Première journée de demi-finale et premières impressions

Flagey
Flagey - © RTBF

Compte rendu de la journée de demi-finale du 9 mai 

Session de 15h

La pianiste coréenne Yoonji Kim, 27 ans, a proposé le 21e concerto pour piano de Mozart. Elle a fait preuve d'une grande aisance dans ce concerto avec un premier mouvement très chanté et qui s'annonçait prometteur dans le dialogue avec l'orchestre. Ses pianissimi sont extraordinairement doux et feutrés contre des forte attaqués frontalement et un peu claquants. Le jeu est très clair, un peu trop détaché. Le deuxième mouvement est très soigné mais avec des attaques trop directes. Le 3e mouvement que Yoonji Kim a livré était très dynamique et joyeux. La jeune candidate a respecté le texte à la lettre mais son jeu manquait de couleurs et on aurait souhaité un peu plus d'âme dans cette interprétation.

La pianiste russe Nadezda Pisareva, 29 ans, a interprété le concerto n°26 de Mozart, le concerto dit du couronnement. Beaucoup de legato dans ce concerto, beaucoup de couleurs et d'harmoniques. La candidate livre une interprétation un peu romantique avec des rubato un peu trop prononcés pour une oeuvre classique. Certains passages sont très musicaux, très sentis mais le jeu est somme toute trop lourd, trop imposant tout au long de l'oeuvre.

Le pianiste coréen Chi Ho Han, 24 ans, a proposé un récital qu'il a commencé avec l'oeuvre imposée Tears of Lights de Fabian Fiorini. Dès les premières notes, on sait qu'on a affaire à un musicien. Il nous plonge dans son univers d'entrée de jeu et nous lâche quelques secondes après avoir levé ses mains du clavier. Chi Ho Han  est un coloriste, doté d'une très grande puissance sonore. Il a cette faculté d'évoquer des images. Tears of Lights balade le pianiste entre les basses et les aigus, le jeune candidat affronte ces contrastes avec beaucoup d'unité et fait preuve de beaucoup de musicalité.

Il joue ensuite le 17e nocturne de Chopin avec grande sensibilité. Le son est sculpté au profit de la musique. Les basses sont rondes et profondes, il ne lâche pas le discours, le souffle mélodique est maintenu jusqu'au bout, les silences chantent. C'est un Chopin doux et émouvant que Chi Ho Han a livré lors de cette demi-finale qu'il achève avec les Kreisleriana de Schumann dans une interprétation tourmentée, chantante, le candidat a une patte mais le son n'est jamais agressif.

Le pianiste thaïlandais San Jittakarn, 24 ans a lui aussi joué un récital qu'il a commencé avec l'oeuvre imposée, jouée avec partition. Le jeu est analytique, les sections plus découpées, il y a moins d'unité. San Jittakarn s'empare ensuite des Fantasiestücke de Schumann avec grande sensibilité. Il y a pas mal de pains, comme on dit dans le jargon musical. Ces fausses notes auraient pu passer inaperçues si l'interprétation avait été plus solide, plus construite. Les tempi pris étaient extrêmement lents, ce qui a peut-être contribué à cette structure un peu lâche. Après la concentration que demandent les Fantasiestücke, Jan Sittakarn s'attaque à la toccata de Prokofiev assez fatiguante pour les bras. Beaucoup de couleurs , de musicalité mais on aurait aimé un rythme plus affirmé et plus obsédant dès le début, rythme que le candidat marquera quelques mesures plus tard.

 

Session de 20h

Le pianiste coréen Jun Hwi Cho, 20 ans, a livré son interprétation du 21e concerto de Mozart. "La fougue de la jeunesse" résumerait bien le jeune candidat dans un Mozart auquel il manquait profondeur et drame. Le jeu du candidat est très articulé, très clair, certains passages sont musicaux, le 3e mouvement est dynamique, vivant, joyeux, sautillant mais l'ensemble manque de respiration, le tout à un tempo effréné.

Le pianiste italien Leonardo Pierdomenico, 23 ans a choisi le 20e concerto de Mozart. Le début semble trop romantique, trop ralenti et puis le candidat se glisse dans le cadre classique. La cadence (de Beethoven) semble être improvisée sur le champs. Le discours est clair, maintenu, le son est perlé, le piano dialogue avec l'orchestre dans le 3e mouvement où on perçoit ce qui est inhérent à Mozart, le mariage entre la joie et le drame.

La pianiste Su Yeon Kim, 21 ans a proposé son récital qu'elle a commencé avec l'imposé Tears of Lights de Fabian Fiorini et qu'elle a poursuivi avec les Kreisleriana de Schumann. C'est une musicienne touchante, très féminine et discrète, ce qui explique probablement son toucher léger. Son interprétation des Kreisleriana était très propre comme si elle avait eu peur de se plonger dans la folie de Schumann.

Le pianiste croate Aljosa Jurinic, 26 ans a été l'élève d'Elisso Virsaladze, membre du jury de cette session 2016. Il a commencé son récital par un Debussy fantastique. Mélange d'impressionnisme et de romantisme avec un toucher très doux, caressant, le candidat nous a emportés tout de suite. Il a ensuite joué l'imposé qu'il a commencé dans la même atmosphère que Debussy, écoute longue et attentive des notes, des accords, des couleurs, des harmoniques, des résonances harmoniques, des enchaînements et des silences. Ce pianiste à la forte personnalité a ensuite imposé sa vision de la première sonate pour piano de Schumann. C'est une version masculine, au bord de la folie que le candidat a livrée dans le studio 4 à Flagey. Schumann était bipolaire, sa musique l'est aussi. Aljosa Jurinic l'a bien compris et ne s'est pas laissé déborder par cette folie, qui, même si elle était présente, a été musicalement bien cadrée.

Les commentaire de Camille De Rijck et d'Eliane Reyes