Camille De Rijck est fin prêt pour le marathon du Concours Reine Elisabeth 2019

Camille De Rijck en direct de Flagey pour la présentation de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth
Camille De Rijck en direct de Flagey pour la présentation de la demi-finale du Concours Reine Elisabeth - © RTBF

Ce lundi 6 mai, Camille De Rijck  sera à l'antenne dès 15h pour présenter en direct le 6e Concours Reine Élisabeth de sa carrière, en radio, en TV et sur Auvio.  Il a déjà connu tous les instruments, il a même assisté à la création du concours dédié au violoncelle, et c'est la deuxième fois qu'il présente l'édition violon. Et chaque concours est différent, ne fut-ce que par la longueur de l'événement, puisque par exemple, le chant qui a eu lieu l'année dernière n'a demandé "que" 2 jours de demi-finale, et 3 jours de finale.

Camille De Rijck : Ce n'est absolument rien quand on compare au concours de violon, ou de piano, ou de violoncelle, qui eux demandent pas moins de 42 heures de direct rien que sur la semaine de demi-finale, et puis encore une quinzaine d'heures de direct pour la semaine de finale. Le concours alors mérite totalement l'expression "marathon". Et puis, il y a de grandes différences sur la variété des répertoires, par exemple, pour le violoncelle, on a un répertoire de concertos qui est extrêmement petit par rapport au répertoire de piano, et au répertoire de violon. Je dirais que le violon c'est le plus dur parce que le répertoire est très vaste, il est très long, et puis peut-être aussi parce que l'instrument est moins consensuel que le piano, et demande parfois une plus grande concentration.

Et le violon est l'instrument historique qui a lancé le Concours..

Tout à fait, et pour une raison étrange, ce sont aussi les concours violon qui sont les plus tendus nerveusement. On se souvient, pour le dernier concours en 2015, de Tobias Feldmann qui jouait le deuxième concerto de Bartok, qui a cassé une corde, et qui a tout de suite tendu la main pour prendre le violon du premier violon de l'Orchestre National de Belgique.  Il y a toujours au violon, une tension qui va avec le côté romantique de l'instrument qui est l'instrument a priori du musicien échevelé, du musicien qui flirte avec le diable, alors que le piano a quelque chose d'un tout petit peu plus terrien, forcément dans l'assise qu'on a par rapport à la position, par rapport au fait qu'il soit sur le sol, que ce soit un instrument qu'on ne porte pas mais qui est là dans sa masse énorme.. Le violon a quelque chose de plus enjôleur, et donc de plus artiste aussi.

Comment se prépare-t-on à ce marathon ?

C'est très difficile à dire, parce que déjà on ne se prépare pas aujourd'hui comme on se préparait il y a 6 ans. Ça paraît très bête à dire mais aujourd'hui, j'ai 38 ans.  Et à 32 ans, on a une énergie qu'on a déjà un peu moins à 38, et c'est vrai qu'à l'époque ça ne me semblait rien ou pas grand-chose, parce qu'il y avait l'exaltation du direct, il y avait cette adrénaline-là. Mais le fait de l'avoir présenté pendant toutes ces années, fait aussi que je suis très conscient de toutes les difficultés qui arrivent. Non seulement, c'est un marathon physique mais ce sont aussi des conditions qui ergonomiquement sont très difficiles : à Flagey par exemple, ce sont deux blocs de session de 3 heures, avec l'impossibilité de quitter sa place pendant les blocs, le fait de ne pas pouvoir faire de bruit, le fait de ne pas pouvoir consulter ses mails ou diverses informations parce que tout de suite les écrans d'ordinateur se voient dans la salle. La concentration aussi, devoir écouter deux blocs de trois heures, tous ces candidats qui défilent, le fait de devoir tenir le direct, c'est très épuisant. Et puis il y aussi les interactions avec les réseaux sociaux qui sont des choses qui se sont développées durant ces dernières années, et qui en tout cas, provoquent des réactions beaucoup plus décomplexées que dans la vie. Quand on rencontre quelqu'un qui n'est pas content, dans la vie, il nous le dit encore avec des formes ; quand c'est sur les réseaux sociaux, parfois ce sont des boulets de canon qu'on se prend en pleine figure pour la moindre petite erreur, la moindre petite appréciation, et il y a cette gestion-là aussi qui fait qu'on reçoit tout ça au moment même et que pourtant on doit continuer.

Pendant toutes ces heures d'antenne, quel est le type d'avis que l'animateur peut donner à ce moment-là ?

