Retour sur le 4e jour de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth

Stéphanie Coerten à la présentation bilingue de tous les demi-finalistes, sur la scène du Studio 4 à Flagey
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Stéphanie Coerten à la présentation bilingue de tous les demi-finalistes, sur la scène du Studio 4 à Flagey - © RTBF

Quatrième journée de demi-finale ce jeudi. Nous avons à présent entendu les 24 candidats. Ils ont à ce jour tous présenté, soit le Concerto, soit le récital. Et ils reviennent pour présenter la 2e partie de leur programme.

Session de 15h

SEUNGMIN KANG

Jeudi 18 mai, 15h. Session d’Orchestre

La Coréenne Seungmin Kang est donc la 1ère candidate à présenter la deuxième épreuve de cette demi-finale.

Elle a choisi le 2e Concerto de Haydn. Dès les premières mesures, c’est son élégante sonorité boisée qui séduit, de même que sa justesse stylistique. Un respect de la tradition qui ne doit en rien être étranger à la très cotée "Hans Eisler" Musik Hochschule de Berlin, dont elle est issue.

Dans le 2e mouvement, on pourrait s’étonner quelque peu de l’amplitude de son vibrato pour Haydn, mais il faut reconnaître que ce vibrato est intrinsèquement superbe.

Dans le final, Seungmin Kang met élégamment en valeur les phrases chantantes de Haydn, en offrant sa généreuse sonorité à chacun d’entre nous.

Globalement, une finition technique très aboutie, et un timing impeccable.

Un Haydn parfaitement convaincant, dans le peloton des six meilleurs Haydn, serions-nous tentés de dire...

On se souvient qu’elle avait proposé dans sa session récital un répertoire exigeant, avec entre autre Alfred Schnitke. On y avait entendu une musicienne toute différente, avec une patte et une poigne étonnante, et un jeu plus en force. Elle montre ici un tout autre visage, la preuve d’une grande personnalité!

JEONGHYOUN  (Christine) LEE

Jeudi 18 mai, 15h30. Session d'Orchestre.

Christine Lee, musicienne coréenne, elle aussi, et Artiste en résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth. Elle a également choisi le 2e Concerto de Haydn.

Mais les similitudes s’arrêtent là car les deux violoncellistes sont très différentes.

Au jeu de la comparaison, la sonorité de Christine Lee paraît plus menue et plus sombre que celle de Seungmin Kang. Des caractéristiques qui ne sont en rien des handicaps, car il se dégage de cette violoncelliste une expressivité et une sincérité rares.

Dans le 2e mouvement, elle nous fait la démonstration qu’un volume modeste est le chemin le plus direct vers l'émotion la plus immédiate. Le Legato est l'un des Maîtres mots de ce mouvement. On éprouve ici la sensation qu’elle nous chuchote un secret à l’oreille, en particulier dans les très belles excursions dans l’aigu de ce mouvement lent.

Dans le 3e mouvement, Christine Lee confirme ce que nous avions perçu dans sa prestation en récital. Elle est une musicienne raffinée au son cuivré, mais un peu petit parfois.

Sa prestation est très chaleureusement applaudie par le public de Flagey.

Elle avait proposé en récital, la Suite italienne de StravinskyPezzo capriccioso de Tchaïkovsky, et la danse du Diable vert, de Cassado.

Une candidate parfaitement cohérente entre sa personnalité en récital et celle en Concerto.

JONAS PALM

Jeudi 18 mai, 16h30. Session récital.

Jonas Palm débute son récital avec " Trois strophes sur le nom de Sacher " d’Henri Dutilleux. Très concentré, et très engagé, le jeune allemand de 23 ans propose ici un son brut, dénué (en apparence) de tout vibrato, et particulièrement puissant. Une esthétique particulièrement adaptée à la gravité de la musique de Dutilleux.

Un Dutilleux largement pollué par toute une frange du public qui toussait d'une manière quasi ostentatoire... Une manière particulièrement discourtoise de traiter le réperoire contemporain, et les artistes qui l'honorent.

Changement de décor complet avec la 2e Suite pour violoncelle seul de Bach, BWV 1008.

La sonorité s’éclaircit, et s’adoucit. Nous sommes ici dans la famille des interprètes "éclairés", qui s’interrogent sur la manière d’aborder la musique baroque aujourd’hui.

Vibrato et articulations subtiles: la Suite de Bach de Jonas Palm est de toute belle facture! Rappelons qu’il est issu de l’excellente "Hans Eisler" Musik Hochschule de Berlin.

Nouveau contraste habilement conçu, lorsque Jonas Palm enchaîne avec l’imposé d’Annelies Van Parijs, où il est rejoint par la pianiste Yukie Takaï.

Une version particulièrement intimiste, qui nous a semblé épouser à merveille les intentions de la compositrice belge.

Jonas Palm conclut son récital avec la 5e Sonate en ré majeur de Beethoven. Une fois encore, la justesse stylistique est un régal, tant au niveau du vibrato, que de l’articulation.

