Commentaires sur la demi-finale du vendredi 13 mai

Flagey accueille la demi-finale du Concours Reine Elisabeth
Flagey accueille la demi-finale du Concours Reine Elisabeth - © RTBF Benoît Vlietinck

De belles interprétations en cette avant dernière journée de demi-finale du Concours : Lukas Vonracek, le favori, a tenu ses promesses mais les autres candidats ont également confirmé les impressions de leur premier passage.

Session de 15h :

La pianiste ukrainienne, Dinara Klinton, 26 ans a ouvert cette session avec le 25e concerto de Mozart. Coup de cœur pour cette pianiste qui avait livré un splendide récital. Beaucoup de musicalité dans ce concerto joyeux, dramatique, avec une certaine urgence positive. Il y a de la fierté, de la noblesse et pour la première fois dans les concertos de ce concours, une point d’espièglerie, de farce. Le deuxième mouvement ressemble à de la musique de chambre, il est intimiste, on y retrouve beaucoup d’intériorité et d’émotion. Retour à l’espièglerie, à cet esprit farceur, mêlés à la douceur et à la joie de vivre. C’est un tourbillon mozartien qui a soufflé dans le studio à 4 à Flagey, toutes les émotions de l’âme humaine étaient là, tous les ingrédients d’un Mozart sincère étaient présents. On a envie de lui dire, merci.

Le pianiste américain Larry Weng, 28 ans, avait lui aussi fait forte impression lors de son récital. Nous avions découvert un coloriste dans les Miroirs de Ravel. Cette impression n’est pas démentie lors de son 21e concerto de Mozart. Le son est perlé, puissant mais jamais agressif. Il a une belle écoute, la mélodie est chantée mais l’ensemble paraît moins soigné, moins concis. On sent le plaisir du candidat à interpréter ce concerto, son interprétation est joyeuse mais on a envie de dire qu’il y en a trop partout. La cadence est de sa plume. Elle commence en contrepoint avant de moduler à la manière de Mozart. On passe ensuite dans un univers beethovenien avant une incursion brève au XXe siècle puis retour au siècle des Lumières. Le dernier mouvement est très décidé, très allant avec un toucher rond de velours.

La pianiste coréenne EunAe Lee, 28 ans a donné un récital simple et efficace. Après l’imposé, elle joue deux sonates de Scarlatti. Deux options, soit les interpréter à la manière des clavecinistes, soit adapter les sonates à la sonorité du piano moderne. EunAE Lee choisit la seconde option avec en prime beaucoup de musicalité. Elle donne ensuite une magnifique version de la sonate opus 110 de Beethoven. On aurait pu y mettre plus de profondeur, plus d’intensité, mais la version proposée tient magistralement la route. Chaque note est à sa juste place et exprime quelque chose. La candidate traduit bien le cheminement intérieur de Beethoven. C’est une sonate qu’il a écrite alors qu’il avait été malade durant un an. Le finale traduit cette bataille contre la maladie et la victoire de la vie. EunAe Lee traduit la victoire de la musique et celle du concert sur le concours.

Le pianiste américain, Alexandre Beyer, 21 ans a imposé son récital cet après-midi. Bon récital, en place mais on sent que le candidat est sur un fil, qu’il ne peut interpréter les œuvres comme il le voudrait réellement de peur d’être disqualifié, comme la plupart des candidats d’ailleurs. Il manquait d’implication personnelle dans l’ensemble.

 

Session de 20h

 

Le pianiste chinois Ruoyu Huang, 27 ans a livré une interprétation très classique et très cadrée du 21e concerto de Mozart. Belle sonorité, douceur et joie, c’est un Mozart aérien sans folie aucune.

Le pianiste tchèque Lukas Vondracek, 29 ans, était très attendu après la forte impression qu’il a faite dans son récital. Il joue lui aussi le 21e concerto avec un toucher très feutré, très stylé, perlé. Tout y est, le dialogue avec l’orchestre, l’émotion la brillance, ce concerto est joué dans l’esprit galant. Lukas Vondracek est et restera un conteur.

Le pianiste coréen, Dongkyu Kim, 30 ans, interprète d’abord l’œuvre imposée avant de s’attaquer à la fameuse sonate de Liszt. Ce qu’il fait avec une sonorité ample sans agressivité, sans frapper le piano. Il n’y a pas de vision particulière dans cette version, la structure est claire. Il y a une belle montée en puissance vers quelque chose de diaboliquement fou. On aurait souhaité un peu plus de passion dans l’interprétation.

Le pianiste Atsushi Imada, 25 ans, termine cette soirée du 12 mai par son récital. Il commence lui aussi par l’œuvre imposée et s’attaque ensuite à un gros morceau de la littérature pianistique, les Etudes symphoniques de Robert Schumann. Le son est beau, rond mais il manque de poésie en général. Atsushi Imada met du temps à entrer dans l’œuvre qu’il joue un peu comme des études et non comme une œuvre unie, comme un morceau abouti. Très belle interprétation habitée vers la fin des variations.

Le résumé de Camille De Rijck