Le disque du déclic : Marie Hallynck

Marie Hallynck
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Marie Hallynck - © Veerle Vercauteren

Il y a quelques semaines, à la demande de la RTBF, la violoncelliste Marie Hallynck jouait incognito dans une station de métro bruxelloise. L’indifférence des voyageurs était criante, souligne-t-elle. Mais je voulais témoigner en faveur de ceux que notre société laisse sur le bord de la route. Depuis, les concerts ont repris : intégrale des sonates de Beethoven (avec le pianiste Muhiddin Dürrüoglu), intégrale des suites de Bach, et bientôt une saison avec l’ensemble Kheops au Château de Seneffe (coup d’envoi le 29 avril). Si cette soliste internationale a du mal à évoquer les disques qu’elle emporterait sur une île déserte – J’y chercherais le silence et la beauté des sons de la nature! -, elle évoque volontiers pour Larsen les disques de sa jeunesse, qui ont tourné en boucle: Les sonates de Brahms par Rostropovich et Serkin, L’Arpeggione de Schubert par Rostropovitch et Britten. Et ces quelques autres...

Villa-Lobos – Bachianas Brasilieiras n°5, Kiri Te Kanawa

Ce disque m’a longtemps accompagnée au réveil, que je ne conçois pas sans musique. C’est le moment de la journée où j’ai vraiment l’impression que la musique pénètre chaque pore de ma peau. J’ai découvert ces Bachianas n°5 de Villa-Lobos à l’âge de 13 ans, suite à ma rencontre avec la grande violoncelliste française Reine Flachot. Elle m’a donné l’occasion de les jouer avec elle au festival Tibor Varga, à Sion (Suisse). J’avais été très émue de participer, toute jeune, à ce concert. Je l’ai été tout autant en réécoutant l’œuvre interprétée par Kiri Te Kanawa, quelques années plus tard, sur ce très beau disque qui propose aussi les Chants d’Auvergne de Canteloube. La musique a ce pouvoir de puiser les émotions à la source...

Elgar, Cello Concerto, Jacqueline du Pré

Le concerto d’Elgar est l’un des tout premiers concertos que j’ai eus l’occasion de jouer avec orchestre. Comme bon nombre de violoncellistes, je l’ai découvert avec l’enregistrement mythique qu’en a réalisé Jacqueline du Pré, devenue l’icône de cette œuvre. Elle y fait preuve d’une expressivité phénoménale et lorsqu’on l’écoute, on a l’impression que le concerto et elle ne font qu’un. Le résultat est bouleversant, notamment dans la coda du quatrième mouvement, véritable dénouement à la Tristan et Yseult, comme l’appelait mon Maître Janos Starker.

Ravel, Concerto en sol majeur, Martha Argerich / Claudio Abbado

J’ai toujours eu un immense coup de cœur pour le piano, dont j’avais commencé l’étude en même temps que le violoncelle. Après Schubert, ce sont Ravel et Prokofiev qui ont longtemps été mes compositeurs préférés. Ils ont tous les deux une palette de couleurs orchestrales tellement riches ! J’ai adoré le disque reprenant le concerto de Ravel en sol majeur et le 3e de Prokofiev, joué par Martha Argerich, avec les Berliner Philharmoniker sous la direction de Claudio Abbado. Tout y est : un dynamisme extraordinaire, un grand souci du détail, la richesse des contrastes. Impossible aussi de ne pas succomber à l’immense poésie du deuxième mouvement du concerto de Ravel, avec cette méditation pour piano solo, sans oublier le véritable coup de fouet en guise de réveil !

Alexandre Tharaud, Le Bœuf sur le toit–Swinging Paris

Encore un pianiste, eh oui. Dans ce disque plus récent, Alexandre Tharaud évoque, entouré de ses amis, la légèreté du Paris des années 1920. C’est un enregistrement "coup de cœur", qu’il me plaît de partager. Ce qui me fascine chez Alexandre, c’est cette capacité de raconter avec une infinie simplicité des musiques et des émotions très diverses. C’est un artiste au sens large du terme, doté d’une rare ouverture d’esprit comme en témoignent ses choix de répertoire. L’intimité dans laquelle il nous plonge à chacune de ses interprétations me touche beaucoup.

Tous les albums de Barbara

D’Alexandre à Barbara, il n’y a qu’un pas... Cette grande dame, c’est l’expressivité à fleur de peau. Une voix enveloppante, inoubliable. Elle avait en elle une force incroyable et une sensibilité qui l’était tout autant. Irrésistible parce qu’elle se mettait totalement à nu lorsqu’elle chantait. Peu d’interprètes sont capables de livrer une telle vérité. Sans réfléchir, je pense immédiatement à L’Aigle noir, mais il y a tellement d’autres chansons d’elle qui m’ont bouleversée et me bouleversent encore. Ce genre d’artiste ne meurt jamais...

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Edité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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