Un dernier mot des 6 sur la Finale

Lukas Vondracek - Concerto n.3 de Rachmaninov
Lukas Vondracek - Concerto n.3 de Rachmaninov - © RTBF

Quel est le rêve d’un papillon ? Est-ce de revivre le lever du soleil ? Le mien serait de revivre une semaine… Et particulièrement un concerto, le concerto de Rachmaninov n° 3 interprété par Lukas Vondracek. Mais interprété est un mot un peu fade. Ce fut une co-création: l’interprétation et la composition s’enlacèrent et ne firent plus qu’un. Lukas dégageait une aura puissante qui envoûtait le public tout autant que l’orchestre, qui l’a magnifiquement supporté. Ce pianiste se rapproche fort de ma conception de l’interprète idéal : aussi bien intérieur qu’extraverti, mettant sa technique fulgurante au service de la musique, possédant une créativité débordante dans la recherche de lignes et de timbres...

Mais revenons-en aux charmants insectes de Claude Ledoux – je ne parle pas des toux et raclements de gorge entre les mouvements – qui m’a redonné foi en la musique classique contemporaine. Effectivement c’est la première fois que je perçois le concerto imposé véritablement dialoguer avec les concertos de Prokofiev, Rachmaninov, Brahms,…  Cependant, je me dois de préciser que mon enthousiasme ne fut qu’à moitié partagé par les candidats.  En effet,  s’ils m’ont dit avoir beaucoup apprécié cette composition, ils se sont aussi plaints de la difficulté de la pièce.  "I miss Fiorini", était une expression entendue à la Chapelle, m’a révélé le pianiste japonais Atsushi Imada - en référence à la différence de difficulté et longueur des deux morceaux. Enfin, cela reste le concours Reine Elisabeth et on ne peut pas s’attendre à un 4’33’’ de John Cage (une pièce intégralement silencieuse).

En cage ?  Le papillon d’Henry Kramer ne l’était surement pas – il virevoltait, tournoyait dans une nature riche que l’Américain évoquait par de nombreuses atmosphères. Ce qui nous amène à Jurinic et sa palette de couleurs qui rendrait les peintres impressionnistes jaloux ! Il chante Chopin d’une manière personnelle qui m’a profondément ému. Et finalement l’italien Alberto Ferro, que le public a acclamé comme un premier prix, m’a également impressionné dans cette finale. Mais comme chaque année, on est en phase avec le jury pour certains choix, et moins pour d’autres. J’ai d’ailleurs regretté l’absence de Shishkin, Suh, et Okada dans les six lauréats… Enfin, presque tous méritaient le classement, car chacun de ces pianistes est extraordinaire.

Pour terminer, quelle ne fut ma joie de lire dans le dernier post facebook de Vondracek : "j’ai toujours su que la musique pouvait rendre ce monde meilleur…". En effet, la musique est langue universelle qui réunit. Dieu lui-même, en jetant le sort sur les bâtisseurs de la tour Babel,  aurait-il sous-estimé la capacité de l’homme à réinventer un langage compris par tous ?

Je conclurai en exprimant une dernière fois ma gratitude vis-à-vis des candidats, orchestres, compositeurs, public, organisateurs, médias, LesSix/DeZes – bref tout le monde sauf les grévistes de la SNCB – pour cette semaine de bonheur !