Comment s'est passé le 2e jour de la Demi-finale à Flagey ?

Comment s'est passé le 2e jour de la Demi-finale à Flagey ?
Comment s'est passé le 2e jour de la Demi-finale à Flagey ? - © Tous droits réservés

Tous les jours de cette semaine, Laurent Graulus vous livre un compte rendu de chaque session de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth.

Session de 15 h

BRANNON CHO

Mardi 16 mai, 15h. Session d'Orchestre  

Deuxième journée de demi-finale ce mardi, avec à nouveau la présence de la Reine Mathilde, accompagnée de l’un de ses fils.

C’est Brannon Cho, candidat américain de 22 ans qui ouvre cet après-midi avec le 1er Concerto en ut majeur de Haydn. Formé à l’Université de Bienen dans l’Illinois, aux Etats-Unis, sa sonorité est particulièrement chaleureuse et délicate. On y entend peut-être le bois séculaire de son instrument Antonio Casini (1666).

Mais c’est probablement surtout lui qui fait sonner son instrument avec une grâce pas encore atteinte dans ce 1er Concerto de Haydn.

Dès le 1er mouvement, le jeune Américain utilise toutes les nuances possibles, quand d’autres se cantonnent au mezzo forte comme nuance de croisière.

Mais c’est dans le premier coup d’archet du 2e mouvement, que Brannon Cho crée la surprise : il fait partir le son d’un pianississimo imperceptible, jusqu’à porter la fin de cette note jusqu’à nous. C’est également lui qui a écrit la cadence de ce 1er Concerto.

Le 3e mouvement "Allegro molto " est cette fois respecté à la lettre par l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, dirigé par un Frank Braley très impliqué.

A l’instar du 2e mouvement, la première note de ce dernier mouvement est résolument belle.

Et même quand le tempo s’emballe, la qualité de son de Brannon Cho demeure chaleureuse et claire à la fois. C’est également un des concurrents dont la projection sonore est la plus incroyable.

Chapeau bas également pour la qualité de son articulation.

Brannon Cho est un candidat à la finition technique remarquable et à la sonorité magnifique!

Pour revoir ou réentendre les prestations de Brannon Cho

THOMAS-MICHAEL AUNER

Mardi 16 mai, 15h30. Session d'Orchestre.

C’est un candidat autrichien de 26 ans qui succède à Brannon Cho. Formé à Vienne, il a été l’élève de Gustav Rivinius et Natalia Gutman.

Thomas-Michael Auner a choisi le 2e Concerto de Haydn. Tout comme son collègue américain, il joue un instrument séculaire du début du 18e siècle.

Mais la comparaison s’arrête là, parce que l’esthétique sonore de ce musicien se révèle assez différente. Le son est ainsi beaucoup plus clair, un peu moins rond. On y retrouve des couleurs de violoncelle piccolo, et dans les nombreux passages à l’aigu du 1er mouvement, Auner privilégie l’intelligibilité et la clarté, à la rondeur.

C’est dans la note la plus aigüe du 1er mouvement, totalement à découvert, et magnifiquement travaillée, que l’on comprend pourquoi on compare le violoncelle à la voix humaine! La beauté de cette note avait vraiment le charme d’une note de la Callas…

Dans le mouvement lent, le violoncelliste autrichien continue de faire chanter son instrument, mais cette fois à la manière d’un quatuor de Schubert. Le vibrato est intense, mais élégant.

Moment de grâce dans le début du 3e mouvement, lorsqu’Auner attaque la première note sur le souffle, fondu dans la masse orchestrale.

Thomas-Michael Auner, un candidat solide, à la sonorité raffinée!

Pour revoir ou réentendre les prestations de Thomas-Michael Auner

SANTIAGO CAÑON VALENCIA

Mardi 16 mai, 16h30.

Carrure d’athlète et chignon pour maintenir la longue chevelure de Santiago Cañon Valencia, un candidat colombien de 22 ans, qui ouvre la session récital de ce mardi après-midi.

