Concours Reine Elisabeth : les impresssions sur le 1er jour de Demi-Finale

Concours Reine Elisabeth : Demi-Finale - 1er jour
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Tous les jours de cette semaine, Laurent Graulus vous livrera un petit compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

 

SIHAO HE

Lundi 15 mai 2017, 15h

Il est un peu plus de 15h ce lundi quand la Reine Mathilde fait son entrée dans le Studio 4 de Flagey pour ouvrir cette demi-finale du Concours international Reine Elisabeth, consacré pour la 1ère fois au violoncelle. Une 1ère session qui coïncide avec les 80 ans du concours.

Dès l’entrée des premiers spectateurs vers 14h30, on ressentait une joyeuse effervescence qui oscillait entre la curiosité de découvrir ce nouveau venu qu’est le violoncelle, et aussi le plaisir d’une rentrée des classes, où l’on sait qu’on va se retrouver pour deux semaines de musique.

Un climat chargé, qui n’a l’air d’effrayer en rien Siaho He, un violoncelliste chinois de 23 ans, formé aux Etats-Unis. Il est le premier à s’élancer en compagnie de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie (ORCW), conduit par Frank Braley.

Siaho He a choisi le 1er Concerto pour violoncelle de Haydn, un des deux concertos de Haydn, imposés dans la session d’orchestre. D’emblée, le geste est sûr, et la sonorité claire et extrêmement mature.

Dès l’entame du 1er mouvement, le musicien chinois démontre un sens de la phrase musicale, qu’il conduit avec élégance et souplesse.

Mais Shiao He a aussi la sobriété qu’on attend dans Haydn, dans le sens où il n’abuse pas du vibrato. Son articulation et son timing sont impeccables : c’est particulièrement marquant dans le 3e mouvement, emmené à vive allure par le chef Frank Braley.

Bel équilibre aussi entre l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie (ORCW) et Shia He qui joue souplement, mais qui a aussi sacrément du son ! Un beau début de demi-finale avec un ORCW très en forme, et un beau candidat pour ouvrir cette demi-finale !

 

VALENTINO WORLITZSCH

Lundi 15 mai 2017, 15h30

Le deuxième candidat cet après-midi est allemand. Agé de 27 ans, Valentino Worlitzsch a choisi le 2e Concerto de Haydn. Grand jeune homme très mince, le musicien allemand parvient à sourire de plaisir, tant il semble heureux de jouer pour nous.

Formé au Conservatoire de Paris, puis les grands Conservatoires allemands (Musik Hochschule), Valentino Worlitzsch développe une sonorité plus riche que Shiaho He, on aimerait déjà l’entendre dans du grand répertoire romantique !

Mais pour revenir à Haydn, le musicien allemand aborde ce Concerto comme un véritable air d’opéra, dans lequel il est tantôt ténor napolitain, tantôt contreténor monteverdien, tant il a le sens du récit, et se joue aussi des plus grandes difficultés techniques de ce 2e Concerto. L’un des grands défis de ce dernier étant probablement les nombreuses phrases dans l’extrême aigu de l’instrument, un exercice dans lequel Valentino Worlitzsch excelle !

Valentino Worlitzsch, un concurrent chez qui on a déjà pu ressentir une expérience évidente de la scène.

 

ASTRIG SIRANOSSIAN

Lundi après midi 15 mai 2017, 16h15

Après un entracte d’une demi-heure, c’est au tour de la Française Astrig Siranossian pour une prestation en récital cette fois.

Née en 1988, et formée au Conservatoire de Lyon, puis à la Musik Hochscchule de Bâle, Astrig Siranossian est actuellement Artiste en résidence à la Chapelle musicale Reine Elisabeth auprès de Gary Hoffman.

Elle débute cette 2e partie d’après-midi avec la 2e Suite en ré mineur BWV 1008 de Jean-Sébastien Bach. Dès les premières notes, la profondeur du son est étonnante, et cette Suite de Bach prend des allures de musique sacrée, tant le recueillement qui s’en dégage est intense. Mais plus tard, dans la Sarabande, la jeune française nous montrera un autre visage, celui d’une interprète fougueuse, comme dans de la musique folklorique irlandaise.

Suit la 1ère exécution de " Chacun sa chaconne ", l’œuvre imposée de la Belge Annelies Van Parijs. Astrig Siranossian nous rappelle ici qu’elle n’est pas une novice de la scène : précision rythmique, expressivité, justesse sont au rendez-vous d’une œuvre poétique, mais exigeante, et déchiffrée en peu de temps.

Des contraintes qui ne semblent en rien empêcher Astrig d’exprimer sa vision de " sa " chaconne.

