Concours Reine Elisabeth : Compte rendu de la finale de Keigo Mukawa

Retour sur la prestation de Keigo Mukawa, en finale du Concours Reine Elisabeth, ce mercredi 26 mai.

Keigo Mukawa fait de la dentelle, les gestes sont précis, les notes qui défilent dans cet imposé à une vitesse éclair, le jardin est féerique et surtout très sombre.

Le pianiste donne l’impression d’explorer au maximum les possibilités du piano, c’est d’ailleurs l’une de choses qui l’intéressent le plus dans la pratique de l’instrument, il l’avait confié en interview.

pour revoir la soirée de finale de Keigo Mukawa

Puis il entame le deuxième concerto de Prokofiev, une œuvre de jeunesse écrite par le compositeur russe, en hommage à un ami proche, lui aussi étudiant au Conservatoire de Saint Petersbourg, et qui s’était donné la mort.

Le premier mouvement est tout à fait dramatique, le deuxième on le voit à peine passer, et puis vient le troisième mouvement, peuplé d’êtres maléfiques ou de visions d’horreur, Keigo Mukawa est toujours aussi précis, cérébral, presque carré.

Le final, c’est l’Enfer sur terre avec une très belle palette de couleurs sonores, et toujours cette maîtrise du geste, du son, une tension permanente et plus vraiment de spontanéité, on sent la noirceur de l’âme, mais pas tout à fait cette folie furieuse et surtout indomptable qui pourrait vous emmener très loin, pas sûr qu’il s’agisse du meilleur choix de concerto par Keigo Mukawa, un merveilleux musicien.

Retrouvez le portrait sonore de Keigo Mukawa

Keigo Mukawa parle couramment français, il étudie au Conservatoire supérieur de Paris depuis plusieurs années, entre autres avec Frank Braley, premier lauréat du Concours Reine Elisabeth en 1991.

Dans son récital, en demi-finale, Keigo Mukawa avait joué avec tellement de justesse, et de délicatesse, une pièce de Rameau, compositeur français, on avait pu apprécier le respect du texte, et la précision.

"Il faut que la technique et la musicalité se connectent totalement, nous dit Keigo Mukawa. C’est ce qui est le plus important pour être un musicien, je crois."

Puis avec énormément de classe, il est passé par une pièce de Rachmaninov, c’était clair, précis. Pour terminer par un prélude et fugue de Chostakovitch. La musique russe le fascine, Keigo Mukawa a d’ailleurs choisi de jouer en finale, le deuxième concerto de Prokofiev.

"Quand j’écoute une musique russe, dit-il, je ressens une certaine sympathie.. Quand j’avais 18 ou 19 ans, j’étais tellement attiré par la musique de Rachmaninov, et j’ai beaucoup étudié son répertoire."

À 28 ans, Keigo Mukawa n’en est pas à son premier concours, à son palmarès, il y a une deuxième place au Concours Long Thibaud à Paris, en 2019. Il avoue être assez stressé à l’idée d’être jugé mais les concours, ajoute-t-il, ça permet de faire des rencontres et ça peut être bien utile pour mener une carrière de soliste.