Un pays très rarement représenté au Concours Reine Elisabeth. Les candidats de ces pays émergents découvrent très tôt les limites pédagogiques de leur pays. Des limites qui les incitent à quitter, tôt ou tard, leur pays d’origine. C’est le cas de Santiago Cañon Valencia qui a étudié aux Etats-Unis et à Weimar.

Le candidat colombien a choisi la 6e Suite pour violoncelle seul BWV 1012 pour débuter son récital. Une lecture très personnelle, qui privilégie le sens de la phrase, et qui met en valeur la dimension baroque de Bach. Le musicien colombien a le souci de ne jamais perdre le sens de son récit. Une qualité qui donne envie de l’écouter dès les premières mesures. Le son est expressif et direct, mais on aimerait parfois qu’il soit plus rond.

L’esthétique sonore de Santiago Valencia convient en revanche à merveille à l’imposé d’Annelies Van Parijs qui suit. Les phrases s’y découpent précisément et intelligemment.

Soucieux de construire un vrai récital de concert, le jeune colombien a la bonne idée de poursuivre avec la Sonate en ré mineur opus 40, de Dmitri Shostakovitch. Avec la complicité de la pianiste Naoko Sonoda, Santiago Valencia insuffle un climat de suspense et de mystère à ce 1er mouvement. Le Mystère fait place à la tempête dans le 2e mouvement. C’est ensuite un sentiment de recueillement et de gravité qui préside au 3e mouvement.

Quant au final, il achève de nous convaincre que ce musicien a toujours une longueur d’avance sur les notes qu’il joue.

Santiago Cañon Valencia termine son récital avec les Variations sur un thème de Paganini de Bottermund/Starker, une pièce de bravoure pour violoncelle solo, qui dénote avec sa Sonate de Shostakovitch. Mais qu’à cela ne tienne, le violoncelliste colombien s’en acquitte avec une perfection technique à couper le souffle. On se souviendra ainsi longtemps de sa phrase en harmonique, à la justesse… irréprochable!

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IRENA JOSIFOSKA

Mardi après-midi, 17h25. Session récital.

Musicienne serbo-hongroise de 20 ans à peine, Irena Josifoska a fait ses classes en Serbie, puis à la Musik Hochschule de Detmold en Allemagne. Et si elle est l’une des plus jeunes candidates, elle a cependant déjà décroché quelques premiers prix à plusieurs Concours internationaux!

Elle débute sa prestation en solo, avec la très belle 4e Suite pour violoncelle seul de Bach.

La sonorité sombre et profonde d’Irena Josifoska invite au recueillement, et rappelle que J-S.Bach est également (et surtout) un auteur de musique sacrée.

Le pianiste Jonas Vitaud rejoint ensuite la jeune violoncelliste pour interpréter les Variations sur " Bei Männern, welche Liebe fühlen " de L.V.Beethoven. Œuvre lumineuse et tourmentée, Irena Josifoska en livre une version sobre, mais très engagée. Les coups d’archets sont vifs et la justesse sans faille.

Le son et l’humeur s’éclaircissent dans l’Adagio et Allegro, opus 70 de Robert Schumann. Mais une fois encore, là où certains en profiteraient pour sortir le vibrato de concours, Irena expose le thème avec grâce et retenue. La preuve d’une grande maturité, et d’une belle modestie: une attitude qui permet de goûter mieux que jamais à la beauté du texte de Schumann.

Le récital se poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs. Irena Josifoska y livre un son délibérément froid et brut, et s’amuse à jouer parfois en retrait par rapport au piano. Une belle occasion de faire entendre une partie de piano aussi passionnante que celle de violoncelle.

