Les moments forts de la première journée de la première épreuve

Sunghoon Choi contre-ténor, une des voix à suivre après cette première journée de la première épreuve
Sunghoon Choi contre-ténor, une des voix à suivre après cette première journée de la première épreuve - © DR

Hier, en ce premier jour de la première épreuve du Concours, nous avons pu écouter 28 candidats qui ont eu chacun 10 minutes pour s'exprimer devant le jury et le public présent à Flagey.

Si on fait le tour de ce qui était vraiment formidable, et qu'on laisse de côté ce qui l'était un peu moins, voici ce qu'on peut retenir de cette première journée.

Le premier qui nous a vraiment impressionnés, c'est un baryton canadien, Iain MacNeil épatant par son naturel, les cheveux gominés, et une musicalité impressionnante avec un Mozart (Rivolgete a lui lo sguardo KV 584) où il a pu montrer à quel point sa voix était à l'aise dans toutes les parties de la tessiture.

Ensuite, est arrivé un Chinois tout à fait étonnant, Ao li, qui a fait un one man show avec l'air de Fidélio (Pizarro : Ha, welch ein Augenblick) qui est d'un dramatisme tout à fait intense, et puis un air à boire où le personnage doit arriver complètement bourré sur scène : on avait les yeux écarquillés en l'entendant chanter parce que c'était à mi-chemin entre le one man show, le sketch, et puis un exercice extrêmement impressionnant. On verra si le jury aura été séduit autant que nous par cette prestation inattendue.

Trois femmes nous ont bouleversés l'après-midi, c'est d'abord l'espagnole Rocío Pérez qui est arrivée avec une voix sublime, mais surtout notre préférée de la séance d'hier, la coréenne Irina Jae-Eun Park qui a chanté une Mimi dans la Bohème à faire pleurer les pierres dépressives, et puis, Martha Eason, une Américaine hallucinante, avec une voix monolithique qui n'a l'air de n'éprouver aucune crainte face aux difficultés les plus redoutables.

Et puis, le soir, il y a eu moins de coups de cœur...

Peut-être, Yeon Lim Soo, une chanteuse coréenne qui elle aussi nous a fait un one woman show à mi-chemin entre Jessica Rabbit, et Maria Callas avec une posture absolument impressionnante dans un lamé totalement invraisemblable serti de strass.

Et puis, est arrivée la Française, Eva Zaïcik qui a été Révélation vocale des Victoires de la musique : elle a montré une technique assez parfaite, assez imparable d'ailleurs, mais des emplois qui sont peut-être un tout petit peu trop lourds ou trop sombres pour sa belle voix de mezzo. Mais à mon avis, elle devrait peut-être passer en demi-finale…

La Belge, Emma Posman, qui a chanté entre autres, l'air d'entrée de Lucia di Lammermoor (Regnava nel silenzio – Quando rapito in estasi), un air qui semblait légèrement dépasser ses moyens, à savoir qu'elle est plutôt soprano lyrique que soprano belcantiste et elle a tendance à vibrer un tout petit peu dans l'aigu. Mais une prestation qui a montré, et ça c'est le plus important, chez une chanteuse de son âge, à quel point elle était musicienne et à quel point elle était fine et intelligente. Donc preuve qu'Emma Posman s'est peut-être trompée de répertoire, mais ce n'est pas à nous de le dire.

Et puis on a terminé par un Coréen, absolument invraisemblable, un contre-ténor coréen du  nom de Sunghoon Choi qui est entré en chantant un air du Tancredi de Rossini (Oh patria ! – Di tanti palpiti). Or le rôle de Tancredi est écrit pour une mezzo-soprano, et Rossini détestait l'idée des castrats :  même si on sait que les contre-ténors sont un peu là pour remplacer les castrats, finalement dès qu'on entend chanter Sunghoon Choi, toutes nos réserves volent littéralement en éclats, il a conquis l'assemblée, et en ponctuant, il faut le dire, une mélodie de Tchaikovsky (Zabyt’ tak skoro) extêmement poignante… Lui aussi est une des voix à suivre.