Demi-finale du Concours Reine Elisabeth 2017 : un écho des prestations du mercredi 17 mai

Les impressions sur la demi-finale du mercredi 17 mai
Les impressions sur la demi-finale du mercredi 17 mai - © RTBF

Les demi-finalistes hier soir, auront tous pu passer devant le jury du concours, voici le compte-rendu de leurs prestations durant les deux séances du mercredi 17 mai.

Séance de 15h

AYANO KAMIMURA

Mardi 17 mai, 15h

C’est dans une très élégante longue tenue verte que la Japonaise Ayano Kamimura, 26 ans, fait son entrée sur la scène du Studio 4 de Flagey.

Elle ouvre cette troisième journée de demi-finale avec le 1er concerto de Haydn, l’un des deux Concertos de Haydn imposés lors de cette demi-finale.

Et l’on a beau avoir déjà entendu près de dix fois ce 1er Concerto, chaque interprétation apporte son lot de découvertes, c’est ce qui rend l’exercice de l’imposé tellement captivant pour nous qui l’écoutons.

La sonorité d’Ayano Kamimura est excessivement cristalline, on y entend un timbre d’alto tant le medium aigu est expressif et velouté à la fois. Une beauté et une poésie qui sont peut-être dues à l’origine de son violoncelle: un Giovanni Battista Guadagnini du 18e siècle.

Dans le 1er mouvement, on apprécie la manière avec laquelle elle dialogue, et parfois même se fond avec l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie.

Peu après, dans le 2e mouvement, en découvrant un vibrato retenu, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle a dû écouter des interprétations sur instruments anciens. Un élément qui ne serait pas surprenant lorsqu'on sait qu'elle a étudié à Bâle, et qu'elle utilise un archet baroque.

Dans le final, "molto allegro", c’est toute la musicalité d’Ayano qui explose: l’articulation est belle. La justesse n’est certes pas toujours irréprochable, mais lorsqu’on a tant de choses à dire musicalement, ces incidents de justesse sont des micro-détails sur la carte de la Musique.

Ayano Kamimura: la plus baroqueuse de nos demi-finalistes.

Pour revoir ou réentendre les prestations de Ayano Kamimura

AURELIEN PASCAL

Mardi 17 mai, 15h30

Nouvelle version de ce 1er Concerto de Haydn, avec le Français Aurélien Pascal, 22 ans, formé au Conservatoire de Paris, puis à la Kronberg Academy, en Allemagne.

On retrouve ici une sonorité de violoncelle plus conventionelle, avec de belles basses profondes, et un vibrato plus large, et plus abondant.

Etonnamment, il semble que son jeu plus romantique ait influencé l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, qui envisage soudainement lui aussi ce Concerto avec l’emphase des grands concertos romantiques. On est loin de la conception baroque de la candidate japonaise.

Dès l’entame du Concerto, il est frappant de remarquer combien le volume sonore de son jeu le place immédiatement dans la position de soliste devant l’Orchestre, plutôt qu’avec lui.

Dans le mouvement lent, la sonorité d’Aurélien Pascal est pure, propre et majestueuse. C’est manifestement un artiste solide, qui semble privilégier le son à l’articulation.

Dans le final, Aurélien Pascal confirme que sa sonorité est profonde et puissante. Son vibrato très large lui procure l’étoffe des grands solistes romantiques, Haydn n'est cependant pas (encore) un compositeur romantique.

Pour revoir ou réentendre les prestations d'Aurélien Pascal

IVAN KARIZNA

Mercredi 17 mai, 16h30. Session récital.

La session de musique de chambre de ce mercredi s’ouvre avec Ivan Karizna, un musicien biélorusse de 25 ans.

Formé à Paris, puis à la Kronberg Academy, en Allemagne, il débute sa prestation avec la 6e Suite BWV 1012 de Jean-Sébastien Bach. Grand fort gaillard d’un mètre nonante, sa grâce et sa finesse sont inversement proportionnelles à sa stature.

Ivan Karizna aborde Bach avec un raffinement bienvenu et un vibrato très sobre, proche de l’esthétique baroque. Le son est ample et clair, le propos clair et précis. Un Bach comme on les aime!

Il enchaîne ensuite avec la Sonate en ut majeur de Prokofiev, et la retenue dont il avait fait preuve dans Bach s’envole. Son violoncelle se gorge désormais de belles notes graves, aussi voluptueuses qu’imposantes. Le vibrato s’élargit, et Karizna met en valeur la beauté, mais également la gravité de Prokofiev. Un style qui sied parfaitement à cette époque.

