Une Première. Une contrebasse démontable pour jouer en tournée

Eric Mathot en train de remonter sa contrebasse, au micro de Françoise Baré
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Eric Mathot en train de remonter sa contrebasse, au micro de Françoise Baré - © RTBF Françoise Baré 2017

Elle passe quasiment inaperçue enfermée dans une housse puis dans une espèce de sarcophage d’aluminium protecteur. Elle est bien-là, calfeutrée, une contrebasse sublime, si originale. Munie de roulettes, la caisse d’acier léger qui la renferme suit les pas d'Eric Mathot. A l'aise, l’instrumentiste la tire. Il peut même opérer quelques virages pour fendre la foule tout à l’aise. Il arpente les longs couloirs presque sans fin des aéroports et des gares.

Une première mondiale

C’est une première mondiale, Eric Mathot , joue de la musique ancienne sur un instrument ultramoderne démontable. Elle a tout d'un bijou de lutherie mais avec un petit plus, un quelque chose du globe-trotter. Le contrebassiste l'emmène au bout du monde pour une tournée en Amérique du sud. Le poids est plume, la moitié de ce que pèse une contrebasse traditionnelle . Arrivé au comptoir d’enregistrement, l’instrument passe comme une lettre à la poste, 23 kg de pureté, de bois précieux, de cordes en boyaux dont la moitié est filée d'argent .

La contrebasse-poupée russe

Le secret de cette contrebasse: sa conception inspirée du principe de la poupée russe version contrebasse pour respecter les exigences des compagnies aériennes. Rien, absolument rien n'est laissé au hasard dans sa conception. Le luthier a jonglé entre exigences de tradition et caractère ergonomique pour un transport en toute sécurité.

10 minutes pour la remonter

Au moment des répétitions , Eric Mathot se tient à l'écart de l'orchestre qui s'installe, il sort la contrebasse démontée . Il s'applique au jeu de construction presque comme quand il était enfant . Patience, attention, dextérité sont de rigueur. Attention, c'est un objet de magie !

La caisse de la contrebasse est en deux parties, coupées dans le sens de la longueur. En réalité,elles sont emboîtées l’une dans l’autre, diminuée de moitié par rapport à l’épaisseur réelle de l’instrument. Eric les désolidarise, tous les accessoires apparaissent : le manche, la volute, les cordes, le chevalet. La pièce maîtresse qui transmet les vibrations des cordes vers la table, " l’âme " de la contrebasse.

Il faut 10 minutes à Eric pour la monter. Les deux parties principales de la table sont désolidarisées. Il faut donc que les deux parties soient bien serrées l'une à l'autre pour que la contrebasse sonne . Les forces de traction sont énormes , les bois doivent être d’excellente qualité. Jamais vieux. Ce qui compte ce sont les réglages. Sur ce point, Eric Mathot a ses exigences, mais il le dit : "je suis précis mais jamais diva" !

30 ans de métier, des exigences précises pour un son inégalé

Le son que désire Eric Mathot est le fruit de 30 ans de métier. Il a aussi souhaité des cordes en boyaux filées par moitié d’argent au diamètre large, le plus gros possible pour donner de la largeur au son. Un risque que le musicien mesure, il sait que des cordes comme celles-là peuvent casser les doigts. Jouer était un calvaire. Il en a même pleuré au début mais il faut à tout prix s’adapter aux lieux de concert , vastes , à l’acoustique bien différente des salons du 17 siècle. Ce son est une nécessité. Cette contrebasse une prouesse au service de la véracité de l'interprétation.

La dernière opération est délicate, Eric doit tirer les cordes pour achever la mise en place. Dans un mouvement atroce de tension, voilà la contrebasse reconstituée en quelques minutes. Elle a déjà presque son accord.

Les répétitions peuvent commencer. Eric Mathot respire, la contrebasse fait corps avec lui pour répéter " Il Diluvio universale " , " le déluge universel ", de Michelangelo Falvetti, une œuvre du 17 ème siècle. Le chef Léonardo Garcia Alarcon dirige la Cappella Mediterranea et le Chœur de chambre de Namur.La contrebasse est une pièce rare d’ingénierie artisanale. Le fruit de discussions longues et créatives entre un luthier parisien et ce musicien de grand talent.

A la fin des concerts, après le travail de beauté accompli, Eric Mathot reprend sa contrebasse dans les bras, la démonte soigneusement pour la reposer dans son étui de voyage. Eric Mathot reprend la route et tire derrière lui sa poupée russe de musique.