Le violoncelliste allemand joue un instrument Paolo Antonio Testore du 18e siècle.

Jonas Palm se révèle décidément être un candidat au jeu particulièrement soigné et délicat, d’une justesse stylistique irréprochable. On ne lui attribuera peut-être pas la sonorité la plus ronde et la plus chaleureuse qui soit, mais c'est un candidat qui mériterait d’avoir sa place dans le groupe des 12 finalistes.

JAMES JEONGHWAN KIM

Jeudi 18 mai 2017, 17h20. Session récital.

L’après-midi se poursuit avec le candidat sud-coréen James Jeonghwan Kim, 23 ans, formé -entre autre- à la Jiulliard School de New York.

Il entame sa prestation par la 6e Suite pour violoncelle seul de Bach, BWV 1012.

Technique remarquable et sans faille, le musicien coréen n’atteint pas dans ce répertoire solo, la grâce de son prédécesseur allemand. La nuance réside probablement dans le parti pris esthétique de James Jeonghwan Kim: il n’appartient résolument pas à la mouvance des interprétations "historiquement informées". Mais soyons de bon compte: ceci n’enlève strictement rien à la qualité de son jeu, ni à sa sonorité très belle et très ronde.

Il poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs. Un répertoire dans lequel il est manifestement plus à son aise. Sa sonorité imposante crée un contraste intéressant avec le dénuement de l’écriture de la compositrice belge.

James Jeonghwan Kim termine son récital avec ce qui lui va vraiment comme un gant: la 2e Sonate en fa majeur de Brahms. Romantisme exacerbé, voire enflammé, le vibrato du Coréen est impressionnant d’intensité et de largeur. Le jeune musicien est soucieux d’habiter en chaque instant la musique de Brahms, mais en certaines occasions, cet excès d’intentions musicales a tendance à nous éloigner du sujet musical. Une musique qu'il a pourtant si ardemment le désir de partager. Un paradoxe!

Quoi qu’il en soit, la sincérité et la maestria technique de James Jeonghwan Kim sont indéniables, et nous avons éprouvé un réel plaisir à l’écouter, tant dans son Concerto de Haydn que dans ce récital imposant.

Fin de la session de cet après-midi à 18h05.

Session de 20h

ASTRIG SIRANOSSIAN

Jeudi 18 mai, 20h. Session d'Orchestre.

Astrig Siranossian, 29 ans a choisi le 2e Concerto de Haydn. Une oeuvre dont on pourrait se lasser, mais en fait, c’est tout l’inverse! Ses déclinaisons sont infinies.

Et Dieu que celle de cette musicienne est belle! Sa sonorité est claire comme un matin d’été à la montagne. On retrouve ici les sonorités de cristal qu’on avait entendues chez la Japonaise Ayano Kamimura. A l’instar de sa collègue asiatique, Astrig Siranossian possède également un violoncelle d’époque baroque, en l’occurrence un Ruggieri.

Outre ces considérations de lutherie, c’est bien sûr son goût exquis qui donne à son jeu un tel intérêt. Car si le son est clair, il est aussi extrêmement dense. Elle est également l’une des seules à user d’un rubato très léger en des moments très choisis du 1er mouvement. Il en résulte un suspense et un relief bienvenu.

Dans le 2e mouvement, Astrig Siranossian "contamine" l’Orchestre qui se met à rayonner comme elle, nous donnant l’impression que nous pourrions nous aussi, nous mettre au violoncelle dès demain.

A l’entame du 3e mouvement, on hésite à qualifier sa sonorité de cuivrée, solaire, dorée, ou bien les trois à la fois?

C’est en tout état de cause la candidate qui possède la sonorité la plus personnelle dans ce Concerto de Haydn, et c'est le coup de cœur absolu de la rédaction! Nous serions par conséquent déçus de ne pas la voir en finale, et nous avons la faiblesse de penser qu'elle réunit tous les atouts pour y figurer!

Artiste en résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, le public de Flagey semble déjà l'avoir adoptée, si l'on s'en réfère au déluge d’applaudissements qui a suivi sa prestation! Un présage de réussite?

 

YUYA OKAMOTO

Jeudi 18 mai 2017, 20h30. Session d’Orchestre.

Yuya Okamoto, 22 ans, est né au Japon. Il a choisi lui aussi, le 2e Concerto de Haydn.

Dans sa prestation de musique de chambre, il avait interprété la Suite italienne de Stravinsky, et trois strophes sur le nom de Sacher d’Henri Dutilleux.

Même famille de sonorité de type "soprano" dans ce 2e de Haydn, celle du Japonais n’atteint toutefois pas la dimension solaire de celle d’Astrig Siranossian. Il apparaît également rapidement qu’il n’a pas la même maturité musicale, mais il n’a que 22 ans! Cela étant dit, la beauté fait largement partie de son vocabulaire!

Dans le 2e mouvement, le son s’amplifie, s’élargit, le vibrato également. C’est dans le suraigu de son violoncelle que le Japonais nous épate. Le geste est sûr, et même sur le haut de la touche: la justesse est impeccable.