Dans le mouvement lent, le son s’enrichit encore.

Quant au mouvement final, c’est un feu d’artifice de couleurs qu’il est capable de proposer: d’une sonorité presque blanche, comme dans Bach, jusqu’à une myriade de couleurs sonores qui englobent à la fois un grave intense et profond, et un aigu survitaminé.

C’est avec l’imposé d’Annelies Van Parijs qu’il poursuit son récital, il y fait entendre la beauté céleste de cette musique, en jouant les pianississimo à la limite de l’audibilité.

Puis sans crier gare, fait gronder son instrument dans un déchaînement d’éléments. Mais curieusement, c’est finalement la sobriété qu’on retiendra de cette version de l’imposé: le comble du chic peut-être!

De sobriété, il n’en est nullement question dans la Danse des Elfes de David Popper qui conclut son récital. Une œuvre qui semble avoir été composée pour les Concours. On l’applaudira à tout rompre, ou l’on s’en désintéressera dès la première mesure, suivant les affinités des uns et des autres. Quoi qu’il en soit, Ivan Karizna nous a prouvé ici, une fois encore, qu’il disposait de moyens techniques, expressifs et artistiques imposants.

Un artiste qu’on ne serait pas surpris de retrouver en finale… !

Pour revoir ou réentendre les prestations d'Ivan Karizna

JULIA HAGEN

Mercredi 17 mai, 17h30

 

Julia Hagen, est née à Salzbourg en 1995. Elle a étudié à Salzbourg, Vienne et Berlin, auprès de Gautier Capuçon.

Elle débute avec la 3e Suite de Bach, BWV 1009. Au jeu de la comparaison avec le candidat biélorusse qui la précédait, on est surpris par la très grande clarté de sa sonorité, presque trop claire. Une couleur qui pourrait être la signature de son violoncelle Francesco Ruggieri de1684.

Cela étant dit, sa qualité d’articulation, et sa justesse stylistique nous a donné envie de jeter un coup d’œil à Pieter Wispelwey, membre du Jury, dont nous subodorions qu’il pourrait apprécier cette option esthétique…  Sans succès, l’homme n’a rien laissé paraître, c’est tout à son honneur !

Julia Hagen poursuit avec l’imposé, et sort de nouvelles cartouches de sa besace. Le son s’amplifie, et elle se joue des difficultés de cette partition, preuve d’une technique éprouvée, et d’une expérience de la scène.

Dans la Sonate en ré mineur de Shostakovitch, on se ravise définitivement quant à la sonorité " trop claire " perçue dans la Suite de Bach. L’on se dit alors qu’il convenait simplement de s’habituer à cette sonorité brillante, certes, mais tellement expressive de cette candidate autrichienne.

On retrouve avec bonheur la géniale Naoko Sonoda au piano. Elle incite sa jeune partenaire à sortir de toute forme de réserve. C’est particulièrement vrai dans le 2e mouvement où la débauche d’énergie de Julia Hagen sert parfaitement la détresse et la rage de ce mouvement.

Dans le 3e mouvement, la musicienne autrichienne est plus investie que jamais par le Maître Shostakovitch. On ne sait alors plus si son instrument chante, ou pleure de désespoir.

Le Final prend des allures de Sonate pour piano et violoncelle quand Naoko Sonoda se déchaîne. La jeune Autrichienne semble avoir été élue par Shostakovitch, tant elle semblait investie et engagée dans cette superbe Sonate.

Elle conclut sa prestation avec le Scherzo - Tarentelle d’Henryk Wieniawski. On ne la sent ici pas vraiment à son aise, au point qu’on se demande si elle n’a pas choisi cette pièce par stratégie, davantage que par goût. Cela ne devrait en aucun cas occulter la beauté de sa prestation!

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Séance de 20h

SHIZUKA MITSUI

Mercredi 17 mai, 20h. Session d’Orchestre.

Shizuka Mitsui, 25 ans est Japonais. Il a étudié à l’Université de Toho dans son pays, puis avec Clemens Hagen, l’un des fondateurs de l’illustre quatuor Hagen.

Il débute cette 3e soirée, avec le 2e Concerto de Haydn. A l’image de sa compatriote Ayano Kamimura, son esthétique sonore est parfaitement exquise. Après dix Concertos de Haydn, on commence doucement à pouvoir créer des familles de sonorités et d’esthétiques.