Sa prestation se termine avec la Sonate en ré mineur de Claude Debussy. On y découvre une musicienne plus extravertie, et qui développe un violoncelle plus chaleureux que celui qu’elle nous avait proposé jusqu’alors. Une œuvre dans laquelle la jeune serbo-hongroise semble particulièrement inspirée.

Irena Josifoska, une musicienne au service du texte!

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Séance de 20h

ANASTASIA KOBEKINA

Mardi 16 mai, 20h.

C’est sous des applaudissements particulièrement nourris qu’Anastasia Kobekina fait son entrée sur la scène du Studio 4 de Flagey. Elle est suivie de près par Frank Braley, le chef de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie.

Née en Russie en 1994, la jeune violoncelliste s’est formée à Berlin, auprès de Franz Helmerson.

Elle entame cette 2e soirée de récital avec le 2e Concerto de Haydn. Dès son entrée dans le 1er mouvement, on est impressionné par la grande richesse et l’élégance de sa sonorité. Sa joie est perceptible, et participe à la grande lisibilité de ses phrases.

L’immense difficulté de ce 1er mouvement lui occasionnent malheureusement quelques petits accidents de justesse.

Dans le 2e mouvement, les phrases se déroulent avec langueur, soutenues par un vibrato exquis.

Dans le final, la musicienne russe se libère et se dit sans doute qu’il faut profiter de l’instant.

Anastasia Kobekina privilégie résolument la musicalité à toute autre considération, et curieusement, c’est peut-être sa fragilité qui la rend tellement attachante musicalement.

Le public de Flagey semble en tout cas l’avoir déjà adoptée, en l’applaudissant plus que tout autre candidat à ce jour.

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YAN LEVIONNOIS

Mardi 16 mai, 20h30.

Yan Levionnois  est le second candidat de cette session d’orchestre. Né en 1990 en France, il a débuté ses études supérieures au Conservatoire de Paris, puis en Norvège auprès de Truls Mörk, et enfin à la Jiulliard School de New York, où il a terminé sa formation.

Le candidat français a choisi le 1er Concerto de Haydn. Un choix qui, aux dires des spécialistes est plus vendeur que le 2e Concerto, objectivement plus délicat techniquement.

La stratégie est donc, ce n’est pas une surprise un élément fondamental.

Stratège ou pas, le violoncelliste français maîtrise parfaitement ce 1er Concerto. La justesse impressionne, et sa sonorité efficace et dense témoigne d’une formation très solide.

Dans la cadence de ce 1er mouvement, on croit reconnaître la " patte " solide de son Maître Truls Mörk.

Dans le 2e mouvement, Yan Levionnois sort de son chapeau un vibrato très ample, qui trahit probablement l’esthétique américaine de la Jiulliard School.

Le 3e mouvement débute plus vite que jamais, et pendant l’introduction orchestrale, le musicien français se tourne avec beaucoup de bienveillance vers l’Orchestre de Chambre de Wallonie.

La beauté de son legato dans les phrases rapides évoquent à certains moments la musique de Vivaldi.

L’expérience et la solidité technique de Yan Levionnois permettent d’imaginer qu’il gagne sa place en finale. C’est ce que considère également le public qui l’applaudit à tout rompre, faisant oublier les bravos qu’il avait réservé à la candidate russe… La mémoire est parfois courte.

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CHRISTOPHE HEESCH

Mardi 16 mai, 21h30.

La deuxième partie de soirée consacrée au récital débute avec Christoph Heesch, un musicien allemand de 21 ans, également porteur de la nationalité japonaise.

Il a choisi la 5e Suite BWV 1011 de Bach pour débuter sa prestation.

Et avant même la 1ère note, le musicien allemand impose une belle écoute au public en se concentrant pendant de longues secondes. Ce silence est d’or, et les notes qui suivent sont à la hauteur de ce moment rare.

De tous les candidats entendus à ce jour, c’est en effet Christophe Heesch qui offre ce dont tout violoncelliste rêverait: du grave qui vrombit comme les contrebasses d’un grand Symphonique, et un aigu scintillant comme celui d’un beau violon.