C’est avec une précision métronomique qu’il s’engouffre dans le final. Yuya Okamoto est assurément un technicien de haut vol, qui, rappelons-le, n’a que 22 ans!

Et c’est tout simplement en tapant du pied que le public le plébiscite, et l’applaudit à tout rompre. Ah, quand le public du Concours s’encanaille, il ne le fait pas à moitié!

 

SIHAO HE

Jeudi 18 mai 2017, 21h30. Session récital.

C’est avec la 5e Suite de Bach, BWV 1011 que le Chinois Sihao He, 23 ans débute sa prestation. Un musicien qui a étudié aux Etas-Unis.

On retrouve dans sa Suite de Bach ce qui nous avait plu dans son 1er Concerto de Haydn, à savoir la sobriété, la souplesse et la douceur. On perçoit chez ce jeune musicien une maturité étonnante, et en particulier dans la manière de gérer les nuances. Sihao He n’a ainsi pas peur de l’infiniment doux.

Le violoncelliste chinois est rejoint par le pianiste Victor Santiago Asunción pour l’imposé d’Annelies Van Parijs. On y découvre ici un Sihao He déchaîné et vigoureux dans le 1er tableau de " Chacun(e) sa Chaconne ". Puis, en l’espace d’un éclair, il redevient le musicien de cet infiniment doux, comme s’il parvenait à se rouler en boule. Une interprétation d’une subtilité rare qui n’a pas échappé au public très enthousiaste.

Le récital se poursuit avec " Kol Nidrei " (" Tous les vœux ") de Max Bruch. Le musicien chinois en profite pour sortir le grand jeu: vibrato dense et grand son large, mais toujours élégant. Un style qui sied parfaitement à cette pièce composée en 1880, à destination de la Communauté juive de Liverpool, composée pour violoncelle et Orchestre. Nous en écoutons donc ce soir une transcription pour violoncelle et piano.

Un pur moment de beauté, dans lequel Sihao He a montré que le "grand jeu" que nous évoquions n’était en rien synonyme de "carricature".

Après "Kol Nidrei" de Max Brux, qui se terminait sur une nuance pianissimo. Sihao He enchaîne avec la très souriante Suite italienne de Stravinsky. Une Suite dans laquelle son sens du récit, et l’élégance de sa sonorité font des merveilles.

Dans le final de la Suite, les deux musiciens s’amusent manifestement beaucoup. Roel Dieltiens, membre du Jury, s’amuse lui aussi, car nous le voyons se dandiner sur sa chaise… Voilà qui est plutôt bon signe!

 

VALENTINO WORLITZSCH

Jeudi 18 mai 2017, 22h30. Session récital.

C’est Valentino Worlitzsch, un candidat allemand de 27 ans qui succède à Sihao He.

Il s’est formé au Conservatoire de Paris, puis dans les grands Conservatoires allemands (Muzik Hochschule).

Il a choisi la 6e Suite BWV 1012 de Bach pour ouvrir la dernière prestation de cette soirée.

La sonorité de Worlitzsch n’est certes pas la plus ronde et chaleureuse qui soit, mais elle a le grand mérite d’être intelligible et éminemment expressive.

Des qualités qui donnent à son interprétation de cette 6e Suite, un caractère tantôt lumineux et frémissant, tantôt introverti et recueilli. Des climats qui coexistent dans cette 6e Suite de Bach, et que Worlitzsch reproduit avec justesse.

Le candidat allemand poursuit avec l’Adagio et Allegro de Robert Schumann. Dans l’Adagio, il y développe un discours d’une grâce et d’une délicatesse rares. Puis quand vient l’heure de l’Allegro, c’est avec fermeté et précision qu’il emmène son pianiste et le public dans les tourments schumanniens.

De tourments, il en sera encore question dans l’imposé d’A.Van Parijs. Un imposé que le musicien allemand enchaîne, séance tenante, avec une sonorité volontairement métallique, épaulé par la très brillante Naoko Sonoda au piano.

Les phrases en harmonique relèvent d’un mélange improbable entre des miaulements de chats, et des vocalises de contreténor: une performance!

Une version dans laquelle la brume, le mystère demeurent insondables. Mais quand ils reprennent au presto en pizzicato. "A chacun(e) sa chaconne" prend des airs de course poursuite.

Le récital de Valentino Worlitzsch se termine avec la Sonate en ut majeur de Benjamin Britten. Un choix qui convient à merveille à la couleur de violoncelle du musicien allemand.

Dans le deuxième mouvement, les échanges de pizzicato avec la pianiste Naoko Sonoda sont vifs. Valentino Worlitzsch a la souplesse d’un contrebassiste de jazz.

Dans le Moto perpetuo (5e mouvement), c’est la mise en place entre les deux artistes qui est absolument vertigineuse.

Un récital particulièrement exigeant, mais extrêmement cohérent, d’un artiste qui ne fait pas de compromis avec son Art. Un vrai artiste à n’en pas douter.

 

Fin de la soirée de ce lundi à 23h15.