Celle de Shizuka appartiendrait à la famille des violoncelles " sopranos ", dans la mesure où les harmoniques supérieures de son instrument sont particulièrement abondantes et chatoyantes.

On le classerait également volontiers parmi ceux qui proposent une interprétation "historiquement informée" de ce répertoire classique, mais encore proche de l’esthétique baroque. Shizuka Mitsui use ainsi du vibrato, sans jamais en abuser.

Mais dans le mouvement lent, c’est son sens du discours qui ravit plus que tout. Le musicien japonais enchaîne phrase après phrase, comme un poète scanderait de grands auteurs. Un sens du discours qui inspire joliment les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Wallonie. Moment de grâce aussi sur la fin de ce mouvement, lorsqu’il joue quelques mesures à découvert, c’est alors tout le Studio 4 qui s’arrête de respirer.oublier

La musicalité et la technique de cet artiste japonais sont telles qu’elles nous font oublier que ce 2e Concerto était pavé de pièges techniques, dont ce musicien s’est joyeusement acquitté.

Un des plus beaux 2e Concerti de Haydn jusqu’à présent, et un potentiel finaliste… Risquons nous que diable!

Pour revoir ou réentendre les prestations de Shizuka Mitsui

MACIEJ KULAKOWSKI

Mercredi 17 mai 2017, 20h30

C’est Maciej Kulakowski, un musicien polonais de 21 ans qui succède à notre candidat japonais. Il a fait ses classes à Gdansk, puis à l'Universität der Kunst de Berlin.

Il a lui aussi choisi le 2e Concerto de Haydn. Grand jeune homme blond, Maciej Kulakowski propose une version légèrement plus virile que celle du Japonais, sans doute par la projection sonore et le volume plus important par rapport à la 1ère version de ce soir.

Une virilité qui se révèle très rapidement racée et maîtrisée. Le trait suraigu de ce 1er mouvement met en exergue les grands moyens technique du Polonais, dans un Concerto qui, rappelons-le ne manque pas d’occasions de trébucher…

Dans le 2e mouvement en revanche, Maciej Kulakowski en fait un peu trop, en vibrant plus que de raison, sortant ainsi de l’esthétique classique qu’il avait imprimée dans le 1er mouvement. (ndlr. : Perception et non vérité toute personnelle, comme tous les propos que nous tenons ici bien sûr !)

Dans le mouvement final, le musicien polonais revient à ce qui fait son style, à savoir son élégante poigne, son phrasé souple et sa sonorité très équilibrée.

Cette session d’Orchestre de ce mercredi se termine par un tonnerre d’applaudissements pour Frank Braley et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, qui, il faut le rappeler abat un travail phénoménal, avec un raffinement digne des plus grands Orchestres internationaux.

Pour revoir ou réentendre les prestations de Maciej Kulakowski

ALEXEY ZHILIN

Mercredi 17 mai, 21h30. Session de musique de chambre

Alexey Zhilin, 30 ans est Russe, c’est l’un des aînés de cette compétition. Il est l'un des très rares concurrents à avoir accompli tout son cycle d'études dans son pays d'origine.

C'est ainsi au Conservatoire de Saint-Pétersbourg que notre concurrent russe a étudié.

C’est avec une détermination impressionnante que le violoncelliste russe entame cette 2e partie de soirée avec la 4e Suite de J-S.Bach. Un musicien qui n’est manifestement pas né de la dernière pluie, et qui ne s’encombre pas non plus de savoir comment il conviendrait de jouer Bach aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, sa personnalité transcende tous les débats, même si son vibrato intense et omniprésent peuvent surprendre, voire choquer les puristes.

C’est le pianiste belgo-américain Daniel Blumenthal qui le rejoint à présent pour la 2e Sonate en fa majeur de Brahms. Un répertoire qui convient ici divinement à la sonorité très ronde et large du musicien russe. Et c’est un adieu immédiat à tous les débats concernant le vibrato: le jeu du musicien russe est ici en parfaite adéquation avec les affects et les sentiments de Brahms.

C’est peut-être dans des opus aussi imposants que ces grandes sonates romantiques, qu’on perçoit le mieux l’expérience d’un candidat. Celle d’Alexey Zhilin se ressent à chaque instant.

Les idées, les projets se succèdent, et compte tenu de la longueur des Sonates de Brahms, c’est une nécessité d’en proposer une à chaque coin de rue pour maintenir son public en haleine.

La sonorité de Zhilin est puissante, mais toujours voluptueuse et enveloppante. Ses phrases sont soutenues en permanence par un souffle et une voix intérieure, dignes de celles des grands chanteurs d’opéra.