Dans la 2e partie de la Suite, on profite également de toute la qualité du discours de Christophe Heesch qui témoigne d’un projet musical très abouti.

Le violoncelliste allemand est ensuite rejoint par l’excellente Naoko Sonoda au piano pour l’imposé d’Annelies Van Parijs.

En quelques mesures, c’est tout un univers poétique que le duo parvient à créer. La gestion de la dynamique y est également gérée de main de maître: du plus doux au plus fort, tout fait sens dans ce qui apparaît comme un vrai duo, davantage qu’une prestation de concours.

Cette priorité (cette urgence) à la beauté et au discours musical ne se démentent pas dans la Fantaisie en ut majeur, opus 159, D 934 de Franz Schubert. Une partition dans laquelle le piano peut se montrer largement soliste. Christophe Heesch l’a très bien compris, lorsqu’il s’efface, sans pour autant jamais devenir transparent.

Dans l’extrême aigu de son instrument, le jeune Allemand retient joliment la note, à l’instar des grandes sopranos qui savent que l’aigu ne doit jamais " faire mal ", ni déborder. 

On se félicite aussi du choix du répertoire de cette prestation qui démontre un bon goût, et une abnégation salutaire.

Oui, décidément, Christoph Heesch était ce soir  un musicien en concert à Flagey, mettant entre d’heureuses parenthèses notre Concours bien-aimé! Que peut-on souhaiter de mieux à un Concours qu’on ne l’oublie de si belle manière?

Pour revoir ou réentendre les prestations de Christoph Heesch

BRUNO PHILIPPE

Mardi 16 mai, 22h20.

Bruno Philippe, 24 ans est l’un des cinq Français de cette demi-finale. A l’instar de Yan Levionnois, il a fait ses classes à Paris, puis comme la candidate russe Anastasia Kobekina, a étudié à Salzbourg, auprès de Franz Helmerson.

Il débute avec la 4e Suite BWV 1010 de Bach. Une Suite quelque quelque peu austère, à laquelle sa sonorité un peu sombre convient joliment.

Il poursuit avec l’imposé d’Annelies Van Parijs, dans lequel sa sonorité se révèle bien plus riche qu’on ne l’aurait pensé en entendant son Bach. En contact étroit avec son pianiste Tanguy De Williencourt, ils créent des surprises, s’amusent, et fait miauler son violoncelle comme un chat de gouttière.

C’est ensuite avec la Sonate FP 143 de Francis Poulenc, que le musicien français poursuit ce récital. Est-ce la musique française, ou est-ce parce qu’il est définitivement " rentré " dans sa prestation? Quoi qu’il en soit, cette musique est la sienne. Son violoncelle chante haut et fort, et le vibrato qui s’en dégage est particulièrement expressif et sincère.

Dans la "Cavatine", il prouve qu’il n’a pas besoin de jouer fort pour jouer dense.

Et quand il entonne "Ballabile", c’est la vigueur et la beauté des échanges entre les deux hommes qui font plaisir.

Le Final cristallise quant à lui tout ce qu’on avait aimé auparavant chez ce violoncelliste français : humour, beauté du vibrato, complicité avec son pianiste et son répertoire.

On termine cette soirée avec la danse des Elfes de David Popper, en regrettant que l’on ne puisse terminer cette soirée avec la poésie délirante de Francis Poulenc.

Mais voilà, nous sommes donc à un Concours, et le public applaudit cette danse des elfes à tout rompre, bien davantage que Poulenc. On peut aisément le comprendre quand on entend le brio et la dextérité phénoménale avec laquelle il s’en est acquitté!

On aurait en tout cas rêvé que Poulenc soit encore en vie pour nous concocter d’autres sonates de cette trempe.

Pour revoir ou réentendre les prestations de Bruno Philippe

Fin de cette 2e soirée à 23h. A demain!