Il est très prudent, et c'est ça qui est bien quand on a des consultants, parce qu'a priori on se mouille un peu moins. Cette année, sur les deux phases, en radio, et TV, en demi-finale, et en radio en finale, j'ai 18 consultants. Ça me permet aussi d'avoir un certain recul, et de ne pas trop me mouiller, non pas par lâcheté mais parce que mon rôle appelle quelque part une certaine neutralité. Une "certaine" neutralité parce que parfois il se passe des choses qui relèvent de l'objectivité, et qu'on doit pouvoir commenter pour expliquer à ceux qui nous suivent, ce qui se passe. Par exemple, je me souviens à la dernière session violon on avait un candidat qui comptait parmi les favoris en demi-finale, et qui s'est un peu effondré dans son concerto - il jouait le Tchaïkovski en finale, et là on doit mettre des mots sur ce qui s'est passé, et peut-être aussi relativiser. Et donc là je me permets de sortir un peu de ma réserve, et de ma neutralité. Et aussi parfois quand on n'a pas du tout aimé, c'est intéressant de pouvoir le dire, simplement pour confronter son avis à ceux qui nous entendent. Ce qui est important je crois dans ces moments-là, c'est de pouvoir garder un œil attentif sur ce qui relève de l'objectivité, à savoir si un musicien joue très faux, il y a une certaine objectivité dans la justesse. Par contre, ce qui est subjectif est intéressant à énoncer, simplement dans l'exercice de la confrontation. On a un avis, on le donne mais on ne doit pas le présenter comme quelque chose de scientifique et d'arrêté.

Cette subjectivité doit jouer même au niveau du jury composé de grands professionnels qui ont aussi sans doute des sensibilités différentes

Absolument, j'avais fait sur mon blog, une intervention pour essayer de comprendre la logique du Concours Reine Élisabeth, en prenant un peu de manière caricaturale, l'exemple d'un membre du jury, et en disant : voilà, cette personne a dû écouter bien plus que moi - je parlais de 70 heures de direct, puisque ce membre du jury a fait en plus toutes les éliminatoires, toute la première épreuve, une semaine avant, donc, sans interruption, où il a entendu des candidats littéralement toute la journée, pendant 6 jours.. Ce membre du jury est assis, sans aucune distraction possible, dans cette salle, pendant toute la journée de demi-finale, et à un certain moment, tout grand professionnel qu'il soit, doit atteindre un état de saturation totale, qui fait qu'à mon avis, il ou elle passe forcément à côté de certaines informations. Parce que le corps humain et l'esprit humain sont faits de telle sorte qu'ils ont certaines limites.

On peut dire ce genre de choses ?

Bien sûr ! on doit le dire, je trouve, parce que le Concours a ceci d'intéressant qu'il n'est qu'un instantané. Un instantané dans ce qu'il capture du moment présent. Et le moment présent, ça a parfois peu de signification dans la courbe d'une carrière. Et d'ailleurs, on voit très bien qu'il y a certains premiers lauréats du Concours Reine Élisabeth qui font une carrière immense, d'autres premiers lauréats qui n'ont pas survécu au Concours Reine Élisabeth, pourquoi ? parce qu'en musique, il y a ce phénomène qui fait qu'à un moment, on va peut-être toucher un instant de grâce sans pour autant être un artiste extraordinaire tous les jours. Et puis, il y a aussi des certains artistes qui sont des artistes extraordinaires tous les jours, et qui concourent à un moment où ils sont un peu moins en forme. C'est pourtant, ce moment précis qui est capturé le soir du Concours, que les membres du jury sont obligés de juger, parce qu'a priori ils s'engagent à tenir compte de ce qui se passe uniquement en Finale. Ils ne doivent pas tenir compte de tout ce qu'ils ont entendu avant.

C'est cruel !

C'est extrêmement cruel. Et je me souviens, pour le dernier concours violon en 2015, de la confusion qui a régné le soir de la finale, avec ce nom qui a été correctement énoncé par Arie van Lysebeth, et qui dans le brouhaha de la salle, a provoqué le fait que la mauvaise candidate est arrivée sur scène croyant qu'elle avait gagné alors qu'elle n'était même pas dans les 6 premiers lauréats. J'ai vu cette fille rentrer en scène pleurant de joie - je savais très bien que ce n'était pas elle qui avait gagné, la voir rappelée par le secrétaire du Concours, rentrer en coulisses, puis voir la vraie gagnante entrer en scène, mais tellement abasourdie qu'elle n'a pas pu elle-même profiter de son moment, et puis voir l'autre rappelée dix minutes plus tard,  ..  J’en ai littéralement perdu ma voix. Je ne pouvais plus parler tellement j'étais tétanisé. Et quand on voit un musicien qui ne parvient peut-être pas à confirmer l'impression qu'il a donnée en demi-finale ou en éliminatoire, s'effondrer en finale, là aussi c'est un moment d'une dureté incroyable. Tout ça, sans compter la fatigue qui est quand même énorme au dernier jour de finale, puisque c'est quand même un direct de 4h et demie, à la fin, ce sont des situations où nerveusement, on n'en mène pas large.

 

Retrouvez Camille De Rijck en direct de Flagey ce lundi à partir de 15h sur Auvio.