Retour sur les prestations du jeudi 12 mai

Le Studio 4 attend les candidats demi-finalistes
Le Studio 4 attend les candidats demi-finalistes - © RTBF Musiq3

À part quelques petites déceptions, les candidats d'hier ont fait preuve de délicatesse, de sensualité, voire même de poésie, allant jusqu'à captiver notre attention par leur musicalité.

Session de 15h

La pianiste coréenne, Su Yeon Kim, 21 ans, a livré un beau 20e concerto de Mozart avec du sentiment, de la délicatesse, de la fragilité et du respect. On y a retrouvé beaucoup de sensibilité, de profondeur ainsi que ce drame si cher au compositeur. Le piano était un véritable personnage doué d’émotions. Su Yeon Kim a lu la partition, a intégré le discours et a ensuite livré au public son interprétation, avec des émotions que le concerto a éveillés en elle tout en s’effaçant en même temps pour laisser la place à Mozart. Elle a donné un Mozart brillant, doux et volontaire. Pas de rubatos ni retenues, la candidate a très bien compris que pour exprimer des sentiments, la simplicité était souvent le moyen le plus efficace. Le deuxième mouvement est simple lui aussi, intime et parfois même consolateur. La candidate s’est glissée dans les traditions classiques en jouant quelques eingänge, ces petits passages improvisés qui étaient joués pour relier deux sections du mouvement.

Le pianiste croate, Aljosa Jurinic, 26 ans a choisi le concerto dit du couronnement. Dès les premières notes, Aljosa nous emmène auprès de Mozart, ses deux mains dialoguent entre elles, le son et le toucher sont extrêmement contrôlés, un toucher de velours avec en même temps beaucoup de délicatesse. On retrouve dans cette interprétation, de la sensualité voire même un peu de volupté. Aljosa possède une belle musicalité, mais il est resté très et même trop attentif au détail sonore de chaque note, ce qui lui a valu plusieurs accidents. On regrette que le concerto n’ait pas décollé, le tempo, très lent, en est l’une des causes. Aljosa Jurinic n’en reste pas moins un musicien doué qui a même réussi à jouer la cadence de Reger dans le style classique malgré l’écriture éloignée du XVIIIe siècle.

Le pianiste coréen Jun Hwi Cho, 20 ans commence son récital avec Tears of Lights de Fabian Fiorini. Il joue sur les résonnances harmoniques et en livre une version expressionniste qui n’est pas sans rappeler Messiaen qu’il joue après la 2e suite française de Bach. Il en donne une version très musicale et un poil romantique. Il termine son récital avec Après une lecture de Dante de Franz Liszt. Les passages lents sont expressifs mais le reste manque de respiration et du même coup d’angoisse, d’inquiétude, nous ne descendons pas aux enfers. Au lieu d’étirer le tempo pour exprimer et faire ressentir les émotions fortes, Jun Hwi Cho fait une démonstration de virtuosité pure brisant ainsi le discours de Liszt.

Le pianiste italien Leonardo Pierdomenico, 23 ans avait séduit le public avec son interprétation du 20e concerto de Mozart. Cet après-midi, il a joué son récital en commençant par l’œuvre imposée et il en a livré une version un peu jazzy. Leonardo Pierdomenico enchaine avec la sonate en fa dièse mineur de Clementi. Si vous vaquez à vos occupations pendant qu’il joue, Leonardo accaparera votre attention sans que vous vous en rendiez compte. Le public ne s’était pas trompé, ce candidat italien est un grand musicien. La sonate de Clementi était chantante, expressive, émouvante. Il poursuit avec la première ballade de Chopin. Son interprétation a quelque chose de presque religieux, quelque chose qui relève de la prière. Leonardo Pierdomenico achève son récital par la fantaisie en si mineur de Scriabine. Le son aurait pu être un peu plus flou mais la version proposée était cohérente et habitée.

Session de 20h

Le pianiste coréen Cho Ho Han, 24 ans avait donné un beau récital lundi 9 mai. Il a joué ce soir le 21e concerto. Mozart est et restera impardonnable. Chi Ho Han en a livré une version très, voire trop articulée, il y a du dynamisme mais l’œuvre ne respire pas, tout semble précipité.

Le pianiste thaïlandais San Jittakarn, 24 ans a donné un 21e concerto de Mozart inattendu mais très habité avec une sonorité ronde et légère à la fois. Beaucoup de poésie dans le deuxième mouvement, du dynamisme, de la joie et un côté sautillant dans le dernier mouvement. Ce n’est pas une version convenue que nous avons écoutée mais tout ce que le candidat a proposé était tout à fait logique avec le discours.

La pianiste coréenne Yoonji Kim, 26 ans a commencé son récital par la fantaisie de Scriabine, ensuite l’œuvre imposée qu'elle a joué avec beaucoup de poésie avant de s’attaquer à la sonate en si mineur de Chopin. Yoonji Kim nous fait entendre des choses inhabituelles mais avec beaucoup de grâce. La sonate est rondement menée au presto final qu'elle joue magistralement sans lourdeur.

La pianiste russe Nadezda Pisareva, 29 ans commence son récital par Tears of Lights. Beaucoup de puissance sonore avec quelque chose de presque douloureux dans cette version de l’œuvre imposée. Ondine de Ravel est la deuxième pièce inscrite à son récital. Son interprétation donne le sentiment de voir un être venu des eaux, Nadezda joue sur les couleurs, le jeu est très impressionniste et évoque les reflets et gouttelettes d’eau. Elle termine son récital par Carnaval de Robert Schumann.

Les commentaires de Camille De Rijck