Elle poursuit avec les Fantasiestücke opus 73 de Robert Schumann. Et c’est peut-être là que son caractère musical se révèle plus que jamais. L’amplitude et la volupté de sa sonorité sont un vrai ravissement. Les phrases s’enchaînent avec un allant étonnant. Les rubatos habilement placés, rendent le dialogue avec Julien Gernay, son pianiste, encore plus intéressant.

Dans la Sonate en ut majeur de Benjamin Britten qui clôt son récital, c’est la vigueur et la puissance parfaitement maîtrisée de sa sonorité qui font mouche.

Même quand elle joue pianissimo, elle peut faire gronder le grave de son instrument comme un orage d’été.

Astrig Siranossian assume également à merveille la gravité et la noirceur de Britten.

Puis, quand il s’agit d’être légère dans des phrases en pizzicato, la jeune française donne la sensation de sautiller, le ciel est bleu, et l’on a déjà oublié que 16 mesures plutôt, il faisait si sombre…

Astrig Siranossian, une artiste solide et raffinée qu’on aimera réentendre, et qui nous a offert un vrai récital de concert.

 

YUYA OKAMOTO

Lundi après midi 15 mai 2017, 17h15

De la France d’Astrig Siranossian (ndlr.d’origine arménienne), on passe au Japon de Yuya Okamoto, 22 ans.

Formé au Japon, puis à Munich, Yuya Okamoto ouvre sa prestation avec la 6e Suite en ré majeur BWV 1012 de Bach. Très concentré, le contraste avec la maturité de la concurrente française est étonnant. Fonceur, sa sonorité semble ici encore un peu " verte " dans le jeu de la comparaison avec Astrig Siranossian.

Dans la deuxième écoute de l’imposé de Van Parijs, Yuya Okamoto nous montre sa grande sûreté technique et rythmique, en parfait dialogue avec le pianiste du Concours. Nul ne sait si Annelies Van Parijs aime les chats, mais Okamoto est parvenu à miauler ici avec une authenticité remarquable

Avec la Suite italienne de Stravinsky, le jeune japonais semble être davantage dans son élément. Son vibrato est ample, mais la grande clarté de sa sonorité servent efficacement cette partition pleine de surprises. La qualité de son articulation est également l’un de ses atouts, et plus il avance dans son récital, plus sa sonorité grandit.

Après les aventures italiennes de Stravinsky, le jeune Japonais termine son récital avec trois strophes sur le nom de Sacher d’Henri Dutilleux, une œuvre pour violoncelle solo.

Yuya Okamoto parvient ici à exprimer des sentiments très intenses, au travers de l’amplitude des nuances qu’il développe.

Un concurrent brillant techniquement, qui n’a pas eu peur de s’attaquer à des œuvres complexes dans leur construction. Yuya Okamoto qui, rappelons-le, n’a que 23 ans, et dont le sourire et le jeu ont démontré la sincérité et l’intégrité la plus totale.

Fin de la session à 18h15.

Laurent Graulus.

 

JONAS PALM

Lundi 15 mai 2017, 20h. Session Concerto.

La première soirée s’ouvre avec Jonas Palm, un musicien allemand qui s’est formé à laprestigieuse Musik Hochschule " Hans Eisler " de Berlin.

A 23 ans, le jeune violoncelliste peut déjà faire valoir une belle expérience de la scène. Uneexpérience qui se remarque dès les premières mesures du 1er Concerto en ut majeur deHaydn.

Jonas Palm a le coup d’archet vif et affuté, sa sonorité puissante parvient jusqu’au dernier rangdu Studio 4, sans la moindre difficulté. Jonas Palm embarque tout le monde avec lui: Haydn,l’Orchestre et le public de Flagey, à telle enseigne que Frank Braley doit parfois le suivre dans letempo enlevé qu’il impose, sans le savoir, à l’orchestre dans ce 1er mouvement.

Le 2e mouvement nous fait découvrir un autre musicien, à la sonorité tout à coup allégée etcristalline. Son sens du legato est un vrai bonheur.

Dans le 3e mouvement, Frank Braley et l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie imprimentun tempo de feu, qui inspire le jeune allemand, et qui prouve qu’il n’a vraiment peur de rien!

 

JAMES JEONGHWAN KIM

Lundi 15 mai 2017, 20h30. Session Concerto.

Même 1er Concerto de Haydn pour le candidat sud-coréen, 23 ans, à l’instar du concurrentallemand.

C’est un cas de figure toujours passionnant que celui de pouvoir entendre deux fois de suite lemême Concerto.

