Concours Reine Elisabeth session d'été : Boris Giltburg et Marie-Nicole Lemieux

Marie-Nicole Lemieux
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Marie-Nicole Lemieux - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

Deux musiciens qui n'ont apparemment en commun que leur métier et leur succès au Concours Reine Elisabeth à 13 ans d'intervalle, et pourtant c'est la générosité de leurs jeux respectifs qui les réunit ici : voici les portraits de Boris Giltburg, le Maître, et Marie-Nicole Lemieux, la Tragédienne, rassemblés dans une émission réalisée par Thierry Loreau.

Pour revoir l'émission sur Auvio

Le Maître Boris Giltburg

Discipline : piano

Premier Prix : 2013

Pays : Russie/Israël

Age : 29 ans

Boris Giltburg a gagné le Concours Reine Elisabeth en 2013, à l’âge de 29 ans. A cet âge avancé, il savait tout déjà du métier de pianiste, c’était déjà un Maître. Sa victoire était donc logique. Son histoire nous avait émus. Il est né à Moscou mais toute sa famille, comme 500.000 juifs russes à ce moment-là, a émigré en Israël en 1989 lorsque les frontières de la Russie se sont ouvertes. Boris est passionné par la littérature. Il lit beaucoup de livres, qu’il considère comme une nourriture pour l’esprit, pour l’imagination. Ils le font entrer dans un monde parallèle, il vit les aventures des personnages et il s’identifie à eux. Le travail du musicien n’est-il pas comparable ? Les différents mouvements d’un concerto sont comme les chapitres d’un livre, avec des atmosphères différentes, des histoires différentes, des structures différentes. Cet amour pour la littérature donne une grande cohérence à ses prestations. Il interprète bien l’œuvre car il l’a comprise.

En finale, Boris avait choisi le Concerto n° 3 de Rachmaninov, un des hits de la musique pour piano. Dans cette œuvre au romantisme débordant, il a pu montrer toute sa puissance, sa belle assurance, sa brillance. La cadence du premier mouvement était majestueuse. Ce concerto est comme un marathon. Il est très physique, il demande beaucoup d’investissement personnel à tous les niveaux. Pas étonnant qu’il en soit ressorti épuisé, en sueur. Mais malgré les difficultés et la fatigue, il reste toujours lumineux. On n’a presque pas besoin d’entendre le son, on comprend ses émotions rien qu’en regardant son visage.  Il a une position au piano assez unique, le dos cassé à 90 degrés, le visage presque sur le clavier et sur ses doigts.

Voici le portrait que nous avions filmé avec lui pour le concert de clôture.

La Tragédienne Marie-Nicole Lemieux

Discipline : chant, contralto

Premier Prix : 2000

Pays : Canada

Age : 24 ans

Une contralto qui gagne un grand concours international, c’est plutôt rare car les rôles dévolus à ce type de voix à l’opéra sont plutôt sombres. Le public et le jury préfèrent généralement l’agilité et la virtuosité des airs d’une soprano. Malgré cela, Marie-Nicole a conquis tout son monde, surtout par ses talents de tragédienne.

Pour sa finale, elle a choisi des pièces dramatiques, profondes, puissantes. Sa prestation est tout en retenue, en poésie ombrageuse. Elle nous tient en haleine aussi bien en russe qu’en allemand, en italien ou en français. Elle déborde de générosité et de sympathie. En effet, elle chante pour donner. Et cela a fonctionné puisqu’elle a obtenu le Premier Prix. Elle mène, par ailleurs, une très belle carrière internationale.

Retrouvons-là dans le Journal Télévisé de la RTBF diffusé le lendemain de la proclamation où on a pu découvrir une femme affable, bien dans sa peau et amoureuse de la vie.