Pierre Bartholomée, 80 ans à l'écart des certitudes

Pierre Bartholomée, 80 ans à l'écart des certitudes
Pierre Bartholomée, 80 ans à l'écart des certitudes - © C. Doutre

Fêté tout l’été en Wallonie et à Bruxelles, au coeur d’un prochain colloque à Louvain-la-Neuve, "Bartho" ne cesse de composer. Portrait d’un alerte octogénaire, à qui la musique s’est imposée très jeune. Et qui ne l’a plus jamais quitté, parce que, dit-il, elle est constitutive de notre humanité.

L’anecdote ne figure pas dans sa biographie, mais il la valide d’entrée de jeu : oui, gamin, il voulait être directeur de cirque. Mais il sera chef d’orchestre. Ce qui lui arrache un sourire amusé. Il est vrai que mener sa vie à la baguette n’est pas la voie la plus paisible pour un musicien. Et que dire de la vie d’un compositeur… Sinon que la sienne est brillante. Le présent est de rigueur. Ce n’est pas parce qu’il fête ses 80 ans, un chiffre bien rond qu’affectionnent les façonneurs de rétrospectives, que l’on parlera ici de Pierre Bartholomée au passé. D’ailleurs, l’Opéra de Metz attend pour novembre 2018 la création de son troisième opéra.

Figure majeure de la création musicale belge, "Bartho" n’était cependant pas né dans une famille de musiciens. Même si, se souvient-il, tout s’arrêtait quand la 9e de Beethoven passait à la radio. C’est cependant à sa mère qu’il devra un ensemencement musical précoce : Elle m’a appris à écouter Chostakovitch, Poulenc et Stravinsky alors que je n’étais qu’un gamin. À neuf ans, alors qu’il en fallait dix minimum, il s’inscrit aux Jeunesses Musicales de Bruxelles. Quelle initiation ! J’ai gagné tout seul ma place au 2e balcon du Palais des Beaux-Arts. L’Orchestre national a joué la 94e symphonie de Haydn et des extraits du "Rossignol" de Stravinsky. Ce jour-là, j’ai vraiment pris conscience de ma proximité avec la musique.

Entré à 13 ans au Conservatoire de Bruxelles, il se projette volontiers dans une carrière cumulant une activité de pianiste et une autre de compositeur, tels Chopin ou Liszt !, sourit-il. La vie lui offrira une troisième corde en prime, la direction d’orchestre, même si celle-ci est venue un peu par hasard.

Mais pour appréhender tant la musique que la vie, encore faut-il en avoir les clés. André Dumortier les lui offre en ces années 1950. Pianiste lauréat du Concours Ysaÿe (devenu le Reine Élisabeth), merveilleux pédagogue, Dumortier m’a marqué à tout jamais, se souvient l’élève. Il ouvrait d’innombrables horizons. Bartholomée lui doit son premier choc musical, les "Vingt regards sur l’Enfant Jésus", de Messiaen. Cette musique incroyable me montrait que le champ de l’imaginaire sonore était infini...

La Saint-Nicolas de Pousseur

En 1961, nouvelle rencontre-phare, avec Henri Pousseur cette fois. Compositeur de réputation internationale, le futur directeur du Conservatoire de Liège est au coeur du plus vaste mouvement d’explorations musicales jamais connu en Belgique. C’était une époque florissante, insiste Bartholomée. L’orchestre symphonique de la radio était un haut lieu de la création musicale en Europe. J’ai vu Stravinsky le diriger à Bruxelles…

De ce creuset bouillonnant va naître l’Ensemble Musiques Nouvelles, cofondé presque sans le vouloir par Pousseur et Bartholomée. Nous avons travaillé un an pour monter la très difficile pièce de Pousseur, "Répons pour sept musiciens". Nous l’avons présentée le 6 décembre 1962. Quelle St-Nicolas ! Et que d’appétits nouveaux, une fois de plus. Car parmi les sept musiciens de Musiques Nouvelles, se trouvent les quatre baroqueux pionniers d’Alarius, dont Janine Rubinlicht, Robert Kohnen et Wieland Kuijken. Du choc des anciens et des modernes, Bartholomée sort transformé. J’avais appris à jouer Bach comme on le faisait au début du XXe siècle. Avec l’interprétation baroque, je plongeais dans un univers de diminutions et de notes inégales. J’avais déjà commencé à composer, mais là, j’entamais une autre vie.

Sifflé malgré Gielen

Voilà donc le jeune compositeur à la tête de Musiques Nouvelles — parce qu’il fallait bien que quelqu’un coordonne l’aventure. Une période rocambolesque et excitante : Sans subsides, nous devions tout inventer, emprunter des instruments, répéter dans les studios de Flagey lorsque ceux-ci étaient inoccupés, après 23h, avec la complicité bienveillante de Robert Wangermée.

Ces années 60, exaltantes, s’achèvent sur la commande d’une oeuvre pour orchestre, Harmonique. Ce sera un scandale. Malgré l’autorité du grand chef autrichien Michaël Gielen, quelques musiciens de l’ONB sabotent le concert. Et le public des Beaux-Arts hue la pièce. De quoi casser un jeune compositeur ? Non, répond Bartholomée. Mais j’étais très fâché. La pièce a été très bien enregistrée à Hamburg par Gielen. Cela m’a fortifié dans ma volonté de travailler la composition…

Avec le succès que l’on sait. Et tout en menant en parallèle une longue carrière de chef à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Liège, de 1977 à 1999. La fin de son aventure liégeoise lui rend un peu de liberté. Pour composer, encore et toujours…

 

 

Pour lire la suite du portrait, rendez-vous à la page 20 de Larsen n°24.

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