qu’elle jouait les 24 études de Chopin à l’âge précoce de 13 ans. En résumé, son concerto était un véritable bijou dont l’éclat n’avait d’égale que la finesse. Le jury a vraisemblablement été tout aussi séduit car on la retrouvera en finale avec le deuxième concerto de Rachmaninov.

L’américain Henry Kramer, quant à lui, a choisi le concerto n°25, qui était aussi convaincant que son récital mercredi après-midi. Sa précision et son attention aux détails nous rappelle son Gaspard de la Nuit de Ravel, qu’il avait si bien interprété. Je suis impatient d’entendre sa version du concerto n°2 de Prokofiev en finale, qu’il m’a dit en souriant avoir déjà beaucoup joué en concert – comparé au Mozart qu’il interprétait ici pour la première fois avec orchestre!

C’est au tour du Coréen Hans H. Suh qui a joué l’imposé correctement, mais il est resté pour moi l’une des 24 versions. Fabian Fiorini, que j’ai interviewé avec Les Six De Zes après les deux récitals, m’a semblé partager mon opinion.  Malheureusement, cette même impression m’a poursuivie durant tout son récital - hormis son interprétation du Tombeau de Couperin, de Maurice Ravel. Hans est le seul candidat que je n’avais pas imaginé en finale, impression partagée par mes collègues de Les Six De Zes (bien sûr, il reste un pianiste de haut niveau comme tous les demi-finalistes de ce concours).

En contrepartie,  j’ai regretté d’avoir dû dire au revoir à l’ukrainien Denis Zhdanov, qui m’a charmé par un jeu très personnel.  En ce qui concerne son interprétation de "Tears of Lights", l’expression "last but not least" m’a paru d’actualité.  En effet, sa version sortait du lot en termes d’imagination. Encore une fois, mon opinion s’est avérée assez proche de celle du compositeur (youhooo !). Fabian m’a avoué que bien qu’il n’aurait pas joué sa pièce de cette manière, il y a trouvé des éléments intéressants.  J’en retiendrai particulièrement un passage rapide à la main droite que l’Ukrainien a joué comme une improvisation jazz. Sachant que Fabian est lui-même impliqué dans la sphère du jazz, j’ai trouvé ce pont original. En revanche, la seule critique que je lui ferais concerne certaines coupures abruptes du son (choix qui m’a néanmoins intrigué).

Et pour terminer, la transcription de L’oiseau de feu de Stravinsky par Guido Agosti m’a réellement enflammé !  En effet, j’avais la sensation de percevoir la présence de cet animal fantastique au travers d’harmonies sorties d’un autre monde.

En somme, une magnifique soirée de musique, couronnée (la reine était présente) par des résultats en grande majorité escomptés !