Dans le 4e mouvement, la complicité entre Daniel Blumenthal et le violoncelliste est belle à voir. Ils chantent tantôt à l’unisson, tantôt se répondent avec bienveillance. Une sacrée belle version de cette 2e Sonate de Brahms…

Le duo poursuit avec " Chacun(e) sa chaconne ", l’imposé de la compositrice et pianiste belge Annelies Van Parijs. De toutes les versions entendues à ce jour, c’est sans doute aucun la plus endiablée, la plus dynamique. On a aussi le sentiment que Daniel Blumenthal et Alexey Zhilin se sont donnés le mot: " surjouons les nuances ! ". Une idée saugrenue sur papier, mais extrêmement convaincante sur scène. Une version également empreinte d’un mélange de suspense et d’amusement.

Sa prestation se conclut avec Pezzo Capriccioso de Tchaïkovsky. Pièce de Concours, oui mais quand on parvient à enfiler autant de notes sans anicroche, avec une justesse que bien des violonistes n’atteindront jamais, et à une allure supersonique, on dit : "Chapeau bas Alexey et Daniel! "

Un violoncelliste qu'on serait étonné de ne pas retrouver en finale !

Pour revoir ou réentendre les prestations d'Alexey Zhilin

VICTOR JULIEN LAFERRIERE

Mercredi 17 mai 2017, 22h20

Cinquième candidat français pour cette demi-finale, Victor Julien Laferrière est âgé de 26 ans, et a étudié avec deux Maîtres que sont Heinrich Schiff et Clemens Hagen.

Il choisit la 2e Suite pour violoncelle BWV 1008 de Bach pour ouvrir le bal.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après la prestation (sur)vitaminée du candidat russe, la sobriété du jeune Français dans sa Suite de Bach fait… du bien! Le vibrato est revenu à des niveaux normaux, et si le son est clair, il ne manque aucunement de registre grave.

Bien évidemment, comme toujours, il faut accepter un autre univers après s’être imprégné de celui d’un concurrent pendant près de 50 minutes. Cela est vrai pour tous, mais lorsqu’un candidat s’impose à toute une salle, la transition est plus délicate.

Pur hasard de l’enchaînement des candidats, Victor Julien Laferrière poursuit avec la même 2e Sonate de Brahms! Il est accompagné par un jeune pianiste français très apprécié Théo Fouchenneret.

On pourrait regretter cette juxtaposition, mais c’est en fait une chance, un régal pour nous tous qui aimons la musique.

Nous voilà donc avec une même partition à 20 minutes d’intervalle, et pourtant quel monde de différences!

A la poigne et au son très imposant de Zhilin, Laferrière répond par une grande salve de finesse et de douceur. Sa sonorité plus menue le place parfois en léger retrait vis-à-vis du piano, mais cela contribue à un sentiment de communion avec le jeune pianiste français.

Sonorité menue, oui mais ce que nous venons de vous dire se révèle parfaitement faux lorsque Laferrière entame le 3e mouvement. Il en avait gardé "sous la pédale", et dans ce mouvement très enlevé, la clarté de sa sonorité lui permet de rester intelligible en toute circonstance.

Dans le 4e mouvement, c’est l’expressivité dans le medium-aigu qui fait des merveilles. Théo

Fouchenneret au piano donne quant à lui, une bien belle réplique à son complice Victor Julien. Le public applaudit chaleureusement cette sonate, montrant ainsi qu’il avait profité tout autant de cette 2e version que de la 1ere.

Le récital des deux Français se poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs, dans lequel le duo tarde quelque peu à se trouver. Un problème aussitôt oublié lorsqu’ils abordent les passages pianississimo, les deux hommes développent une poésie de toute beauté, entre le chuchotement et le souffle chaud d’un baiser. Et c’est finalement une version très intimiste qu’ils nous en donnent.

Le récital du Français se termine avec la Campanella de Paganini dans un arrangement de Kreisler. Et si ce type de pièces sont écrites pour épater la galerie, ce n’est peut-être pas le sport dans lequel Victor Julien et Théo sont les plus forts. Mais il semble décidément  qu’on ne puisse décemment pas faire l’impasse sur ce type d’exercice dans le cadre du plus grand Concours au monde.

Beau moment de concert, empreint de sincérité avec Victor Julien Laferrière et Théo Fouchenneret qu’on adorerait déjà réécouter en concert !

Pour revoir ou réentendre les prestations de Victor Julien Laferrière