Le son de James Jeonghwan Kim est plus rond, et plus riche que celui de Jonas Palm. Faut-il yvoir un rapport avec l’école américaine dont il est issu. Lui qui a étudié -entre autre- à laJiulliard School de New York?

Cela étant dit, en ce début de 1er mouvement, le jeune Coréen veut parfois devancer l’Orchestre,avec un enthousiasme qui le disculpe de toute tentative de vouloir jouer cavalier seul.

Dans le 2e mouvement, le violoncelliste coréen fait preuve d’une belle réserve, qui contrasteintelligemment avec la fougue du 1er mouvement.

Dans le final, c'est la virtuosité de James Jeonghwan Kim qui décoiffe! Aux longues tenuessuccèdent des enfilades de traits rapides et parfaitement articulés.

James Jeonghwan Kim est sans aucun doute un fin technicien!

 

SEUNGMIN KANG

Lundi 15 mai 2017, 21h30. Session Récital

La deuxième partie de cette soirée s’ouvre avec la candidate sud-coréenne Seungmin Kang. Apresque 30 ans, elle fait partie des aînés de ce concours qui attire cette année des candidats plusmûrs que les trois autres instruments.

La violoncelliste sud-coréenne a, -comme bon nombre de ses compatriotes- parfait saformation en Allemagne, et dans son cas à la Musik Hochschule " Hans Eisler " de Berlin (ndlr:tout comme Jonas Palm).

Son expérience de la scène et des concours sont également édifiants, avec quatre premiers prixsur huit concours auxquels elle a participé…

Elle débute son récital avec la 1ère Suite pour violoncelle seul de Bach BWV 1007, qu’ellepropose dans une version très vitaminée, privilégiant d’emblée l’énergie, à la douceur et aulegato.

Elle poursuit avec un compositeur rarement joué dans ce type de concours, c’est AlfredSchnitke et sa 1ère Sonate.

Œuvre sombre et parfois très dure, composée en 1978, Seungmin Kang confirme ici qu’elle estune femme de poigne. Son engagement est entier. Sa sonorité très claire, et son vibrato serréservent à merveille la musique de Schnitke.

Dans le mouvement lent final, les longues tenues pianissimo et les pizzicati révèlent unedimension poétique, jusqu’alors dissimulée.

L’œuvre imposée d’Annelies Van Parijs " Chacun(e) sa chaconne " succède à Schnitke.

Une fois encore, les qualités qu’on avait pu observer dans Bach et Schnitke font merveille:sonorité puissante, presque acérée et énorme réactivité par rapport aux nuances.

Son récital se termine avec "Russische Weisen " de Rodion Schedrin, un compositeur etpianiste russe né en 1932. Elle y montre ici toute la palette de son jeu, très expressif, coloré,dense, engagé, mais aussi généreux.

Un récital audacieux, bien loin des sentiers battus. Seungmin Kang semble vraiment taillée surmesure pour le répertoire contemporain!

 

CHRISTINE (JeongHyoun) LEE

Lundi 15 mai 2017, 22h20. Session Récital

Christine (JeongHyoun) Lee, 25 ans, est également sud-coréenne. Elle est "Artiste en résidence"à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth.

Elle débute son récital avec l’imposé d’Annelies Van Parijs, et Dana Protopopescu au piano. Etaprès la vigueur de sa compatriote, on se trouve manifestement dans une toute autre esthétique.A commencer par le choix du répertoire : Cassado, Tchaïkovsky et Stravinsky.

Dans cet imposé belge, Christine Lee fait entendre l’infiniment petit, joue sur le souffle, etpropose la plus singulière des quatre versions des imposés entendus jusqu’à présent

La violoncelliste coréenne choisit ensuite la 3e Suite BWV 1009 de Jean Sébastien Bach. Unrépertoire dans lequel on ressent que la projection de son instrument n’est pas aussiimpressionnante que celle des autres concurrents. Mais Christine Lee développe une sonoritétellement voluptueuse et cuivrée, qu'elle compense immédiatement sa projection légèrementplus ténue.

Dans le Pezzo capriccioso de Tchaïkovsky, tout ce qu’on pressentait se confirme, mais on ydécouvre en outre une vélocité impressionnante.

Christine Lee termine son récital avec la Suite italienne de Stravinsky. Un feu d’artifice decouleurs, dont on découvre une infinité de nuances, comme dans un énorme bouquet de fleurssauvages.

La solidité rythmique de la jeune coréenne est à toute épreuve. A chaque instant, son souci estde raconter une seule et même histoire, avec la pianiste Dana Protopopescu.

Christine Lee nous a profondément épatés par son élégance exquise et sa personnalité tout àfait unique.

 

Fin de la session de ce mardi 15 mai à 23h.

Laurent Graulus.