Impressions de Vadim Lacroix, l'un des 6 sur la demi-finale du 11 mai

Flagey
Flagey - © RTBF Musiq3

L’après-midi a bien débuté par le  20ème concerto pour piano de Mozart, interprété par le Koréen Hans H. Suh. Dès les premières notes, j’ai été séduit par un chant mélodieux et une belle sensibilité. Il a fait preuve de cohérence et est bien rentré dans le style Mozartien, tout en y ajoutant une touche personnelle.

Denis Zhdanov, en revanche, m’a moins intrigué dans son 21ème concerto. Je n’y ai pas retrouvé le pétillant et charmant prodige qui nous a fait don de cette si belle musique. Néanmoins, l’Ukrainien a joué de belles cadences signées de sa main, mais qui me semblaient encore une fois plus s’apparenter au caractère de Beethoven qu’à celui de Mozart.

Premier récital de l’après-midi par la japonaise Kana Okada. Interprétation très fidèle de l’imposé Tears of Lights : à la mesure 24 il est indiqué sur la partition "comme une machine", et c’est réellement une machine que j’ai entendu. Dans son Rameau, ses doigts glissaient harmonieusement sur le clavier sans aucun effort, avec un touché qui correspondait exactement à la pièce. J’en retiendrai entre autres une partie rapide et pianissimo à la main gauche magnifiquement jouée. Belles sonorités dans Poulenc également, qui lui a d’ailleurs valu un premier prix au concours Poulenc 2013.

Henry Kramer, que j’avais particulièrement apprécié aux éliminatoires,  m’a également impressionné. Son Gaspard de la nuit était remarquable. Comme me l’a bien dit Wouter Valvekens (mon collègue de DeZes/LesSix) après sa prestation, il réussissait des prouesses techniques extrêmement difficiles tout en n’entrant pas dans du "show" et en restant fidèle au caractère presque magique de ce chef d’œuvre de Ravel.  

A présent, il était temps de combler l’estomac autant que les oreilles (ce qui s’avère une tâche difficile après une musique si belle). Mon amie Valentine Jongen et moi-même partageons les mêmes goûts que le jury, car nous nous sommes retrouvés avec eux dans le même petit restaurant Japonais! (Espérons que nous nous retrouvions également dans nos goûts musicaux !)

Après le traditionnel "veuillez ne pas tousser, cligner des yeux, ou respirer", Evan Wong a commencé la soirée avec un Mozart sobre et classique, mais qui manquait peut être un peu de réappropriation du morceau - en contraste avec le candidat suivant. En effet, le Chinois Ning Zhou débordait de créativité et d’humour dans le 21ème concerto de Mozart, ce qui nous a d’avantage évoqué le compositeur interprété.  Dans sa cadence de Casadesus, il réussit même la tâche complexe de faire sourire et même rire certains membres du jury, après un accord particulièrement jazzy ! De plus, il écoute intensément l’orchestre, avec qui il danse littéralement, en parfaite synchronisation. On a retrouvé ce qui caractérise les bons couples de danseurs de tango, où ce n’est plus l’un qui dirige et l’autre qui suit, mais une seule entité qui se meut en parfaite harmonie.  

Maintenant au tour de Dmitry Shishkin, que ma famille héberge depuis déjà deux semaines ! Au fur et à mesure que la compétition progresse, notre amitié se construit au cours de longues discussions à table ou en promenades. Il est intègre, et particulièrement courageux - sauf quand il s’agit de monter dans sa chambre qui est au troisième étage (comme il me l’a avoué hier en rigolant). En effet, malgré une rechute dans sa blessure au doigt deux jours avant le récital, il est resté serein et positif. Ce qui nous mène à son récital d'aujourd’hui : une prestation avec énormément de fougue et de passion. Des quatre imposés que j’ai entendu aujourd’hui, c’est de loin mon interprétation préférée : il a réussi à rendre cette pièce cohérente, avec les côtés sombres et lumineux clairement exprimés. J’ai été transporté par sa sonate de Mozart et son scherzo n°2 de Chopin, et j’ai été réellement bouleversé par son interprétation des quatre études de Prokofiev. De plus, c’est un compositeur qui lui correspond parfaitement au niveau de sa personnalité. Fougue, courage, persévérance, sensibilité, et intelligence !

S’en est suivit le jeune Italien Ferro, dans un répertoire particulièrement romantique. Je dois avouer m’être tellement investi émotionnellement dans la représentation de Dmitry, que j’ai écouté un peu moins intensément. Cependant, j’ai apprécié ses variations de Rachmaninov, ainsi que sa brillantissime rhapsodie de Liszt. Une technique impressionnante couplée à un beau son.